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Phobies, peur panique, crise d’angoisse… On vous explique ce que sont les troubles anxieux, au cœur de la série « Désordres » de Florence Foresti

Dans sa nouvelle série, en grande partie autobiographique, l’humoriste aborde de manière très directe ses crises d’angoisse, son anxiété et sa dépression.

Après le dernier album de Stromae, dans lequel le chanteur s’épanche sur sa dépression, c’est au tour de Florence Foresti d’aborder publiquement sa santé mentale. Et plus particulièrement les maux dont elle souffre depuis son enfance : les troubles anxieux. Ils sont au cœur de la série Désordres, en référence aux désordres anxieux, traduction littérale d' »anxiety disorders ».

Comme l’humoriste, en 2022, un Français sur dix présente un syndrome anxieux (parmi lesquels on compte les troubles anxieux), selon les chiffres du ministère de la Santé publiés au mois de juin. Ces troubles peuvent prendre différentes formes : les phobies, le trouble panique et l’anxiété généralisée. Le 10 octobre est la journée mondiale des troubles mentaux.

« C’est comme quand on a très peur de quelque chose de très dangereux », explique à franceinfo Antoine Pelissolo, psychiatre et auteur de Vous êtes votre meilleur psy ! (Flammarion, 2019). Il prend pour exemple certaines situations qui génèrent de la peur, comme les cauchemars, les accidents, les risques d’agressions, « où on perd le contrôle de soi ». « C’est exactement ce qu’il se passe chez les personnes atteintes de troubles anxieux sévères, sauf que ça se déclenche sans raison ou de manière totalement disproportionnée » , poursuit-il.

Distinguer la peur de l’anxiété

Si ces troubles sont courants, ils sont souvent mal compris. Car l’anxiété est une émotion commune à tous les êtres humains. Mais chez certaines personnes, cette émotion peut déclencher des crises, une accélération du rythme cardiaque ou encore une peur panique de sortir de chez soi. « L’anxiété est une réponse fondamentale pour notre survie », souligne Anna Beyeler, chercheuse en neurosciences à l’Inserm. « C’est un comportement sélectionné par notre évolution pour que l’être humain puisse éviter les dangers. »

C’est pourquoi il faut distinguer la peur, de l’anxiété. « La peur est la réponse physiologique (fréquence cardiaque et respiration, qui augmentent tous les niveaux d’alerte) et comportementale à un danger qui est présent. Alors que l’anxiété est l’anticipation d’un danger » comme en présence de traces d’un prédateur, bien que celui-ci ne soit pas présent, poursuit la chercheuse. « La maladie anxieuse, c’est quand cette anxiété devient chronique et forte en l’absence de signes de danger », souligne Anna Beyeler.

Le critère le plus important, c’est le caractère inadapté de l’émotion au contexte.Nicolas Neveux, psychiatre

« Par exemple, si vous êtes anxieux parce que vous êtes retenu en otage en Ukraine par l’armée russe, c’est normal, l’anxiété, même intense, n’est pas pathologique », abonde Nicolas Neveux, psychiatre et auteur de plusieurs articles de vulgarisation sur le sujet sur le site e-psychiatrie. Idem pour les personnes qui angoissent avant un examen, une opération chirurgicale. « En revanche, si vous faites une crise d’angoisse disproportionnée par rapport au facteur déclenchant, dans votre salon, sans raison apparente, cela devient pathologique », ajoute le médecin. Et qu’un accompagnement thérapeutique ou médical se justifie. « J’avais envie de montrer ce que c’est de vivre avec la peur de mourir tout le temps, relate Florence Foresti au quotidien 20 minutes. Dans la série, ses angoisses prennent vie, puisqu’elles sont incarnées par un comédien, crédité « la mort » au générique. « Je me suis dit que ça pouvait être bien de le montrer avec un personnage qui vous colle aux basques, qui intervient à n’importe quel moment de votre vie. »

Des troubles sujets à des préjugés

Les troubles anxieux sont également difficiles à assumer, en raison des préjugés portés par leur entourage. « Le problème, c’est que ces troubles sont banalisés, explique Antoine Pelissolo. Comme on a tous vécu des moments d’anxiété, on a tendance à dire que ce n’est pas grave, ou alors qu’on ne fait pas assez d’efforts, qu’on ne se bouge pas. » 

Or, enjoindre une personne « à se bouger » et arrêter d’avoir peur, « c’est comme demander à une personne atteinte de la maladie de Parkinson d’arrêter de trembler. Vous aurez beau le faire, ça lui sera impossible. Il y a quelque chose qui est déréglé au niveau cérébral, ils ne peuvent pas arrêter », abonde Anna Beyeler.

Plusieurs recherches ont constaté que chez les patients anxieux, deux régions du cerveau sont particulièrement impliquées : l’amygdale et le cortex insulaire. « Mais ce ne sont pas les seules régions qui le sont, car elles sont intégrées dans des circuits complexes, précise-t-elle. On ne sait pas encore comment ça fonctionne, ni pourquoi. C’est l’objet de mon travail : essayer d’identifier pourquoi ces régions sont suractivées. »

Comment les soigner ?

Pour venir à bout de ces troubles, plusieurs solutions existent, médicamenteuses ou psychothérapeutiques. Reconnues scientifiquement, les thérapies cognitives et comportementales (TCC) permettent au patient de confronter ses angoisses, les déconstruire, tout en étant accompagné par un professionnel formé à ces thérapies.

« C’est très difficile à faire », précise Stéphane Rusinek, docteur en psychologie à l’université de Lille Nord-de-France et ancien président de l’Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC). « Il y a beaucoup de choses à gérer, notamment les pensées et des réactions physiologiques parfois très violentes. Si une personne a une phobie des chiens, il ne faut surtout pas prendre sa main, la mettre sur le chien et lui dire : ‘Tiens, tu vois que c’est facile’. Parce que c’est tout sauf facile. »

D’autres thérapies peuvent également soulager certains symptômes. La relaxation, la sophrologie ou encore l’hypnose sont souvent citées. Toutefois, ces dernières peuvent « soulager sur le moment, mais pas forcément traiter dans le fond », nuance Antoine Pelissolo. Les « TCC sont des méthodes complexes qui apprennent à se confronter à des angoisses, mais en étant accompagné avec un thérapeute qui doit être formé, insiste-t-il. La TCC peut intégrer de la méditation, mais cela s’inscrit dans une thérapie plus globale ».

Outre ces thérapies, les professionnels préconisent également de consulter un médecin psychiatre ou généraliste. « Ce sont les seuls habilités à poser un diagnostic, rappelle Nicolas Neveux. L’anxiété est un symptôme recensé dans de nombreuses maladies » et peut ainsi cacher une pathologie. « Quand il est question de santé mentale, les gens pensent qu’il n’y a pas besoin de diagnostic, alors que c’est vital. Quand bien même, on parle d’un trouble panique, il faut faire les choses dans le bon ordre », insiste le spécialiste.

Florence Morel, France Télévisions
 

Santé mentale : quatre choses à retenir du rapport de l’OMS qui alerte sur la souffrance de millions de personnes dans le monde

Dans une nouvelle étude publiée vendredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relève qu’environ 970 millions de personnes dans le monde sont concernées par un trouble psychique.

Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 29 novembre 2021 à Genève (Suisse).  (CHRISTOPHER BLACK / WORLD HEALTH ORGANIZATION / AFP)
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 29 novembre 2021 à Genève (Suisse).

« Il n’y a pas de santé sans santé mentale. » Ce rappel du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, introduit le dernier rapport mondial de l’agence sanitaire de l’ONU, publié vendredi 17 juin. Ce document alerte sur l’ampleur des troubles psychiques dans la population mondiale et appelle à davantage d’investissements en matière de santé mentale. « La souffrance est énorme », a insisté Mark Van Ommeren de l’unité de santé mentale de l’OMS lors de la présentation de ce rapport, vendredi. Franceinfo revient sur quatre points que l’on peut en retenir.

Près d’un être humain sur huit est concernée

L’OMS dresse un large constat : « Les problèmes de santé mentale sont très répandus dans tous les pays du monde. » En 2019, 970 millions de personnes souffraient d’un trouble psychique. Cela représente 13% de la population mondiale, soit près une personne sur huit. Dans les zones ayant connu un conflit au cours des dix dernières années, c’est une personne sur cinq qui est touchée.

Les troubles anxieux et dépressifs « sont les plus répandus », affectant, respectivement, 31% et 28,9% du total des personnes touchées par des problèmes de santé mentale. La bipolarité (4,1% du total) et la schizophrénie (2,5%) sont plus rares. Parmi les concernés par des troubles psychiques, l’OMS compte une petite majorité de femmes (52,4%).

Les hommes et les femmes atteints de troubles psychiques sévères ont une espérance de vie de dix à vingt ans plus courte que celle de la population générale, affirme l’OMS. Qui rappelle en outre que le suicide « représente plus d’un décès sur cent », et qu’il s’agit de « l’une des premières causes de décès chez les jeunes ».

La pandémie de Covid-19 a aggravé la situation

Alors que les troubles psychiques étaient très répandus dans le monde, la pandémie de Covid-19 a exacerbé ces problèmes. Selon l’OMS, la fréquence des troubles anxieux ou dépressifs a augmenté de plus de 25% au cours de la première année de pandémie. Des premiers signes d’une prévalence à la hausse des pensées et comportements suicidaires ont été observés, notamment chez les adolescentes et les soignants.

« Les services de santé mentale ont été gravement perturbés et le déficit de traitement des troubles psychiques s’est aggravé. » L’OMS, dans son rapport sur la santé mentale

Parmi les facteurs d’aggravation qui découlent de la pandémie, l’organisation évoque le stress lié à la crise sanitaire elle-même, aux mesures de restrictions ou encore à la perte d’un emploi et à l’insécurité financière. Les conséquences économiques et sociales de la propagation du Covid-19 ont particulièrement touché les femmes et les jeunes.

Des millions de personnes « souffrent en silence » faute d’accès aux soins

Pour l’OMS, malgré l’ampleur de cette problématique, « la plupart des sociétés et des systèmes sanitaires et sociaux négligent la santé mentale et n’offrent pas les soins et l’accompagnement nécessaires« . « Des millions de personnes dans le monde souffrent en silence », alerte-t-elle.

À titre d’exemple, seules 29% des personnes souffrant de psychose sont soignées pour ce trouble. L’écart est net selon le niveau économique des pays : elles sont 70% dans les pays développés, et seulement 12% dans les pays à faibles revenus. De manière générale, « les populations ayant des taux élevés de privation socio-économique sont celles qui ont le plus faible accès aux soins », rappelle l’OMS.

En matière de troubles dépressifs, l’insuffisance de la prise en charge est généralisée, quel que soit le niveau de développement des pays : dans les Etats développés, seul un tiers des personnes souffrant de graves dépressions reçoivent des soins de santé mentale. « La majorité des personnes (…) ne sont tout simplement pas traitées », appuie l’agence sanitaire.

« En moyenne, moins de 2% des budgets nationaux alloués aux soins de santé vont à la santé mentale. » L’OMS, dans son rapport sur la santé mentale

L’OMS précise que près de 50% de la population mondiale vit dans des pays « où l’on compte à peine un psychiatre pour 200 000 personnes, voire plus ». L’offre de médicaments reste « limitée ». Et à cela s’ajoute le poids de la stigmatisation et des discriminations, qui freine également à l’accès aux soins.

L’OMS appelle à investir dans la prévention

L’agence consacre une large part de son rapport à des propositions de solutions pour combler « l’immense déficit de soins ». « Les engagements doivent se traduire en action, grâce à des financements appropriés », plaident tout d’abord les auteurs du rapport. Les Etats doivent « étoffer leurs effectifs de spécialistes de la santé mentale », et renforcer en parallèle « les compétences en psychiatrie d’autres professionnels et personnes chargés des soins ». L’OMS appelle à « inclure la santé mentale dans des programmes de couverture sanitaire universelle ».

L’OMS insiste en parallèle sur l’importance de la prévention, et liste des priorités : la prévention du suicide, les actions à destination des enfants et des adolescents, les initiatives sur les lieux de travail, ou encore la lutte contre la stigmatisation des troubles mentaux.

Une des voies indiquées par l’organisation est le développement de soins de proximité. « La prise en charge des troubles psychiques sévères en hôpital psychiatrique doit être abandonnée au profit de services de santé mentale communautaires », défend l’OMS.

MCD et OMS

Éco-anxiété : un psychiatre confirme voir arriver « des vagues de personnes qui ont du mal à se projeter dans un avenir qui paraît de plus en plus sombre »

Sécheresse, canicule, incendies… Le dérèglement climatique s’invite dans les angoisses des gens, surtout chez les 20-30 ans qui se posent la question d’avoir des enfants… ou pas.

Les manifestations contre l'immobilisme des gouvernants en dépit des rapports alarmants du Giec se sont multipliés au printemps 2022 (illustrations). (LAURENT PAILLIER / LE PICTORIUM / MAXPPP)

L’été, « on voit des vagues de personnes qui ont du mal à se projeter dans un avenir qui paraît de plus en plus sombre », relate le psychiatre Antoine Pelissolo, chef de service au CHU Henri-Mondor de Créteil et co-auteur du livre Les émotions du dérèglement climatique, dimanche 7 août sur franceinfo, alors que la France est touchée par un sévère épisode de sécheresse.

Les cas d’éco-anxiété (l’anxiété liée au changement climatique) augmentent-ils beaucoup face aux épisodes de sécheresse, de canicule ou face aux incendies ?

Antoine Pelissolo : Tous les ans malheureusement un peu à la même période, en été surtout, on accumule ce type d’événements climatiques de plus en plus, à la fois, sévères et proches de nous, sur notre territoire, et on voit des vagues de personnes qui ont du mal à se projeter dans un avenir qui paraît de plus en plus sombre. Le premier coup, c’est un coup de stress, un choc, mais certains vont aussi rentrer dans une espèce de tunnel d’anxiété, d’angoisse et par moment aussi de dépression quand il y a une perte d’espoir. Le terme d’éco-anxiété est né dans les années 2000 aux États-Unis et on en parle maintenant de plus en plus parce que le nombre de personnes concernées augmente. On voit beaucoup de personnes qui ont cette thématique dans leur panoplie d’angoisses. Pour certains, c’est même le sujet principal, surtout chez les jeunes. Des enquêtes montrent que ce sujet de préoccupation commence à devenir de plus en plus prévalent.

Quel profil ont les personnes qui en souffrent le plus ?

Ça peut toucher tout le monde, on en voit de tous les âges, mais ce sont en majorité des personnes qui ont entre 20 et 30 ans parce qu’elles se sentent impactées, concernées dans leur propre existence. Dans les dizaines d’années à venir, la température qui augmente, les ressources qui baissent peuvent impacter leur existence à elles.

« Alors que les générations précédentes pensaient surtout à leurs enfants ou à leurs petits-enfants, aujourd’hui il y a une prise de conscience que ça peut toucher votre propre vie. » Antoine Pelissolo, psychiatre

Ça pose la question d’avoir des enfants ou pas, du mode de consommation, du choix du travail. Ce sont des questions légitimes mais qui, dans certains cas, dépassent l’interrogation. Ça peut être quelque chose d’inhibant à l’origine d’une grande souffrance pour certains.

Quelle attitude adopter pour gagner en sérénité ?

Ce qu’on conseille, c’est d’abord de se faire aider quand c’est nécessaire. Il y a une possibilité de mieux gérer son stress face à ce sujet-là comme face à d’autres. La question de la parole est importante, le partage, le fait de pouvoir se faire entendre.

« Il y a de la peur mais il y a aussi de la colère envers l’inaction globale, de la culpabilité également. » Antoine Pelissolo

C’est bien de les partager avec d’autres qui peuvent les entendre. Ce n’est pas toujours facile parce qu’on tombe parfois sur des gens qui sont encore dans le déni du réchauffement climatique. De plus, il faut mettre ses actes en accord avec ses préoccupations. C’est toujours par là qu’on en sort. C’est par ce moyen-là qu’on arrive à transformer son angoisse en quelque chose qui peut être plutôt productif où on est utile, on se sent utile.

Les éco-anxieux doivent-ils cesser de s’informer au sujet du réchauffement climatique ?

Comme pour toutes les informations qui sont négatives, on ne peut pas fermer les yeux. Faire l’autruche n’est pas une bonne stratégie. On ne peut pas dire aux gens de ne pas se renseigner. La prise de conscience vient toujours de recherches d’informations, de lectures, de rapports du Giec sur le réchauffement climatique… Mais il faut savoir canaliser, ne pas s’exposer en permanence. Au départ, le choc de la prise de conscience a besoin souvent de tout explorer, d’essayer d’avoir tous les éléments sur les manières d’agir et sur les conséquences. Ce qu’on conseille en général, c’est de mettre un bémol, de se donner des temps de déconnexion de l’information et de prendre le temps de faire maturer les choses, prendre un peu de distance. Mais ça, c’est valable pour toutes les informations qui peuvent être angoissantes.

MCD et Antoine Pelissolo

 

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