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Dans le Vercors, une cartographie sonore met le trafic routier sur écoute

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12 Janvier 2026
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Une vaste étude est menée pour cartographier le « paysage sonore » du Vercors. En cause, les tensions créées par la circulation sur les routes touristiques de ce massif de montagnes préalpin.

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Raphaëlle Lavorel
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Le Vercors, ses falaises majestueuses, sa faune préservée et… ses routes sinueuses, très appréciées par les propriétaires de voitures sportives et par les motards. Depuis plusieurs années, le trafic routier et les nuisances sonores qu’il engendre sont sources de tensions dans ce massif montagneux très touristique à cheval entre l’Isère et la Drôme.

Des tensions dont témoigne Michel Vartanian, maire du village de Chamaloc, dans le Vercors drômois, régulièrement interpellé par les habitants.

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« Notre commune est située au pied du col de Rousset, l’une des principales portes d’accès au plateau du Vercors. C’est aussi une route réputée parmi les motards », qui apprécient ses huit virages en épingle, explique celui qui est aussi premier vice-président du Parc naturel régional (PNR) du Vercors.

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Le sujet n’est pas nouveau dans le massif. Mais ce qui l’est, c’est que ce bruit va enfin être capté, mesuré et analysé de manière fine et à grande échelle. À l’initiative du PNR, le Cerema (Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement) a commencé à établir une cartographie du « paysage sonore » du massif. Plusieurs balises vont ainsi tourner en 2026 et 2027 entre des points stratégiques, identifiés par les acteurs du territoire.

La démarche est inédite dans le massif. Jusque-là, seules quelques données départementales, partielles, permettaient d’estimer le trafic routier sur les grands axes. « À l’aide de points fixes, mais aussi de prélèvements ponctuels de bruits sur des périodes courtes, on va pouvoir analyser plus finement le bruit », détaille Xavier Olny, coordinateur de l’étude.

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Objectiver le problème

« Nous allons pouvoir discuter sur des bases objectives », se réjouit Michel Vartanian, lassé par le dialogue de sourds avec les visiteurs pétaradants. « On nous dit souvent que le bruit, chez nous, “c’est pas grand-chose” comparé aux habitants des villes. Sauf qu’une moto qui fait du bruit, ce n’est pas dérangeant, mais quand il y en a 600 par jour, ça le devient », pointe l’édile, qui estime que ce chiffre correspond au nombre moyen de motos traversant quotidiennement sa commune au printemps, « avec des pointes à 1 000 par jour ».

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« La perception du bruit peut être quelque chose d’assez subjectif », souligne de son côté Xavier Olny. Si le caractère préservé du massif « engendre un niveau d’exigence supérieur de la part des habitants, il y a aussi dans le Vercors des espaces à protéger et c’est la volonté du Parc de le faire », poursuit-il.

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C’est pourquoi l’étude menée par le Cerema ne viendra pas seulement mesurer les nuisances sonores du trafic routier et aérien, mais dessinera une véritable « carte sonore » du territoire, qui révélera les bruits de la circulation, de l’activité humaine, de la faune…

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« Cette “banque sonore” nous servira d’outil pour mesurer l’incidence des nuisances sonores sur la santé humaine mais aussi sur la faune, le tout afin de sensibiliser la population », détaille Michel Vartanian.

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Une fois l’étude terminée, « un plan d’actions pour améliorer l’environnement sonore sur le territoire » sera construit, explique le PNR du Vercors. Il pourrait prévoir des mesures coercitives « comme des aménagements de la route, voire des radars antibruit », imagine déjà Michel Vartanian. Ce dernier dispositif, qui permet de contrôler le niveau sonore puis de verbaliser, se déploie progressivement en France, non sans mal.

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Les sanctions face à deux obstacles

Une première expérimentation avait été menée à Paris, en 2019, avec des appareils de contrôle des deux-roues et la mobilisation directe d’agents pour verbaliser. Pour permettre une automatisation des contrôles, la loi d’orientation des mobilités de 2019 a également permis la mise en place de radars antibruit autonomes. Ils ont été testés à partir de 2022 dans des grandes villes comme Nice ou Toulouse, mais aussi dans la vallée de Chevreuse, en Île-de-France, où certaines routes sont également très appréciées des motards.

Pour pérenniser cette expérimentation achevée début 2025, deux conditions sont nécessaires. La première est technique : les outils de contrôle automatiques doivent être homologués par le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE). Aux dernières nouvelles, qui datent d’avril 2025, le ministère de la Transition écologique indiquait que « sur le plan technique, deux industriels sont actuellement en train d’effectuer les essais en vue d’obtenir l’homologation métrologique des radars sonores ».

Deuxième condition : un cadre législatif pérenne doit être voté. En attendant que les prérequis techniques soient atteints, la France se dirige vers une nouvelle phase d’expérimentation. Une proposition de loi visant à relancer le dispositif de 2019 est ainsi sur le bureau du Sénat depuis septembre 2025. Elle prévoyait qu’une nouvelle phase de test démarre à partir du 1er avril 2026, avant une verbalisation effective au 1er janvier 2027. Mais l’incertitude politique actuelle rend ce calendrier très improbable.

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