Il y a « reforestation » et reforestation

Cette vidéo est extraite du documentaire Nature, le nouvel eldorado de la finance, produit par VIA DECOUVERTES FILMS et ARTE France. Le documentaire complet, donne un excellent aperçu des enjeux liés à l’apparition de ce nouveau type de « forêts ».
Les forêts ne sont pas seulement des espaces regroupant des arbres, elles regorgent d’une multitude de vies. Le chant des oiseaux, le grouillement des insectes, l’odeur de la terre humide nous parviennent lorsque l’on entre dans une forêt. Chacune d’elles renferme un écosystème unique et souvent âgé de plusieurs centaines voir milliers d’années. Pourtant à y regarder de plus près, toutes les forêts ne se valent pas quant à leur biodiversité. Ce constat est parfaitement mis en lumière dans le documentaire Nature, le nouvel eldorado de la finance à travers l’exemple de la campagne de reboisement forestier initiée par l’entreprise brésilienne Vale en Amazonie. On y observe la stratégie économique du groupe minier qui, dans une volonté de s’engager dans « l’économie verte », a déjà replanté 50 000 hectares d’eucalyptus afin de compenser son impact sur la forêt. La logique dévoilée est simple : remplacer un écosystème multimillénaire par une monoculture « économiquement rentable ».
Le documentaire reprend notamment à son compte la notion de « déserts verts » pour évoquer les terrains sans biodiversité que créent ce type de monocultures. Ainsi l’apparition de ces forêts stériles est entre autres encouragée par la mise en œuvre des mécanismes de compensation comme la compensation carbone. Pour rappel, ceux-ci supposent une obligation des entreprises ayant un impact néfaste sur la nature à contrebalancer leurs dégâts. La plantation d’arbres apparaît alors comme l’une des solutions proposées à la pollution et la destruction que provoque l’établissement d’entreprises dans des zones abritant de la biodiversité.
Toutefois ces « déserts verts » se caractérisent précisément par une absence de biodiversité. La culture trop intensive d’une espèce naturelle ne permet pas qu’un véritable écosystème se développe au sein de la forêt. En effet, le déséquilibre créé par la monoculture mène à ce qu’au fil des années une seule espèce subsiste sans qu’une diversité d’autres êtres vivants apparaisse.
Pourtant des alternatives à la monoculture existent. En ce qui concerne l’exploitation de terres agricoles, certains modes d’exploitation telles que l’agroforesterie sont à privilégier. De plus, recréer un écosystème nécessite d’introduire de la diversité dans le choix des espèces à cultiver afin qu’une multitude de vie puisse s’y développer. La méthode de reforestation Miyawaki par exemple est une excellente illustration des alternatives possibles aux monocultures comme ici avec l’eucalyptus. Cette méthode vise à planter dans un espace donné diverses espèces végétales dites indigènes. Cela permet l’apparition d’écosystèmes diversifiés qui à la fois luttent efficacement contre le réchauffement atmosphérique et demandent peu d’entretien. La permaculture est elle aussi une source d’inspiration pour tenter de compenser ce qui a été détruit en termes de biodiversité.
La biodiversité des forêts naturelles, un atout contre le réchauffement climatique
Pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5 °C, il est indispensable de réduire les émissions de CO2. Mais il faut également trouver des moyens d’éliminer une bonne partie du carbone déjà présent dans l’atmosphère. Pour cela, les États comptent sur les forêts. Il faudra alors restaurer des forêts naturelles, préviennent les chercheurs.

[EN VIDÉO] La circulation du CO2 dans l’atmosphère comme vous ne l’avez jamais vue Dans cette vidéo de la Nasa, il est possible de visualiser, pour la première fois, avec un niveau de détails impressionnant et en trois dimensions, le cycle du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, sur une année. Dans la perspective de mieux prédire l’évolution du changement climatique en cours sur le long terme, les scientifiques ont besoin de recueillir un maximum de données sur la circulation de ce gaz à effet de serre émis massivement par nos activités humaines.
« Les monocultures stockent beaucoup moins de carbone que les forêts naturelles. Pour lutter contre le réchauffement climatique, la restauration des forêts naturelles est clairement l’approche la plus efficace. » C’est la conclusion d’une étude menée suite aux annonces faites par de nombreux pays portant sur leur volonté de planter des arbres pour sauver la planète.
Lancé en 2011, le Défi de Bonn, étendu par la Déclaration de New York sur les forêts, encourage les États à restaurer 150 millions d’hectares de forêts avant 2020 et 350 millions d’hectares d’ici 2030. C’est peu ou prou la superficie de l’Inde. Objectif : stocker près de deux gigatonnes d’équivalent CO2 par an. Et produire, par la même occasion, des revenus supplémentaires pour les communautés rurales notamment.
Mais selon les calculs des chercheurs de l’University College de Londres (Royaume-Uni) fondés sur les engagements de 43 pays, seule la biodiversité de forêts naturelles est capable de capturer suffisamment de carbone atmosphérique pour maintenir le réchauffement de la planète sous la barre des 1,5 °C. Les forêts naturelles, en effet, stockent 40 fois plus de carbone que les plantations et 6 fois plus que l’agroforesterie.

Des forêts oui, mais des forêts naturelles
Ainsi la restauration sur 350 millions d’hectares de forêts naturelles pourrait permettre d’éliminer de l’atmosphère quelque 42 milliards de tonnes de carbone d’ici 2100. Ce qui reste peu au regard des 730 milliards de tonnes qui seraient nécessaires à limiter le réchauffement climatique. Une stricte application des promesses des États – qui prévoient des plantations dans 45 % des cas, une restauration de forêt naturelle dans 34 % des cas et de l’agroforesterie dans 21 % -, toutefois, réduirait encore ce chiffre à 16 milliards de tonnes. Si des monocultures commerciales étaient plantées sur les 350 millions d’hectares, il tomberait même à un milliard de tonnes.
Sans un programme de restauration des forêts naturelles, le réchauffement climatique ne pourra pas être contenu
« Ces différences s’expliquent, en autres, par le fait que les plantations sont coupées tous les dix ans environ, explique Charlotte Wheeler, chercheur à l’université d’Édimbourg (Écosse). Il faut garder à l’esprit que les forêts, aussi naturelles soient-elles, ne suffiront pas, à elles seules, à atteindre nos objectifs climatiques. Cependant aucun scénario susceptible de contenir le réchauffement climatique n’a été imaginé sans la restauration à grande échelle de forêts naturelles. »
En conclusion, les scientifiques recommandent :
- d’augmenter la proportion de terres en cours de régénération en forêts naturelles ;
- d’accorder la priorité à la restauration en Amazonie, à Bornéo et dans le bassin du Congo, qui abritent des forêts à biomasse très élevée par rapport aux régions plus sèches ;
- de compter sur les stocks de carbone existants en ciblant préférentiellement les forêts dégradées ;
- et, une fois la forêt naturelle restaurée, de la protéger au mieux.
- Restaurer 350 millions d’hectares de forêts d’ici 2030, c’est le défi lancé à la communauté internationale en 2011.
- Mais selon une étude, l’effort sera vain si ces forêts ne correspondent pas massivement à des forêts naturelles.
- Ces dernières en effet stockent 40 fois plus de carbone que les plantations.
La biodiversité des forêts limite les conséquences du changement climatique
La diversité des espèces végétales atténuerait significativement l’impact négatif du changement climatique. Lequel, en effet, entraîne des sécheresses accrues ralentissant la décomposition des litières et donc la remise à disposition au sol du carbone et de l’azote.
Article du CNRS paru le 12/07/2017
Pour étudier la décomposition des litières dans les forêts, processus clé du fonctionnement des écosystèmes qui régule le recyclage de la matière organique et la remise à disposition des éléments nutritifs, une équipe de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale (IMBE-CNRS, université Aix-Marseille, université d’Avignon, IRD) a effectué une expérience durant deux ans sur le site de l’O3HP (Oak Observatory at OHP), dans les Alpes de Haute-Provence. L’objectif était de comparer la dégradation de trois types de litières (mélange de feuilles d’une à trois espèces végétales : chêne pubescent, érable de Montpellier, sumac-fustet) dans deux parcelles forestières. L’une était soumise à une sécheresse accrue grâce à un système d’exclusion des pluies printanières et estivales performant, et l’autre comme parcelle témoin. Par la même occasion, ils ont suivi l’évolution des communautés d’organismes décomposeurs et prédateurs (abondance, diversité et interactions trophiques) colonisant ces litières.
La sécheresse printanière et estivale accrue entraîne, dans tous les cas, un ralentissement de la décomposition de la litière et donc de la remise à disposition au sol du carbone et de l’azote. Cependant, la présence de plusieurs espèces végétales dans la litière atténue significativement l’impact négatif de la réduction des précipitations sur cette décomposition.

De l’intérêt de préserver la biodiversité
Concernant les organismes de la mésofaune (la faune de taille intermédiaire entre la microfaune et la macrofaune) présents dans ces litières, ils sont favorisés par le mélange d’espèces (plus de diversité et d’abondance), ce qui explique pour partie la meilleure décomposition observée. Néanmoins, la parcelle où le stress hydrique a été fortement augmenté montre des diminutions importantes dans l’abondance et la diversité des organismes colonisant les litières variables en fonction du groupe considéré. On observe ainsi, en liaison avec l’augmentation de la sécheresse, une modification du rapport entre organismes décomposeurs et prédateurs entrainant une pression de prédation plus importante, une modification du rapport entre collemboles et acariens oribates favorable à ces derniers, un impact à des degrés divers au sein des collemboles entraînant jusqu’à la disparition du groupe des Neelipleones.
Cette étude publiée dans la revue Journal of Ecology souligne à la fois les modifications extrêmement rapides de la biodiversité présente dans la litière suite à une sécheresse accrue et surtout l’intérêt de conserver une diversité d’espèces végétales dans les forêts méditerranéennes de manière à limiter les conséquences du changement climatique en cours. Ces recherches s’inscrivent dans une problématique générale visant à mieux comprendre les relations biodiversité-fonctionnement dans les écosystèmes et l’intérêt de conserver une biodiversité élevée face aux contraintes environnementales croissantes.
Les projets « Sous les arbres » des Acteurs de la Biovallée et Ecologie au Quotidien ont bien fait la part des choses et s’engagent sur une réelle renaturation, revitalisation et régénérescence de la vie.
MCD avec Nathalie Mayer, Journaliste : https://www.futura-sciences.com/planete/
Envie d’en savoir plus sur les déserts verts? On vous invite à découvrir le documentaire Nature, le nouvel eldorado de la finance, de 3 minutes sur : https://www.positivr.tv/FR/video/causes/nature-le-nouvel-eldorado-de-la-finance/1:34:719809@43:3967?clickOrigin=homepage