Il fallait prendre le temps de découvrir Lyliane. Elle avait une forme de retenue qui décourageait d’entrer par effraction dans son univers, son intimité. Elle aimait construire la confiance avec ceux et celles qu’elle rencontrait et invitait. Et, quand la confiance était là, elle donnait le meilleur d’elle-même et aidait chacune et chacun à s’exprimer, s’investir et se dépasser.
Elle agissait toujours avec douceur et fermeté. Avec douceur, parce qu’elle voulait découvrir et comprendre. Avec fermeté parce qu’elle fuyait toute facilité et tenait à aller à l’essentiel et finaliser sa démarche.
Travailleuse infatigable, elle prenait le temps d’étudier et évaluer. Souveraine, lucide, elle avait une ténacité à nulle autre pareille. Elle croyait plus que tout à la nécessité de « tenir parole ». Elle savait la chose difficile, tant les pesanteurs, les habitudes et la routine menacent sans cesse d’éroder la détermination et les engagements. Mais elle ne supportait pas que l’on trahisse ses paroles ou ses promesses. Elle le disait. Elle le montrait. Elle le prouvait par son obstination à mener à bien les chantiers les plus ambitieux, ses records d’adhésions à Biovallée, comme à honorer les décisions apparemment les plus modestes. Car elle savait qu’il n’y a pas de petite trahison possible pour qui s’engage à faire de la solidarité entre les humains et entre les humains et la planète le sens d’une existence. Elle le prouva auprès de moult associations où elle donna le meilleur d’elle-même : NUNC est l’entraide avec le handicap et les personnes âgées, puis présidente du Conseil Local de Développement Durable du Pays Diois, puis de l’Espace Social et Culturel de Die et du Diois prouvant son engagement sociétal et affirmant son choix d’un pays viable, vivable et vivant.
Elle avait un profond amour de la vie : de la vie des hommes et des femmes, de celle de la nature et de celle de l’univers. Un amour sans niaiserie. Un amour serein et déterminé. Parfois solitaire. L’écologie n’était pas, pour elle, une doctrine abstraite, un dogme politique désincarné ou culpabilisant, c’était une manière d’être présent aux autres et au monde. De prendre soin des autres et du monde. Au quotidien et dans le moindre geste. Et la bonté dans la moindre phrase. Elle avait ainsi opté pour la méditation, le jardinage et les balades en montagne. Et éprise de lectures. Et organisatrice de temps forts pour l’avenir et en regardant au-delà de tous les petits intérêts immédiats. Elle s’engagea alors à l’association des Acteurs de Biovallée et mena à bien les conférences et rendez-vous sur l’eau ou l’alimentation, des thèmes qui la passionnaient. Enfin fidèle aux Rencontres de l’Ecologie au Quotidien de Die et de son festival hivernal elle avait pris à bras le corps les enjeux , de souveraineté alimentaire et d’installation des jeunes à la terre, qu’elle animait. Elle avait et a , par exemple, composé la table ronde de Janvier 2021 autour du Film « Retour à la terre » avec quatre jeunes paysannes ( qui aura lieu le 29 janvier).
Enfin elle accompagnait depuis toujours les jumelages de Die et son association, aimantée par son amour pour l’Europe et son maniement parfait de l’anglais. Comme l’Association locale pour les énergies vertes, renouvelables, propres et la mobilité ( ACOPREV ).
Ceux et celles qui ont travaillé avec elle, qui l’ont accompagnée dans ses engagements, qui se sont battus à ses côtés savent que cette présence aux autres et au monde était sa véritable force. On pouvait être en désaccord avec Lyliane, ne pas toujours partager ses choix stratégiques. Mais on ne pouvait pas ne pas respecter la femme de conviction, la femme d’action, la femme debout qu’elle était et qu’elle est restée en toutes circonstances et jusque dans l’adversité et la maladie.
La Drôme, la Biovallée, le Diois doivent beaucoup à Lyliane. Elle restera, pour chacun et chacune d’entre nous, une exemple de générosité et de probité. Une exemple de combativité contre toutes les petites lâchetés et manipulations. Une exemple de solidité sereine face à l’agitation superficielle des « importants et de égocentrés ». Un exemple pour nos futurs combats. Car Lyliane a été, est et restera celle qui toute sa vie a incarné la belle formule de Eleanor Roosevelt : “Le futur appartient à ceux qui croient à la beauté de leurs rêves.” Au revoir petite sœur.
Claude Veyret
Die ce 18/12/2020