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Equanimité…

Un mot. Un seul. Cette année, j’ai envoyé mes vœux avec un seul mot : équanimité. J’ai joint une photo d’un ciel nuageux laissant apparaitre en son milieu une fenêtre de ciel bleu (l’expression consacrée est « une culotte de gendarme »). Bien sûr, mon intention était toute de bienveillance. Un vœu à la fois pour moi et pour tous les autres. Pas besoin d’en dire beaucoup plus après cette année 2020 chaotique et face à cette année 2021 toute en incertitude.

Nombre de mes correspondants, de mes proches et de mes amis, curieux de ce mot inconnu, ont eu recours au dictionnaire ou à internet. D’aucuns m’ont gratifié de commentaires divers sur la base de définitions sans doute étriquées. Certains ont, en effet, souligné le risque d’indifférence, de perte de contact avec les émotions, voire d’égoïsme. Faux sens. Revenons à l’étymologie. Elle souligne ici la concaténation de deux signifiants : égalité (« équ… » comme dans équité, équation, équilibre) et âme (« …animité » issu du latin animus, comme dans animé, pusillanime). L’équanimité serait donc égalité d’âme (ou d’esprit). Et encore ? Qu’est-ce à dire ? Le sens a évolué avec l’usage, mais on peut y mettre un équivalent de l’égalité d’humeur, de la stabilité émotionnelle, de la capacité à accueillir les événements favorables ou pénibles sans stress ni précipitation, de l’acceptation sans jugement ni résignation, de la douce bienveillance, du détachement serein… Bref la zénitude ! Bouddha aurait dit « Il y a quatre pensées illimitées : l’amour, la compassion, la joie et l’équanimité ».

L’équanimité permet d’aborder les soucis du quotidien avec légèreté. Il suffit d’accepter ce qui est pour ce que c’est : la réalité. Désavouer la réalité est une pratique courante mais épuisante. Pour les problèmes plus préoccupants, pour soi ou pour l’humanité, l’équanimité donne du recul et évite de se prendre la tête (et le cœur) pour rien. A quoi bon se torturer quand je n’y peux rien ? Le détachement m’aide à me concentrer sur ce qui dépend de moi et à lâcher prise sur ce qui ne dépend pas de moi. Moins encombré d’états d’âme erratiques qui poussent à la réactivité instinctive et brouillonne, je peux m’exercer à opérer dans la présence à l’instant. En conscience. Rien de passif là-dedans, mais au contraire la possibilité d’une plus grande efficacité dans l’action utile. Ce que nous avons vécu en 2020 a été, à ce titre, un bon exercice. Bien sûr, nous aurions préféré nous en passer, mais il se pourrait que cet entrainement non désiré nous soit d’un bon secours pour affronter les défis encore inconnus de 2021.

Et je ne parle pas seulement de l’efficience des vaccins et de la maitrise de la pandémie, mais aussi des catastrophes annoncées et comme effacées par la crise sanitaire : le dérèglement climatique, la pollution ambiante, la perte de biodiversité, le marasme économique et social, tous dangers dont la prise en compte sérieuse et radicale est remise à plus tard. Cette procrastination collective va nous coûter cher. C’est comme si nous demandions à ces effondrements potentiels d’attendre encore un peu. Le gouvernement repousse des décisions à prendre (et même certaines déjà prises) aux calendes grecques (2030, 2050 par exemple). Tout en affirmant, contre toute vraisemblance, son engagement résolu dans la transition. Les catastrophes, elles, n’attendront pas. C’est donc à chacun de nous de se positionner et d’agir, selon sa compréhension et sa conscience, là où il peut et là où cela fait sens pour lui, au niveau politique, social, écologique.

L’angoisse n’est pas utile. Laissons-lui juste le rôle de lanceur d’alerte. Pour le reste, prenons conscience que l’inaction nourrit le sentiment d’impuissance, l’illusion victimaire et la peur. Chacun peut agir. Sans culpabiliser pour ce qui est inaccessible. Sans se disperser. En toute équanimité. Comme me l’écrit Marie Claude en réponse à mon vœu : « l’équanimité amène l’équilibre physique et mental. Elle n’est pas l’abdication ou la démission. Mais, comme en toute chose, elle s’installe lorsque nous acceptons de faire selon notre mesure ». Rester égal à soi-même n’exclut pas la passion, la générosité, la joie et parfois un grain de folie. En nous évitant d’être le jouet des émotions et des aléas de la vie, l’équanimité donne, paradoxalement, à chaque instant vécu plus de conscience, de présence, d’intensité.

Mon vœu incluait également le morceau de ciel bleu au milieu des nuages. Une allusion limpide à la situation incertaine de la période. Des nuages qui s’amoncellent, des orages qui menacent. Mais derrière, le soleil est toujours là. Et l’échancrure de bleu laisse à penser que le ciel entier peut redevenir azur. Les vents nous sont certes inaccessibles, mais notre attitude face au temps qu’il fait, au temps qui passe ne dépend que de nous. On peut danser sous la pluie. Je ne lis pas l’avenir dans la forme des nuages ou dans le vol des corbeaux. Mais je sais que si l’espoir peut nous maintenir dans une attente stérile et dans l’inaction, l’espérance spontanée et gratuite nourrit l’optimisme volontaire dont nous avons besoin pour agir. Vous je ne sais pas. Moi, je suis loin du compte et j’en ai besoin. C’est pourquoi, pour 2021, je forme, avec ferveur, le vœu de l’équanimité. Pour moi. Mais aussi pour vous, pour nous tous…

Vincent Meyer ( illustration, Gilbert David, MCD ) 

26400 Crest

vincentmeyer2012@gmail.com

Vincent Meyer tient une tribune hebdomadaire de qualité chez notre confrère « Le Crestois « 

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