Grève des médecins libéraux: quelles sont les causes du mouvement?
À l’initiative du groupe « Médecins pour demain », les médecins libéraux sont de nouveau appelés à la grève jusqu’au 2 janvier. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, tous ne suivent pas ce nouvel appel à la mobilisation.

Le médecin généraliste Arnaud Lerouge a proposé une journée de consultations gratuites à Cambrai.
Les faits :
Le mouvement asyndical « Médecins pour demain », lancé sur les réseaux sociaux, a appelé les médecins libéraux à ne pas travailler jusqu’au 2 janvier. La première vague de contestation, les 1er et 2 décembre, avait entraîné une baisse d’activité de 30 %, selon l’Assurance maladie. Parmi leurs revendications figurent la revalorisation du tarif de la consultation ou l’allégement des charges administratives. Le mouvement, reconductible, est contre la possibilité pour les infirmières en pratique avancée (IPA) de délivrer des prescriptions. Cette grève survient alors que la région est touchée actuellement par la grippe et le Covid.
Cette fois, il ne suivra pas le mouvement. Jan Baran, médecin libéral à Wattrelos, avait pourtant pris la décision de ne recevoir aucun patient lors de la première vague de contestation au début du mois. Un changement qu’il justifie : « Je n’aime pas l’image du mouvement : on a l’impression que tous les médecins veulent la consultation à 50 €, je ne m’y retrouve pas. Je trouve aussi que ce n’est pas le moment idéal entre les fêtes de fin d’année. »
Même justification pour Bertrand Legrand, médecin à Tourcoing et secrétaire général de la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) : « Je ne vois pas l’utilité de faire grève car nous sommes en négociations entre les syndicats et l’Assurance Maladie jusqu’en avril. » Lui aussi avait participé à la contestation début décembre : « On sentait qu’il y avait une frustration à exprimer. Mais le mouvement a dérivé, ça a tourné au vinaigre. »
Les motivations d’un gréviste
Un argument que ne partage pas Didier Dehaut, médecin à Longuenesse, qui participe à la contestation. « Il n’y a jamais un bon moment pour faire grève. La profession est dans un état de fatigue extrême », souffle le praticien. « En France, on est déconnecté du monde réel. Si on réclame la consultation à 50 €, c’est pour rejoindre la moyenne européenne qui est à 46 €. » Un chiffre à nuancer puisque, en France, la consultation n’est pas la seule source de revenu du médecin libéral.
Parmi les motivations de Didier Dehaut, « la problématique des IPA », les Infirmières en Pratique Avancée qui pourraient bientôt être autorisées à prescrire et dont il pointe le manque de formation. À l’inverse, Jan Baran estime que « toutes les revendications sont légitimes sauf celles où on se tire dessus entre professionnels de la santé. » Point de convergence, tous s’accordent à dire que les pratiques du médecin libéral ont évolué, faute d’investissements. La lourdeur administrative est un des points soulevé par « Médecins de demain ».
« Aujourd’hui, on ne fait pas les tâches de notre métier. 50 % des médecins n’ont pas de femme de ménage ou de secrétaire. Il faut replacer le médecin au centre du parcours de soins », estime Bertrand Legrand.
C’est dans cette démarche que s’est inscrit hier Arnaud Lerouge, médecin généraliste à Cambrai. Solidaire du mouvement, il a consulté ses patients gratuitement, avec l’aide exceptionnelle d’une infirmière qui réalisait les examens préliminaires. Objectif ? Montrer la différence de traitement que permettrait l’embauche d’une infirmière, s’il en avait les moyens.
Les conseils de l’Agence Régionale de Santé
L’Agence Régionale de Santé (ARS) suit « avec attention le mouvement de grève des médecins libéraux ». Dans ce contexte épidémique, il est conseillé aux Nordistes de « ne pas se rendre spontanément aux urgences ». Pour cela, l’ARS invite chacun à contacter d’abord son médecin afin de savoir s’il reçoit des patients. Si ce n’est pas le cas, il est possible de trouver en ligne un médecin disponible (sur des plateformes du type Doctolib). Si aucun n’est disponible et que la consultation ne peut être reportée, alors « il convient d’appeler le 15 qui orientera le patient. »
Matthieu Heyman à suivre sur La voix du Nord
