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Ecologie-économie, des relations ambiguës ?

Saluons l’initiative du Crédit Agricole Sud-Rhône-Alpes pour sa table ronde du 4 avril 2023 à Grenoble[1]. Car il faut bien le reconnaitre, écologie et économie ne font pas toujours ( !) bon ménage. Avec une « palette » d’intervenants de qualité, le public majoritairement professionnel aura été invité à se projeter positivement dans le futur… sans oublier que le quotidien éprouvant du dirigeant ne facilite pas la prospective. Je n’ai pas la vanité d’en faire un résumé. Je fais donc le choix, ici, en tant que partisan d’une forme de sobriété heureuse à inventer, et d’une nouvelle économie qui va de pair, d’évoquer quelques apports ou inspirations qui m’ont semblé novateurs. En ce sens je privilégie les propos du scientifique Olivier Hamant[2] sans pour autant mésestimer l’intérêt de toutes les autres interventions.

Sobriété subie ou sobriété choisie ?

Olivier Hamant nous « garantit » un « basculement » aux alentours de 2030 : franchissement des limites planétaires en cours, raréfaction des ressources, arrêt de la croissance et entrée dans une ère d’instabilité[3] croissante de plus en plus difficile à maîtriser. Un monde à « +3° » est tout simplement « impensable » car il n’y aurait plus de transport, plus de banque, plus d’eau… Bref nous sommes contraints de façon urgente à une certaine sobriété après cette course épuisante à la performance depuis la dernière Guerre mondiale.

De la performance à la robustesse !

L’extrême performance qui caractérise l’économie hyper-technologisée et mondialisée a été tenable en phase de croissance. Mais de moins en moins tenable. Nous arrivons au bout, ne serait-ce qu’à cause des ressources limitées et des conséquences environnementales de notre modèle économique actuel. Notre logique économique va donc être de plus en plus fragilisée du fait de l’instabilité croissante que nous découvrons depuis quelques années. Comment, dès lors, rendre la mécanique « robuste » ? A cette question, le scientifique délivre un message rassurant, voire motivant, mais dérageant. En s’inspirant de la nature, de la biodiversité, capable de se restaurer en quelques années. Or nous sommes la nature, ce que nous avions oublié. La coopération, la redondance, l’hétérogénéité, l’incohérence, l’inachevé, la « non performance » chez les êtres vivants, c’est ce qui leur permet de vivre ou survivre et de régénérer leur milieu naturel. C’est donc cette robustesse un peu « rustique » qui plaide au détriment d’une course poursuite, d’une croissance, qui a dorénavant atteint ses limites… et nous contraint par conséquent à nous interroger sur nos besoins.

Quels sont nos vrais besoins ? Qu’est-ce qui est superflu ?

Arnaud Bergero[4], directeur général de Goodwill management pose la question sans hésitation. C’est pour lui l’occasion de parler de « techno-diversité », de discernement technologique, pour que high tech et low tech se conjuguent. D’un côté, nous avons besoin de high tech quand nous arrivons à l’hôpital par exemple. D’un autre côté une voiture légère, low tech et robuste, partagée de surcroît, fait souvent aussi bien l’affaire qu’une grosse berline, puissante, suréquipée, et plus fragile, en particulier pour les trajets du quotidien. Bref, en d’autres termes, c’est bien notre mode de vie à l’occidentale qui est à interroger[5]. Nous n’avons pas le choix. Car « le XXIème siècle sera turbulent ».

Un vrai défi qui n’est pas sans risque. Défi de « changer de paradigme », risque de succomber à « l’effet rebond » (j’économise donc je peux faire de nouvelles dépenses).  D’autant plus défi que la « décroissance ne mobilise pas » !

Faire autrement ?

Cette révolution culturelle et sociale nous invite à faire (et être ?) autrement. Ainsi, par exemple,  passer de l’agriculture intensive à l’agroécologie (« c’est la seule » !), avec moins d’engrais et de pesticides, avec plus de variété ; passer à des smartphones réparables, certes moins performants, mais est-ce grave ?… et bien d’autres changements qui vont conduire la plupart des entreprises à scruter[6] de nouveaux marchés et à créer de nouveaux emplois.

Que faire maintenant ?

Et bien, dès maintenant, « faire le bon diagnostic » avec les bons outils, avec « écloflux[7] » de la BPI par exemple, pour « repenser son business model », ou la « méthode ACT »[8] de l’ADEME « pour les TPE et PME », ne plus ignorer les nombreuses aides pour les TPE et PME, penser, anticiper, « identifier ses fragilités et dépendances » et faire des « tests de robustesse » en actionnant les variables stratégiques…

Conclusion ou tremplin ?

Pierre Fort, Directeur Général du Crédit Agricole Sud-Rhône-Alpes, a conclu avec un certain courage, celui d’exprimer la vision que le « business as usual », qui oppose écologie et économie, c’est déjà du passé. Il a invité les 600 participant(e)s à chercher chacun(e) sa propre solution et en même temps de coopérer, de jouer à la fois individuel et collectif, en se rapprochant par exemple de « la convention des entreprises pour le climat »[9], en renonçant à certaines pratiques ( !), en relocalisant et coopérant (amont et aval)… avec l’aide du Crédit Agricole qui s’y engage…

De ces intentions aux nouvelles pratiques, il reste beaucoup de chemin à parcourir. Que ce soit pour s’éloigner du financement du fossile, pour rendre concrètes au quotidien de nouvelles façons de vivre et de vivre ensemble ou pour passer à une économie beaucoup plus immatérielle.

Mais il faut bien un commencement, un premier pas, une vision nouvelle et partagée avec sincérité…

C’est bien là l’un des mérites de cette agréable soirée.

Jean-Louis Virat

Président du Laboratoire de la Transition

26150 Die

[1] A retrouver sur : https://youtu.be/i6NrUPSyE2s

[2] https://ecoleanthropocene.universite-lyon.fr/olivier-hamant–134975.kjsp

http://www.ens-lyon.fr/recherche/panorama-de-la-recherche/prix-et-distinctions/olivier-hamant-biologiste-rdp

[3] En italique : termes » clés » utilisés par les intervenants

[4] https://goodwill-management.com/qui-sommes-nous/arnaud-bergero/

[5] On retrouve cette interrogation dans les scénarios de l’ADEME : https://www.ademe.fr/les-futurs-en-transition/les-scenarios/ ou celui de Negawatt : https://negawatt.org/Scenario-negaWatt-2022

[6] C’est bien un « basculement » mental, économique, social vers une « autre économie » qui offrira d’autres perspectives et exigera un autre management…

[7] https://www.bpifrance.fr/catalogue-offres/transition-ecologique-et-energetique/diag-eco-flux

[8] https://formations.ademe.fr/formations_adaptation-au-changement-climatique_act-pas-a-pas-:-accompagner-les-entreprises-dans-le-developpement-et-la-mise-en-%EF%BF%BDeuvre-de-leurs-strategies-de-decarbonation—parcours-consultants_s5010.html

[9] https://cec-impact.org/

 

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