« Benin sait écrire des chansons et sait chanter. Mieux que ça, il chante, et quand il chante ça sort profond, avec des pleins et des reliefs, avec des réserves de fraternité, de passion et d’humour. Ce serait assez pour la surprise et l’émotion, mais, derrière le bonhomme qui chante, il y a encore autre chose, il y a ce qu’il dit. Car s’il paraît impossible de chanter comme ça sans être sincère, ce qui est dit prend alors beaucoup d’importance… »
Lucien Nicolas
Chacun de ses concerts est comme l’une de ces oasis qui surgissent au bout des pistes, où la quiétude coule en source vive sur les blessures du passé.
Migrant de l’impossible, Morice Benin a trouvé l’apaisement, il y a quelques années, après avoir chanté la liberté sur tous les tons et la révolution. Sa puissance aujourd’hui est autrement plus efficace que les colères d’antan…
Avec fougue et ténacité, le voila poursuivant sa carrière hors des sentiers battus. Son nouveau concert : « Infiniment », faisant la part belle à toutes ces nouvelles chanson

s, mais sans oublier un florilège d’incontournables « anciennes » (Plus tu es heureux, Dieu du portable, Les comptes sont bons, Fils de la vie)… au gré des humeurs !
#coronavirus Et si Morice Benin avait eu raison avant tout le monde ?
S’il y a bien un chanteur qu’il est utile de réécouter par les temps actuels et étranges c’est Morice Benin. Nul autre que lui avec constance, terrible intégrité, depuis 1967, n’a cessé de chanter les dérives du monde consumériste, le vampirisme de l’argent, l’aliénation au travail. Le chanteur aime à se dire méconnu, peu connu, anonyme au fil des rares interviews qu’il accorde mais ne soyons pas dupes : ses fidèles sont très nombreux à poster des vidéos (des audios parfois simplement illustrées) sur youtube, dont certaines ne sont pas loin des cent milles vues. A la rédaction, nous nous sommes ‘amusés’ (c’est fou ce qu’on s’amuse en confinement) à faire le décompte des vues sur youtube : 72 vidéos qui cumulent 1 million de vues. Il pourra nous raconter ce qu’il veut, Morice Benin est une star, une star méconnue, une star d’un autre genre, mais une personnalité de la chanson suffisamment importante pour drainer un public considérable à chaque concert dans les lieux les plus improbables de France, des villages connus parfois de leurs seuls habitants.
Un physique reconnaissable, allure de quasi-chamane, ce chantre venu d’Afrique a été l’un des premiers à parler et chanter écologie. S’il fut au début produit par Barclays, très vite il s’en détournera et mettra sa vie en accord avec ses idées. Au show-biz qui lui déplaît, il préfère chanter dans les foyers ruraux, les mjc tout au long des années 70. L’écologie ne séduit pas beaucoup la société en cette fin des trente glorieuses, c’est un mouvement embryonnaire et il est l’un des rares pour ne pas dire le seul auteur poético-libertaire à aborder ce thème avec intensité. Après tout, il a chanté en 1973 sur le plateau du Larzac devant des dizaines de milliers de pacifistes, pour protester contre l’extension d’un camp militaire. Il donne une centaine de concerts par an en France mais aussi en Belgique, en Suisse, au Québec. Son disque ‘Je vis’ sorti en 1974 s’écoule à cent mille exemplaires sans distribution. Benin est déjà dans une forme de maquis. Mais chez lui c’est assumé, clairement. C’est un positionnement. Le troubadour chante le bonheur d’une certaine forme de marginalité et la sensualité entre les hommes et les femmes.
Ce qui ne l’empêche pas à l’instar de son collègue Jean Vasca de se produire à l’Olympia. Il se rend au pays natal le Maroc pour y chanter en 1984. Il se produit également en Allemagne. Grand connaisseur du poète René Guy Cadou, il lui consacre un album en 1985, ‘Chants de solitude’ qui reçoit le prix de l’Académie Charles Cros. Il fera 3 dates au Théâtre Dejazet en 1988, le même Théâtre où se produiront dans la foulée Anne Sylvestre et Pauline Julien dans leur mythique spectacle ‘Gémeaux Croisés’ – on rappellera qu’elles furent les premières artistes à recourir au micro-casque avant Madonna. Il renoue avec l’Olympia en 1990 et délaisse la promotion de son travail…puisque le public vient naturellement. Et plébiscite ses albums : le chanteur est prolifique, tant et tant qu’il est difficile de s’y retrouver dans sa discographie, foisonnante, passionnante forcément.
Alors il continue de chanter ici et là, de sillonner ‘les pays qui n’existent pas’, dans des concerts-communion, parfois longs de deux heures.
Que pense t-il de cette nature qui respire temporairement depuis que les hommes sont confinés ? Il évoquait déjà cette nature en 1991 dans ‘Sous le couvert des bois’
(album ‘Essentiel’ 1991)
Tout autour de moi
un rideau d’arbres
Béni soit le chant du merle
Au dessus de la page
où j’écris Le chœur de tous les oiseaux
Tout la haut le coucou
A la tête grise me chante
une promesse de paix
qui me protège
Moi qui écrit sous le couvert des bois
qui me protège
Moi qui écrit sous le couvert des bois
Je me lie aujourd’hui à la puissance du ciel
la lumière du soleil
la blancheur de la neige
la force du feu l’illumination de l’éclair
à la vitesse du vent
la profondeur de la mer
la stabilité de la Terre
à la dureté des rochers
Je me lie aujourd’hui à la puissance du ciel
la lumière du soleil la blancheur de la neige
la force du feu l’illumination de l’éclair
à la vitesse du vent
la profondeur de la mer
la stabilité de la Terre à la dureté des rochers
Après le confinement, évidemment beaucoup de choses auront changé. Bien sûr les gens continueront de prendre l’avion, ce qui n’est certainement pas condamnable. L’homme est un être qui bouge, qui vit, avant les avions, c’était les trains, avant c’était les bateaux. Bien sûr l’homme continuera de cultiver un peu de superficialité, ce qui est normal sinon ce serait ennuyeux. Les hommes solennels qui réduisent la vie au fonctionnel ne sont pas forcément intéressants. Mais les gens réfléchiront encore davantage avant de prendre leur voiture. Réfléchiront davantage avant de payer un café médiocre horriblement cher dans une station service, gaspilleront sans doute encore moins et au sortir du confinement redécouvriront la nature, ni bonne ni mauvaise, mais dont nous faisons partie à tout jamais. Nous n’avons eu que trop tendance à l’oublier. Et peut-être les gens tendront davantage l’oreille envers certains artistes pour ce qu’ils disent et pas seulement le style vestimentaire qu’ils affichent.
Ce serait bien. Rêvons…
La rédaction
La chanson des » masques de Morice Bénin « raisonne étrangement avec l’époque actuelle. A la date de sa création , il n’aurait pu prévoir ce désastre issu probablement des recherches sur les armes bactériologiques a Wuhan , peut être est ce un signe des temps ?? nouveau recommencement qui nous renvoie en pleine gueule notre manque d’humanité.Quand a la correspondance de ces paroles ,il y a parfois aussi dans l’Art des coïncidences toutes créations de l’esprit humain en comporte inconsciemment.Merci pour cette découverte poétique musicale dans un temps qui doit le rester !!
Un grand que j’ai vu plusieurs fois sur scène
avec ses convictions toujours intactes
… et j’ai eu la chance qu’il a mis un de mes textes mis en musique
(« Ceux-là » sur le C. D. Atteindre)
bonne journée
Bernard
Merci Morice pour cette merveilleuse soirée au théâtre du Sphinx à Nantes et la poésie si limpide de Cadou. Je me suis senti transporté dans la petite chambre de Louisfert et sa fenêtre ouverte sur l’infini.








Il laissera un vide incommensurable
Un jardin fleuri d’églantine
Il a inondé le monde de son inconditionnel amour