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Et si le jardinage pouvait nous aider à nous sentir mieux

Et si le jardinage pouvait nous aider à nous sentir mieux

Cedric Bonnot au jardin des Bienfées à Vignols.

Avec le retour de la douceur, on a envie de s’aérer et quoi de mieux qu’un jardin pour cela. A-t-il vraiment fait de nouveaux adeptes avec la crise sanitaire ? Est-il devenu une échappatoire ? Les réponses avec des professionnels de Corrèze.

La douceur est de retour, la nature s’éveille et l’envie de s’aérer est d’autant plus forte en ces temps anxiogènes de crise sanitaire. Le jardin a-t-il de nouveaux adeptes ? Est-il devenu une échappatoire ? Est-ce le bon moment pour jardiner ? Y-a-t-il des tendances dans le domaine ? Des professionnels de Corrèze nous aident à y voir plus clair.

Le contexte sanitaire a fait de nouveaux adeptes du jardinage

C’est vrai.

Les pépiniéristes comme les connaisseurs le voient au quotidien, comme Jean-Luc Perrière qui consacre beaucoup de temps au réseau corrézien Sel de Terre. « L’an dernier sur Argentat, on a organisé une réunion. On en fait quatre cette année. C’est impressionnant le nombre de personnes qui viennent pour se renseigner, savoir comment lancer leur verger ou faire leur jardin. »

Pour lui, cette démarche s’apparente à une vraie réflexion sur la consommation. « Vous ne pouvez pas faire plus local que de votre jardin à votre assiette. »

Jean-Paul Chantalat, à la tête de la pépinière éponyme a constaté cet engouement très tôt.

« Au moment du premier confinement, nous avons dû fermer quinze jours. Dès que nous avons eu l’autorisation de rouvrir, il y a eu un vrai engouement pour le potager. Et depuis il n’a jamais cessé. »

Beaucoup de familles ont sacrifié un carré de pelouse pour y faire pousser quelques légumes. « Nous avons eu la visite de nombreux néojardiniers qui tentent de nouvelles plantations. Cette année nous allons proposer de la patate douce, de l’arachide, des variétés anciennes », poursuit-il.

À Vignols, Cédric Bonnot, ingénieur agronome et pépiniériste, a très vite compris qu’il y avait une demande d’accompagnement de jardiniers amateurs. « Il y a de nouveaux profils. Les 25-35 ans recherchent le plaisir et de la qualité au jardin en introduisant des plantes utiles à la biodiversité. Et puis, il y a les 35-45 ans, souvent plus expérimentés, qui recherchent la technique, parfois l’autonomie alimentaire. Mais pour en arriver là, il faut compter au moins quatre ou cinq ans. »

Le jardin est devenu une échappatoire

C’est vrai.

« Désherber, ça vide la tête », lançait une main verte du quartier de la Roseraie, à Brive. Et bien d’autres l’ont compris. « Je n’ai jamais vu les jardins aussi bien entretenus à Brive que depuis le confinement, constate Jean-Paul Chantalat. Les gens sont revenus à la terre, à une valeur simple. Ça leur a permis d’éviter de péter les plombs. »

Jardiner et comprendre la nature avait déjà prouvé ses vertus auprès de personnes en difficulté. Jean-Luc Perrière en sait quelque chose en tant qu’éducateur aux Jardins de la Passerelle, à Brive. « Expliquer que de petites abeilles sont indispensables aux plus grosses pour survivre, ça aide à comprendre que les petits ont leur utilité. La nature, c’est l’économie circulaire la plus développée qui soit. Il n’y a aucune perte. »Jean-Luc Perrière dans son jardin à Lagarde-Enval.

Au jardin des Bienfées, à Vignols, on passe parfois tout le dimanche après-midi à discuter au soleil.

« L’activité jardinage, c’est du lien social. C’est indéniable ! Ici, des personnes se sont rencontrées, d’autres se sont même rabibochées. Ceux qui viennent y trouvent une oreille attentive, sans jugement. »

Cédric Bonnot

À Vignols est né en 2018, un jardin bien fait et bienfaiteur qui a des projets pour se développer.

Le printemps est le meilleur moment pour jardiner

C’est de plus en plus faux.

Les étés extrêmement chauds de ces dernières années ont commencé à faire évoluer les potagers. « Avec trop de chaleur, les courges n’ont plus de fleurs femelles. Les fleurs des haricots verts coulent et ne donnent plus… », constate Jean-Luc Perrière qui estime que « si on continue à jardiner comme avant, on n’aura plus rien ». Dans son jardin, des vignes grimpent sur des pergolas afin de faire de l’ombre.

« L’été, ce n’est pas le manque d’eau qui pose problème mais la dureté de l’ensoleillement. Les zones d’ombrage vont devenir monnaie courante », confirme Cédric Bonnot. Face à ces changements, il faudra sans doute choisir des espèces qui peuvent donner à l’automne et pourquoi pas l’hiver. « J’ai fait des tentatives pour des courgettes que l’on peut récolter à l’automne », note Jean-Luc Perrière.

Viviane Perrière

Respirer, s’aérer, goûter… sont les seuls intérêts du jardinage

C’est faux.

Certains jardiniers sont attachés à la préservation du « patrimoine végétal qui n’a pas, jusque-là, fait l’objet de protection particulière ». Pourtant, des espèces locales, si on ne les cultive pas risquent de disparaître. C’est le cas de l’emblématique petit pois d’Objat par exemple. « La bourrue de Vignols, c’est une châtaigne, a été l’une des principales variétés du coin entre-deux-guerres. Il existe aussi la vignolaise, une salade de type laitue batavia qui a tendance à disparaître. »

D’où l’intérêt des Oasis de Noé, dont Jean-Luc Perrière et Cédric Bonnot font partie, un réseau de jardiniers qui recueillent ses propres graines… Et sème ainsi peu à peu la philosophie de l’agroécologie.

Texte : Emilie Auffret sur :https://www.lamontagne.fr/
Photos : Stéphanie Para et Frédéric Lherpinière

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