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Cancel culture… Comment répondre à votre enfant woke?

Dans son « Petit manuel à destination des parents d’un enfant woke », l’universitaire Xavier-Laurent Salvador dresse un ensemble de conseils à destination des adultes qui seraient perdus face aux idéologies contemporaines…

Une dispute entre une mère et sa fille.

A cette jeunesse qui sacrifie l’orthographe et la grammaire sur l’autel de « l’inclusion », Xavier-Laurent Salvador préconise de répondre par un bref rappel historique de ce que fut le puritanisme.

Banal récit d’une journée passée sur les bancs de l’université. Au menu : « zoopoétique » et « éco-littérature » critique de la littérature « occidentale, blanche, hétérosexuelle et patriarcale »… Face à l’intérêt que montre votre enfant, vous vous retenez d’esquisser un sourire sous peine de vous voir qualifier de « vieux réac » (de toute façon, vous n’avez pas voix au chapitre puisque vous avez « cramé sa planète »). Vous aviez supporté les « iel » à l’endroit du boulanger (qui est peut-être une boulangère malgré le fait qu’il se fasse appeler « Monsieur ») et les « point e point s » à chaque SMS. Mais lorsqu’il vous soutient, à la suite d’une lecture dont la référence vous échappe, qu’il existerait un « patriarcat du steak » (théorie fortement remise en cause selon laquelle la différence de taille entre hommes et femmes serait due à une privation de viande infligée à celles-ci dès le paléolithique), c’est le coup de grâce. Comment votre enfant en est-il arrivé-là (et vous avec) et comment réagir ?

Telles sont les questions auxquelles promet de répondre le Petit manuel à destination des parents d’un enfant woke (Cerf) de Xavier-Laurent Salvador, maître de conférences en ancien français et cofondateur de l’Observatoire du décolonialisme. Non sans humour, l’auteur s’attaque à chacun des thèmes chers au « mouvement wokiste ». La liste est longue : langue, orthographe, grammaire, géographie, histoire, sciences exactes, biologie, littérature, racisme, antiracisme et racialisme, féminisme, islamophobie, patriarcat, majorité et minorité… La garantie de repas de famille des plus animés.

Répondre aux « point e point s »

A cette jeunesse devenue défenseuse de la cause des points, sacrifiant l’orthographe et la grammaire sur l’autel de « l’inclusion », Xavier-Laurent Salvador préconise de répondre par un bref rappel historique de ce que fut le puritanisme… La République promettait de mettre un terme aux cléricalismes qui prônaient un rigorisme moralisateur, le « mouvement woke » a signé son grand retour. « Tout le monde est sommé de déclarer sa pratique, son genre de cœur, son identité de genre et se retrouve prié d’y rester sans jamais bouger, constate-t-il. Alors, finalement, qui invisibilise la réalité ? Celui qui pratique le neutre tout en sachant pertinemment ce qu’il entend ou celui qui prétend, contre toute étude scientifique, que la biologie des chromosomes n’a rien à voir avec l’identité réelle ? »

Et si d’aventure, votre enfant continuait sur sa lancée, Xavier-Laurent Salvador propose un « exercice », posé sous forme de problème : « Admettons qu’en contrôlant l’orthographe, on change les gens à leur insu. Si on interdit aux gens de dire ‘racisme’, élimine-t-on le racisme ? Si on abstrait le mot ‘haine’ du dictionnaire, supprime- t-on les haineux ? »

Déboulonnage de statues

Autre thème propice à des conflits générationnels : la réécriture de l’histoire. Votre enfant vient de découvrir qu’une statue de Napoléon a finalement fait son grand retour sur la place de l’Hôtel de Ville de Rouen, malgré les vives polémiques suscitées par sa présence. Abasourdi par cette « micro-agression », il reprend même les mots d’Elisabeth Moreno, ancienne ministre chargée de l’Egalité femmes-hommes qui avait qualifié l’empereur de « l’un des plus grands misogynes » de l’histoire. Pour corriger ces erreurs historiques, votre progéniture suggère donc de « supprimer » ledit monument. Face à cet élan suppressif, acte de « cancel culture » à vocation décolonisatrice, l’auteur préconise de répondre par la question suivante : « Déplacer le passé dans le présent et le présent dans le passé afin de les instrumentaliser et de les plier à une cause inavouable, n’est-ce pas précisément la définition du révisionnisme ? ». Vous voici paré pour réagir lors du prochain déboulonnement.

Les plus optimistes identifieront peut-être dans ces velléités contestataires les stigmates d’un romantisme de jeunesse, tout au plus les prémices maladroites d’un éveil politique… A une nuance (cruciale) près. « On n’a jamais vu ce romantisme validé, structuré et financé par le monde des adultes », assure Xavier-Laurent Salvador.

Savoirs et techniques

L’auteur se montre très critique à l’égard des « institutions européennes prêtes à financer la pénétration de l’idéologie woke dans nos universités, en subventionnant des postes de recherche susceptibles de diffuser certaines studies« . Sans compter le manque de contrôle de la qualité de certains articles universitaires.

Des « petites démissions » qui seraient à l’origine du fleurissement de ces nouveaux intitulés de cours dont votre enfant vous rebat les oreilles. Ainsi de « l’écologie humaine », considérée comme l’unique moyen « de changer le monde par la bienveillance » ou encore la « géographie du corps ». Sur ce thème, l’auteur prescrit de poser la question suivante : « si le corps est un territoire à explorer, peut-on considérer que la médecine est un urbanisme ? »

En réalité, l’émergence de ces nouvelles classes est révélatrice de la confusion croissante entre « savoirs » (telles les mathématiques, censées être enseignées à l’université) et « techniques », que l’on pensait résolue dans la plupart des sociétés modernes. Le Canada a pourtant réintroduit les « savoirs autochtones » dans ses parcours universitaires, dans le but d’ »enrichir les institutions locales de la science ancestrale acquise par les populations colonisées ». Problématique, selon l’auteur, « car aucun conseil international des savoirs autochtones ne pourra jamais valider la scientificité, la méthodologie ou la qualité des travaux produits ».

Xavier-Laurent Salvador ne nie pas l’intérêt de certaines « techniques ». Il appelle cependant à les distinguer des « savoirs » susceptibles de faire l’objet d’un enseignement universitaire. Pour se faire entendre, le professeur n’hésite pas à prendre l’étonnant exemple de la magie (encore un argument à opposer à votre enfant si le débat venait à s’enliser). Cette dernière n’est pas enseignée à l’université, bien que la médecine au sens moderne du terme soit née dans sa continuité, se fondant sur les traités des alchimistes et des herboristes. Mais si cette technique n’était plus enseignée, c’est justement parce que l’université avait « su extraire la quintessence pour la transformer en objet de savoir », explique le professeur également auteur de Magie et merveille au Moyen Age et leur portée symbolique. De la même façon que l’astronomie s’est développée contre l’astrologie, la zoologie contre la tératologie, et bien sûr les mathématiques contre la numérologie…

Pour réaffirmer la place du « savoir » à l’université, Xavier-Laurent Salvador ne s’en remet pas seulement aux parents, mais appelle aussi à ce que l’université retrouve son rôle de diffusion d’un savoir universel. Sans quoi ce qui se limite aujourd’hui à un « militantisme de clavier » pourrait bien devenir un enjeu majeur pour nos démocraties.

Alix L’Hospital

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