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« Zéro Covid » en Chine : comment la police efface la révolution du « papier blanc »

Logiciels de reconnaissance faciale, application de traçage et fouille des téléphones portables : la police chinoise a déployé ses outils de surveillance sophistiqués pour traquer les protestataires.

Des policiers entourent un manifestant dans la rue Wulumuqi, nom en mandarin de la ville d'Urumqi, lors d'une manifestation contre la politique anti-Covid du gouvernement chinois, le 27 novembre 2022 à Shanghai.

Des policiers entourent un manifestant dans la rue Wulumuqi, nom en mandarin de la ville d’Urumqi, lors d’une manifestation contre la politique anti-Covid du gouvernement chinois, le 27 novembre 2022 à Shanghai.

« Toutes mes conversations sur les manifestations ont été effacées sur mon compte WeChat [le principal réseau social chinois], constate, stupéfaite, une Pékinoise ayant participé, dimanche 27 novembre, à un rassemblement dans la capitale contre la politique « zéro Covid » du gouvernement. Je savais que nos conversations et nos posts étaient surveillés et que des publications pouvaient être censurées, mais je n’imaginais pas qu’il était possible de supprimer nos messages privés à distance ! »

Quelques jours après un mouvement de contestation inédit qui s’est répandu dans plusieurs grandes villes de Chine, l’appareil sécuritaire chinois a repris le contrôle. Les autorités ont fait place nette à la fois dans les rues – où les patrouilles de police sont omniprésentes – et sur les réseaux sociaux. Dans le métro, des agents vont jusqu’à contrôler les téléphones portables pour faire disparaître les photos et les vidéos des manifestations et vérifier que des applications interdites en Chine, comme Telegram ou Instagram, n’ont pas été installées. Ils font aussi la chasse aux VPN, des logiciels qui servent à contourner la censure sur Internet.

« Contrôle social numérique »

Pour l’heure, seules quelques arrestations ont été visibles, sur les lieux même des protestations. Mais il est fort probable que le régime communiste agira discrètement pour retrouver, interpeller et punir les meneurs, comme il l’a fait après le mouvement massif de contestation à Hongkong, en 2019.

La Chine peut pour cela compter sur son arsenal d’outils de surveillance technologique. « J’ai été contacté par une quinzaine de personnes qui ont été convoquées par la police locale, confie Wang Shengsheng, une avocate de Shenzhen qui offre des conseils juridiques gratuits aux manifestants. Elles disent avoir reçu des appels de policiers affirmant savoir où elles se trouvaient pendant les manifestations et leur demandant de se présenter pour un interrogatoire. » Et d’ajouter : « Je soupçonne la police d’utiliser les données des téléphones portables et des comptes des réseaux sociaux pour traquer les manifestants. Dans certaines villes, il semble qu’elle se soit appuyée sur les images de surveillance et sur la reconnaissance faciale. » Il faut dire que la Chine est massivement quadrillée : selon un rapport du cabinet de conseil IHS Markit, elle comptait l’an dernier 540 millions de caméras de vidéosurveillance, soit 54 % du total mondial.

« Les Chinois savent depuis longtemps qu’ils sont suivis par le système de surveillance électronique le plus sophistiqué du monde. La crise du coronavirus a fait sortir de l’ombre une partie de cette technologie, fournissant aux autorités une justification pour des méthodes radicales de contrôle social numérique », explique Josh Chin, auteur du livre Surveillance State, qui s’attend à ce que des éléments du système de contrôle du Covid-19 – comme les QR codes de traçage liés à des applications de santé – soient à l’avenir intégrés définitivement dans le dispositif policier. Certaines entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle et les caméras de sécurité affirment même être capables de reconnaître des visages masqués et d’alerter les autorités.

« Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping il y a dix ans, l’utilisation de la technologie par le gouvernement pour améliorer sa gouvernance et ses capacités de surveillance est de plus en plus répandue, constate Claire Seungeun Lee, professeur de droit à l’université du Massachusetts (Etats-Unis). Par ailleurs, toutes les nouvelles applications technologiques comme la commande d’un VTC de type Uber (Didi en Chine), l’achat en ligne d’un billet de train ou de produits sur Internet offrent à l’Etat chinois des outils de suivi très puissants. » L’épidémie de Covid a encore accéléré le phénomène. « Le pouvoir profite de cette crise. C’est un très bon prétexte pour contrôler toute la population – l’obsession du régime. Et pour tout savoir de nous : collecter nos données personnelles, savoir exactement les lieux que nous fréquentons… », soupire une Pékinoise, exaspérée par le recul des libertés. « La Chine utilise la numérisation pour parvenir à une dictature parfaite », résume le sinologue Jean-Pierre Cabestan depuis Hongkong. Les manifestants qui ont osé défier le président Xi Jinping ces dernières semaines pourraient bientôt en faire les frais.

Sébastien Le Belzic

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