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« Dans son encyclique, Léon XIV pose les jalons d’une véritable anthropologie de l’éducation »

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Guillaume Prévost, Secrétaire général de l’Enseignement catholique, membre du conseil de surveillance de Bayard, éditeur de La Croix 
Mgr Matthieu Rougé, Evêque de Nanterre, Président du Conseil pour l’enseignement catholique de la Conférence des évêques de France
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29 mai 2026 

Des élèves de CM2 tournent un clip contre le harcèlement à Boulogne-sur-mer, le 18 novembre 2025.

Des élèves de CM2 tournent un clip contre le harcèlement à Boulogne-sur-mer, le 18 novembre 2025.  
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La secrétaire général de l’enseignement catholique et l’évêque de Nanterre voient dans Magnifica humanitas la dénonciation d’une culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation qui empêche la transmission. Et un appel au monde éducatif à privilégier les relations incarnées et la subsidiarité pour accomplir sa mission.

Comment construire la paix dans un monde fracturé par le retour des logiques de puissance et bouleversé par l’essor de l’intelligence artificielle ? La réponse de Léon XIV est claire : en approfondissant notre soif de vérité. Sa simplicité déconcertera sans doute ceux qui attendent le salut d’artefacts complexes ou de perpétuelles innovations. Cette réponse est pourtant nécessaire et cruciale. Parce que ce n’est qu’en vue de la vérité que prospère le dialogue.

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À l’heure où notre pays voit se dresser face à face des blocs partisans, le Saint-Père rappelle que la vérité n’est pas un instrument de pouvoir ni un territoire à défendre, mais une « responsabilité partagée de tout le peuple ». Cette affirmation, au cœur de Magnifica humanitas, n’est pas seulement théologique. Elle est le fondement de toute vie démocratique, et elle interpelle directement ceux qui ont la charge d’éduquer les générations à venir.

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Fatigue épistémique

En s’attachant à la vérité comme bien commun, le propos du pape dépasse largement le registre confessionnel. Il touche à la condition même du dialogue démocratique. La vérité ne se décrète pas depuis un sommet – ni politique, ni technologique, ni même ecclésial. Elle se construit par la confrontation patiente de perspectives différentes, souvent plus complémentaires qu’opposées, confrontation qu’Habermas désignait de « raison communicationnelle ».

Quand l’image générée vaut l’image réelle, quand les arguments fabriqués par des algorithmes se substituent au dialogue des consciences, c’est la possibilité même de délibérer qui s’effondre. La démocratie ne meurt pas seulement sous les coups des autoritarismes, elle s’étiole dans la fatigue épistémique d’un peuple qui a perdu le goût de la vérité.

La réflexion pontificale trouve un prolongement évident sur le terrain éducatif. Si la vérité est le sol du dialogue, elle est aussi celui de la transmission entre générations. Car la transmission n’est pas seulement affaire de contenus – savoirs, valeurs, mémoire collective. Elle suppose la confiance dans la parole de l’autre, dans la possibilité que l’expérience accumulée par ceux qui nous précèdent nous enseigne quelque chose que nous ne pourrions acquérir seuls.

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L’accumulation de connaissances assèche

Or cette confiance suppose un espace commun où les générations se reconnaissent mutuellement comme habitant le même réel. Quand chaque génération navigue dans sa propre bulle informationnelle indifférente à la rencontre des âges, le dialogue entre les générations devient impossible. Une société qui perd ce fil de ce dialogue est condamnée aux seules urgences du moment, incapable d’hériter, de transmettre, d’espérer collectivement.

L’effacement des frontières entre vrai et faux fragilise aussi l’espace relationnel sans lequel la vérité ne peut émerger. Le cheminement patient vers la vérité s’efface devant une « culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation qui alimente la fatigue, l’ennui et l’apathie ». Léon XIV rappelle que la révolution numérique n’est pas qu’affaire de technique ou d’outils. Elle reconfigure nos capacités cognitives et affectives, notre rapport au temps, à l’effort, à l’altérité. L’ère numérique appelle donc une attention renouvelée à la vie intérieure : « des rythmes qui prévoient le silence, l’étude approfondie, la lecture, la confrontation mesurée ».

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C’est la mission de l’école que de tenir ce fil. Non comme musée du passé ou comme guichet à diplômes, mais comme lieu « où les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et sur la dignité de chaque personne ». Affranchie de cette quête de sens, l’accumulation de connaissances assèche : « un système éducatif dépourvu d’amour pour la vérité risque de voir le jour, dans lequel le flux incessant d’informations se substitue à la recherche, à la réflexion et au discernement ». La qualité de la formation ne se mesure pas à la conformité aux outils disponibles, mais à la profondeur de la relation que chaque élève noue avec le réel et avec ceux qui l’accompagnent.

Comment répondre à cette urgence relationnelle ? Le texte de Léon XIV rappelle la profondeur et l’actualité d’un principe essentiel de la doctrine sociale de l’Église : la subsidiarité. Ce ne sont pas les systèmes qui forment, les programmes qui instruisent, les décrets qui accompagnent. Ce sont les communautés, les femmes et les hommes réunis autour des enfants qui leur sont confiés.

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Approfondir la subsidiarité

En appelant à renouveler les alliances éducatives « entre les familles, les écoles, les communautés chrétiennes et les institutions publiques », le Saint-Père ne dresse pas une liste administrative, mais pose les jalons d’une véritable anthropologie de l’éducation. La vérité se transmet dans des relations incarnées, dans des communautés qui partagent non seulement des programmes mais des convictions et une vision de l’homme. Des structures à taille humaine, où la relation l’emporte sur la procédure, où la confiance précède le contrôle, où la qualité vaut mieux que la conformité.

Le défi éducatif appelle un approfondissement de cette subsidiarité. Une communauté éducative n’est pas un relais d’exécution de directives nationales. Elle est un sujet éducatif à part entière, capable d’initiative et de discernement. L’uniformisation des réponses face au numérique est elle-même une forme du syndrome de Babel que dénonce le pape : prétendre à une solution unique déployée depuis le haut, qui résoudrait par la technique ce qui ne peut se résoudre que par la relation. Reconstruire Jérusalem, c’est faire confiance, protéger, permettre à chacun de prendre l’initiative, d’inventer des réponses adaptées à chaque élève, à chaque famille, à chaque territoire.

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S’attacher à la vérité, c’est donc renouveler cette alliance entre tous les acteurs de l’éducation, autour des enfants et des jeunes qui nous sont confiés. C’est en tant que communautés que nous pouvons choisir entre bâtir la tour de Babel ou reconstruire Jérusalem, « entre un pouvoir qui prétend dominer le ciel et un peuple qui, en présence de Dieu, se met à travailler de manière unie pour relever les murs de la coexistence fraternelle ».

Ce choix n’est pas seulement spirituel. Il est pédagogique, institutionnel, politique. Il engage notre responsabilité commune envers les générations qui nous succèdent – et envers celles qui nous ont précédés et dont nous sommes les héritiers. Puisse l’enseignement catholique, avec la liberté et l’enracinement qui le caractérisent, témoigner pour sa part de cette « beauté d’une magnifique humanité habitée par Dieu ».

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Guillaume Prévost, Secrétaire général de l’Enseignement catholique, membre du conseil de surveillance de Bayard, éditeur de La Croix 
Mgr Matthieu Rougé, Evêque de Nanterre, Président du Conseil pour l’enseignement catholique de la Conférence des évêques de France
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À propos des opinions.

Ce texte est signé par un auteur invité. Il exprime son opinion et non celle de la rédaction. Notre rubrique À vif a pour but de permettre l’expression du pluralisme sur des sujets religieux, de société et d’actualité, et de favoriser le dialogue, selon les critères fixés par notre charte éditoriale.

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la croix

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