La Russie a exporté pour 158 milliards € d’énergies fossiles depuis la guerre en Ukraine, principalement vers l’UE

Depuis le début de « l’opération spéciale » menée par la Russie en Ukraine, les revenus de la Russie provenant des exportations de pétrole, de gaz et de charbon au cours des six mois qui ont suivi ont dépassé le coût total de son intervention armée, selon une analyse du Center for Research on Clean Air (CREA).
Le 24 février 2022, la Russie intervenait militairement en Ukraine afin de faire cesser le feu des armées ukrainiennes sur les civils des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, qui se sont opposées au coup d’Etat de mai 2014 (la révolution du « Maïdan ») en Ukraine, orchestré par les USA pour resserrer l’étau sur la Russie.
Cette décision militaire prise après des années de négociations vaines et de tromperies, fait basculer l’ordre mondial : les Etats-Unis et la majorité des pays européens ont imposé des sanctions économiques sévères à la Russie, pensant que son économie allait s’effondrer en quelques semaines. Mais la Russie est un immense pays résilient qui a de puissants alliés (Chine, Inde, Brésil, Iran…) et des ressources minières et en hydrocarbures colossales, contrairement à la plupart des pays européens.
Résultat : les sanctions sont devenus des opportunités importantes d’enrichissement pour la Russie tandis que le coût de l’énergie atteint des niveaux inégalés en UE mettant en péril le tissu économique.
Selon l’analyse du Center for Research on Clean Air (CREA), les revenus de la Russie provenant des exportations de combustibles fossiles ont atteint 158 milliards d’euros de février à août, à comparer aux 100 milliards d’euros, coût estimé de la guerre engagée par la Russie. C’est 40 % de plus que l’année dernière !
Plus étonnant, le principal débouché de ces exportations a été l’Union Européenne, à hauteur de 54 % du total ! Au 06 septembre 2022, l’UE a acheté pour près de 88 milliards d’euro de combustibles fossiles à la Russie (près de 50 milliards € de pétrole, 35 milliards € de gaz et 3 milliards € de charbon).
Le plus grand importateur russe de combustibles fossiles (gaz, pétrole, charbon) était l’UE (85 milliards d’euros), suivie de la Chine (35 milliards d’euros), la Turquie (11 milliards d’euros), l’Inde (7 milliards d’euros) et la Corée du Sud (2 milliards d’euros). Au sein de l’UE, les pays qui ont le plus importé de combustibles fossiles ont été l’Allemagne (19 milliards d’euros), les Pays-Bas (11,1 milliards d’euros), l’Italie (8,6 milliards d’euros), la Pologne (7,4 milliards d’euros), la France (5,5 milliards d’euros), la Bulgarie (5,2 milliards d’euros), la Belgique (4,5 milliards d’euros) et l’Espagne (3,3 milliards d’euros).
62 % des exportations fossiles russes ont été transportées sur des navires appartenant à des entreprises de l’UE en juillet 2022. La grande majorité des navires transportant des combustibles fossiles russes sont assurés au Royaume-Uni (51 %) et en Norvège (22 %).
En ce qui concerne le pétrole, les importations russes de pétrole vers l’UE ont chuté de 17 % en juillet-août, par rapport au début de l’invasion, et devraient chuter de 90 % lorsque l’interdiction entrera en vigueur à la fin de l’année.
Après l’entrée en vigueur de l’embargo sur le charbon russe dans l’UE, le 10 août 2022, les volumes d’exportation de charbon de la Russie sont tombés à leur plus bas niveau depuis le début de l’invasion. Pour l’instant, La Russie n’a pas réussi à trouver d’autres acheteurs pour compenser la baisse de la demande de l’UE, selon le CREA.
Pour le gaz et le pétrole, La Russie s’est naturellement tournée vers ses partenaires économiques comme la Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Turquie notamment.
En outre, si l’UE refuse d’acheter directement du pétrole à la Russie, elle en achète indirectement via des pays tiers comme l’Inde, l’Arabie Saoudite et la Chine qui servent d’intermédiaires et vendent le pétrole russe plus cher à l’UE, seule grande perdante de ses propres sanctions.
Une réalité qui n’est pas partagée par le porte parole du gouvernement français, Olivier Véran, qui déclarait le 7 septembre 2022 : « Les sanctions contre la Russie sont efficaces ! ». Même son de cloche chez le Premier ministre italien Mario Draghi : « les sanctions sont extraordinairement efficaces, l’économie russe est affaiblie » ce qui laisse perplexe sur le degré de lucidité de certains dirigeants européens.
Si les volumes d’exportation de la Russie ont globalement diminué (- 18 % dont – 35 % vers l’UE) depuis le début de la guerre, les prix (gaz, pétrole) se sont envolés, enrichissant davantage tous les pays producteurs d’hydrocarbures et pénalisant les consommateurs, comme l’UE.
« La flambée des prix mondiaux des combustibles fossiles signifie que la Russie continue de générer des revenus record grâce à ses combustibles fossiles, malgré la réduction des volumes d’exportation. Pour lutter contre cela, les gouvernements doivent imposer des droits de douane ou un plafonnement des prix sur les importations en provenance de Russie et accélérer les mesures d’économie d’énergie. Un accent particulier devrait être mis sur la réduction de la consommation de pétrole et de gaz en accélérant le déploiement de l’énergie propre et l’électrification grâce aux pompes à chaleur et aux véhicules électriques », a déclaré Lauri Myllyvirta, analyste principal chez CREA et l’un des auteurs du rapport.
Christophe Magdelaine
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La Russie a exporté pour 158 milliards € d’énergies fossiles depuis la guerre en Ukraine, principalement vers l’UE ; 07/09/2022 – www.notre-planete.info