Gaspillage : G7 d’Evian : bienvenue dans la ville la mieux gardée de France
Le temps du sommet, qui débute lundi 15 juin, la cité thermale de 9 200 habitants se mue en forteresse gardée par 16 000 membres des forces de l’ordre. Entre résignation et grogne, les locaux vivent au rythme des contrôles et des caprices de chefs d’Etat.
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Les paysages de carte postale ont pris des allures de camp retranché. Depuis quelques semaines, Evian-les-Bains, cité thermale qui borde le Léman au nord de la Haute-Savoie, voit une bulle ultra-sécurisée se former autour d’elle en vue du G7, où Emmanuel Macron doit accueillir ses homologues des pays industrialisés à partir de lundi 15 juin.
D’interminables rangées de barrières quadrillent les rues où, cette semaine, les civils sont devenus plus rares que les policiers, gendarmes et militaires en treillis. Les vedettes sillonnent le lac et les hélicoptères assurent des rondes dans les airs, ce qui augmente la pression sur les habitants. La plupart des équipements municipaux ont été réquisitionnés, paralysant au passage une partie de l’activité locale. «Pourquoi viennent-ils à Evian pour faire cela ?» : la question revient en boucle chez les résidents, qui y voient dans cette grand-messe diplomatico-économique «une débauche de moyens», symbole du décalage entre leurs préoccupations quotidiennes.
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16 000 membres de forces de l’ordre et 31 points de contrôle
La maire, Josiane Lei, comprend-elle très bien pourquoi le choix de l’Elysée s’est porté sur sa commune de 9 200 habitants, reposant sur deux piliers principaux ? Les palaces du complexe Evian Resort, propriété de Danone, d’abord, qui offrent un écrin à la hauteur des exigences des chefs d’Etat, dans un périmètre réduit et à portée d’hélicoptère de l’aéroport de Genève. Ainsi que la géographie de la ville qui facilite la tâche des organisateurs. «On a le lac d’un côté, la montagne de l’autre, la frontière suisse au fond et une rivière avec seulement deux ponts à l’ouest», détaille l’élue. Des verrous naturels qui rendent la zone «relativement facile à sécuriser».
Surtout, Evian n’en est pas à son premier sommet de ce calibre mondial. La ville a accueilli la conférence de 1938, consacrée à l’accueil des juifs persécutés en Allemagne, les accords menant à l’indépendance de l’Algérie en 1962 avant le G8 en 2003, un précédent qui hante les mémoires côté helvétique : les manifestations altermondialistes avaient embrasé Genève, qui accueille, ce dimanche 14 juin, un nouveau défilé «No G7». Côté français, c’est surtout les souvenirs d’une «ville morte» et des contrôles généralisés qui persistent dans les esprits. D’autant que l’édition 2026 s’annonce du même tonneau avec la mobilisation de 16 000 membres de forces de l’ordre, selon les chiffres de la préfecture.
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De ce jeudi 12 juin au jeudi 19 juin, un large périmètre enserre Evian et les communes voisines. Pour y pénétrer, il faut franchir un des 31 points de contrôle et présenter un «pass G7» justifiant d’un besoin impératif. Par crainte des files d’attente, beaucoup ont anticipé : télétravail, vacances loin ou, à l’inverse, installation temporaire au plus proche de son lieu de travail pour les nombreux travailleurs transfrontaliers. Sandra, infirmière, a, par exemple, garé son van aménagé dans un camping de Lausanne, juste en face d’Evian, pour la semaine aux frais de son employeur. Les lycéens de la ville ont, quant à eux, vu leurs épreuves du baccalauréat délocalisées à Thonon, à une petite dizaine de kilomètres, qu’ils rejoignent par des bus sous escorte policière.
Lubies trumpistes
En amont, la préfète avait pourtant fait une promesse aux allures de slogan : pendant le G7, «la vie continue». Un discours inaudible pour certains acteurs économiques dont le Sunset, l’un des cas les plus emblématiques des conséquences commerciales du sommet. Depuis le 30 mai, cette guinguette du port d’Evian a vu son environnement radicalement changer : barbelés, panneaux «défense d’entrer, terrain militaire» et radars antimissile barrent l’habituel panorama imprenable sur le Léman. «Je n’ai plus personne», se désole le gérant du Sunset, Grégory Bene, carrément contraint de baisser le rideau de 12 au 18 juin sans compensation financière prévue. Il a fait appel à un avocat et à des huissiers pour faire reconnaître le préjudice subi.
A ce déploiement sécuritaire s’ajoutent les foucades de certains participants. Enfin plutôt de l’un d’entre eux. Donald Trump a donné le ton dès les premiers préparatifs : le sommet a été décalé pour lui permettre de fêter ses 80 ans aux Etats-Unis en organisant un combat de MMA à la Maison Blanche. Sans que le président américain soit directement nommé, son ombre a pesé sur la réunion publique d’information destinée aux habitants mi-mai. «Et si un des participants du G7 a subitement envie de faire un golf», a lancé une riveraine redoutant de devoir se cloîtrer au gré des lubies trumpistes. L’incertitude n’est pas du goût de la préfète Emmanuelle Dubée : «Ce n’est pas ce qu’on préfère. On aime quand c’est bien préparé et anticipé mais c’est possible.»
Autre frasque, Donald Trump refuserait de loger à l’Evian Resort, comme ses homologues. La rumeur d’un hébergement dans une résidence d’Etat des Emirats arabes unis, à Maxilly-sur-Léman, quelques kilomètres plus à l’est, a circulé un temps. Le maire du village, Daniel Magnin, confirme l’avoir entendue mais juge l’hypothèse particulièrement «scabreuse» puisque la propriété se situe en dehors du périmètre de sécurité. «Depuis le clocher de l’église en face, avec un bon fusil on pourrait facilement lui arracher la deuxième oreille», lâche l’édile, sans prendre de pincettes diplomatiques. D’importants moyens de sécurité ont pourtant été déployés, ces derniers jours, dans le petit village. Ce qui fait dire à Daniel Magnin, fataliste : «Si ce n’est pas Trump qui vient, c’est sans doute un autre.»
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