Mais s’il est respectable de vouloir peser sur ce qui relève des décisions humaines, ridiculiser ou accabler d’insultes n’a jamais fait changer d’avis quiconque. Et dire une chose plus fort n’en fait pas une vérité, pas plus que de la répéter mille fois. Or que ce soit sur le port du masque, l’islam, le féminisme ou la présidentielle française à venir, on a rarement vu autant d’acharnement, de prises à partie et de jugements s’exercer au mépris du vécu et du ressenti de chacun.
Le principe même des réseaux sociaux fait de l’expression un devoir militant. Il faut être prêt à dégainer instantanément, relayer les bons arguments et taper sur les méchants. Sachons nous en extraire. On a le droit de ne pas participer à un débat mal posé. On peut s’accrocher aux enjeux sans nourrir le fracas. Le calme stoïcien nous invite précisément à lâcher prise avant d’aboyer pour rien, pour ne pas imploser ni exploser le copain d’à côté. Il nous offre de bonnes raisons de nous taire. Pas en signe d’abandon, mais comme une pause salutaire quand l’espace est saturé d’injonctions et de commentaires.
L’autonomie, c’est la capacité à se gouverner soi-même, c’est se donner ses propres lois en toute conscience. Parfois ça passe par le calme et le silence. La discrétion relève alors tout autant de l’acte d’apaisement que de la résistance.
Corinne Morel Darleux
Ma chronique « Pour un stoïcisme militant » publiée dans le dernier numéro du magazine Imagine Demain le Monde (à découvrir en kiosque) a été mise en ligne en accès libre.
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