Mireille Provence-Waro, l’espionne du Vercors…
Mireille Provence (née Simonne Waro à Lyon le 26 février 1915 et morte à Soustons le 26 janvier 1997) est une collaboratrice française qui a participé à la Cour martiale allemande de Saint-Nazaire-en-Royans, en juillet-août 1944. Elle a été condamnée à mort en octobre 1945, mais sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Elle a été libérée en août 1953. Elle est morte en 1997.
Biographie
Simonne Waro est née le 26 février 1915 à Lyon 2e. Elle se marie en avril 1935 avec François Reboul. Elle a un enfant en 1935, mais le couple se sépare en 1937. Elle abandonne alors son enfant et se lance dans le music-hall sous le nom de Mireille Provence. Pendant la guerre, on la retrouve à Paris dans le Cabaret de Milly Mathis, Le Petit Chapiteau, fréquenté par les occupants2, puis à Lyon et à Grenoble, où elle fait la connaissance d’un important officier allemand.
Elle participe en avril 1944, comme informatrice, à deux raids de la Milice, ce qui lui vaudra le surnom de « l’espionne du Vercors ». Elle est enlevée par la Résistance en juillet 1944 et emprisonnée à La Chapelle-en-Vercors. Après l’invasion du Vercors par les troupes allemandes, elle regagne la vallée et se met au service de l’occupant : « Des traîtres français dénoncent leurs compatriotes, qui sans eux auraient échappé au supplice. Telle cette Mireille Provence qui, internée au camp de détenus suspects de la Chapelle, a profité de la confusion qui suivit la dislocation du 23 juillet pour venir se mettre aux ordres des nazis » (Pierre Tanant). . Elle participe à la Cour martiale allemande de Saint-Nazaire-en-Royans, aux côtés du Feldgendarme qui la dirige (connu sous le nom d’Oberland), dont elle est devenue la maîtresse. Elle est directement responsable de la mort d’une partie des maquisards fusillés ou déportés par la cour martiale7. Elle participe aussi à diverses rafles dans la région.
Elle suit les Allemands dans leur retraite vers Belfort. Elle est arrêtée à Lure le 8 octobre 1944, en raison de sa présence dans la zone des combats, sans que son rôle dans le Vercors soit alors connu. Elle est finalement inculpée en mai 1945 d’intelligence avec l’ennemi, et condamnée à mort à Grenoble le 11 octobre 1945, condamnation commuée le 31 octobre en travaux forcés à perpétuité, ce qui soulève l’indignation des anciens résistants (les Pionniers du Vercors formuleront ainsi plusieurs demandes de réouverture du procès).
Le 22 août 1953, après 8 ans de prison, elle fait l’objet d’une grâce médicale. Elle s’installe alors dans les Landes, où elle tient un hôtel-restaurant, et où elle décède en janvier 1997.
Son souvenir est resté très vivace dans les Alpes. Elle est « pour la région grenobloise et plus particulièrement pour le Vercors, le symbole de la Collaboration la plus basse ». C’est elle que le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère a choisie en 2020 pour représenter la collaboration dans le cadre de son exposition sur Les femmes des années 40.
nota
-1- 40 morts sur la conscience: Mireille Provence, l’espionne collabo du Vercors. Retour à Grenoble en 1945, pour l’un des procès pour collaboration les plus retentissants de l’époque. Par Sylvaine ROMANAZ dans le D.L.

Ancien résistant, sa première mission est d’enquêter sur un crime commis dans le Vercors : une jeune fille se prénommant Marie est retrouvée violée et égorgée dans la forêt. Un meurtre barbare qui secoue tout le plateau. Marie est la fille cadette d’une famille de résistants.
Qui l’a tué ? Les Miliciens qui se vengent de la famille Valette ? Pourquoi personne ne veut parler ? Ni le père ni la mère, ni leur gendre. Personne. Dans cet abîme de questions, il fera équipe avec une jeune photographe américaine, Judith Ashton aussi joyeuse et confiante que Duroy est taciturne et rationnel.
Alors que le Vercors pleure ses morts, les résistants chassent les traîtres, miliciens, braconniers du marché noir, commerçants serviles, fonctionnaires trop fidèles à Pétain. Une fois l’affaire résolue, Duroy et Ashton devront prendre une décision : que faire des héros qui ont commis l’irréparable ?
J’ai passé des heures à déchiffrer la coupure de presse, un mauvais tirage d’un
microfilm d’archives du Dauphiné Libéré que mon correspondant avait scanné pour me
l’envoyer par courriel : une page entière du journal réduite au format d’un cliché
d’amateur. L’article y était enseveli dans une brume bleutée qui ne laissait filtrer que les
gros titres et les photographies, et l’image agrandie, sondant la page baveuse surgie du
néant, j’ai dû batailler longtemps, le doigt sur l’écran, pour rendre forme aux caractères
mités qui, par endroits, faisaient penser à l’une de ces langues d’Extrême-Orient
uniment composées de boucles et de pâtés, le thaï ou l’hindi, complétant à l’aveugle les
lettres tronquées, supputant des voyelles dans d’infimes taches d’encre, extrapolant des
demi-mots gâtés, les lignes une à une soustraites à l’oubli, les patronymes restitués à
partir d’autres documents (ainsi du vrai nom de Mireille Provence : j’avais d’abord lu
Ware, mais découvrant plus tard, dans le journal d’un témoin, qu’elle était « de son
véritable nom Mireille Varo, épouse Reboul », j’ai supposé Waro, aussi insolite que soit
ce patronyme, plus convenable à une écuyère de cirque qu’à une fille de bonne famille
lyonnaise – ou bien c’est R.-L. L., emporté par son humeur, qui aura affublé la tueuse
de ce teutonique W, si bienvenu qu’on se sent un devoir de le reprendre : pourtant,
aucun Waro aujourd’hui à Lyon, alors qu’on y trouve des Varo, et même des Ware),
devinant donc plus que lisant, sans atteindre partout à une leçon claire et distincte.
Quant aux nombres, pas un, même écrit en toutes lettres, qui ne soit illisible ou
problématique, de la date du journal (mi-octobre 45 ou 46, le 12 peut-être, ou le 19) au
nombre des témoins et des victimes, comme si la seule vérité certaine qu’on puisse
arracher à la réalité, celle qui distingue un de un et veut que deux et deux fasse quatre,
ne pouvait s’accommoder d’une figure aussi trouble.
Parmi les grands procès de la Cour de Justice, celui de Mireille Provence,
l’espionne du Vercors, est surment le plus émouvant. Non pas, Dieu
nous [ ], de trouver en l’abominable femme la parcelle de [ ]té
qu’inspirerait une prévenue jeune et belle…
L’un des bourreaux, le plus sanguinaire sans doute, était celui que l’on
désignait sous le nom de commandant Oberland. Il s’appelait en réalité
Rudolph Selbrich, chef de la gestapo ou de la Panzerdivision. Mireille
Provence était la maîtresse du monstre. Mieux encore, son âme damnée…
Son véritable nom est Simone War[ ]. Elle a 3[ ] ans. D’une [ ]ente
famille lyonnaise, elle passe avec succès son baccalauréat, se marie, mais
abandonne son compagnon et son enfant pour se consacrer au music-hall.
Elle chante chez « Agnès Capri » et au « Petit Chapiteau » à Paris. Dans
cette dernière « boîte », propriété de sa belle-sœur, l’artiste de cinéma Milly
engager dans une boîte de nuit et « flirte » aussitôt avec un colonel allemand
qui mettra, quelques semaines plus tard, le Vercors à feu et à sang. La
Résistance décèle l’espionne. On l’enlève et la place en surveillance à La
Chapelle-en-Vercors. Elle joue de la prunelle et se fait relâcher. Dès qu’elle
est libre, elle n’a plus qu’un souci : assouvir une effrayante vengeance. Les
témoins qui défilent à la barre… « Nous étions [ ] qui fûmes [ ] par la «
femme au turban rouge », [ ] furent fusillés… » Simone War[ ] nie,
indifférente, lointaine ou cynique…
Pourquoi avoir voulu lui donner un visage ? L’article est illustré par l’un de ces portraits
ténébreux et interchangeables dont les chroniqueurs de cours d’assises se plaisent à
affubler leurs héroïnes. Mireille Provence ? Mireille Provence cette bourgeoise sans âge
en tailleur noir, un foulard à gros pois croisé sous les bouillons de son chemisier, roide
au milieu des ombres, fixant ses juges, ou la mort qui va la soustraire au jugement des
hommes, ou rien que la cohue des photographes, le coin des lèvres plissé, pour narguer
ou pour séduire ? Dans le box des accusés, Mireille Provence pose encore… Des
cheveux tombants, une peau cendreuse et tavelée, un nez excessif sur des lèvres pincées,
est-ce là la beauté qui avait foudroyé le terrible Oberland ? Elle était inadmissible : on
aura tâtonné longtemps avant de faire venir dans le bromure d’argent ce visage pénible.
Rien non plus n’y transparaît de l’intelligence que décrivent les témoins, très vive. Mais
la volonté, vive elle aussi, et implacable, on n’a pas pu la lui ôter des yeux. Qui jointe à
une haine dévorante avait fait du massacreur de Llov « un jouet entre ses mains ». Les
hommes pris au débouché des gorges de la Bourne, ou alors qu’ils tentaient de passer
l’Isère sous le couvert de la nuit, défilent devant le préau de l’école de Saint-Nazaire-en-
Royans où quelques officiers font tapisserie autour du Hauptman Professor. Elle est
auprès de lui, un peu en retrait, ses cheveux blonds répandus sur les épaules, son turban
rouge sur le genou. Elle écoute, elle examine, elle rappelle ceux qu’Oberland relâche,
elle questionne, elle condamne. Avait-on besoin de ce visage au plomb pour la faire
exister ?