Guerre en Ukraine : en Russie, le pouvoir modifie les manuels d’histoire pour expliquer « pourquoi cette opération était inévitable »

Nul ne sait encore quelle sera l’issue de l’opération militaire spéciale, mais les manuels d’histoire des élèves russes des classes équivalentes à la première et à la terminale, à la rentrée de septembre 2023, comporteront un chapitre consacré à la guerre en Ukraine. Naturellement, le pouvoir russe entend y faire prévaloir sa vision des événements.
« Cela n’aura rien à voir avec la chronique des opérations militaires. Il s’agit simplement d’expliquer ce qui s’est passé, pourquoi cela s’est passé, pourquoi cette opération était inévitable, explique Vladimir Medinski, un historien controversé, ancien ministre de la Culture, chargé de la supervision de ce projet d’ajout dans les manuels scolaires. Le régime de Kiev a agressé unilatéralement des parties de son territoire qui avaient fait valoir leur droit à l’indépendance en vertu du droit international. Telle est la préhistoire de la guerre de huit ans menée par Kiev contre le Donbass. »
Dans les plus petites classes, la guerre en Ukraine ne sera pas abordée. Mais le pouvoir a décidé de réécrire certains passages comme l’invasion de la Finlande par l’URSS en 1939, présentée comme « inévitable » en raison de la menace finlandaise, ou d’effacer des manuels certaines références, comme celles qui situent la naissance de la Russie du côté de Kiev, au IXe siècle. Dans les nouveaux manuels on ne parle plus de Kiev, il est écrit tout simplement « la capitale ».
Russie : avec le programme d’éducation patriotique, l’école doit se mettre au diapason du pouvoir

Depuis le début de l’année scolaire, les images d’élèves russes en formation militaire ou démontant des fusils d’assaut dans les classes apparaissent régulièrement à la télévision ou sur les réseaux sociaux. L’école doit se mettre au diapason d’un pays en guerre avec l’Ukraine a annoncé, dès la rentrée, le ministre de l’Éducation nationale, Sergeï Kravtsov. « On peut dire que nos écoles, collèges et universités sont maintenant sur la ligne de front. Les enseignants doivent lutter contre les fake et les intox provoquantes, lutter contre l’agression idéologique contre notre pays et nos enfants, et les protéger des mensonges et de la désinformation », a déclaré le ministre. Ainsi, le discours du pouvoir, sa réécriture de l’histoire et l’opération militaire spéciale ont fait leur entrée très officiellement à l’école cette année en Russie.
Ces orientations ont pris la forme d’un nouveau cours tous les lundis matins dans toutes les écoles russes, « Разговоры о важном ». Littéralement, parler des choses importantes : de la patrie, de ses héros, artistes, scientifiques, cosmonautes, mais aussi militaires explique Alexandra, une professeure qui avoue ne pas toujours suivre le programme. « Il faut souligner que le soldat russe est un guerrier libérateur qui depuis des siècles sauve l’humanité des mains des dictateurs et des agresseurs qui aspirent à la domination du monde » : voici une citation tirée des programmes des classes de 5e et 7e années, indique la professeure. Je n’ai pas vraiment lu tout ça, j’ai juste un peu la nausée quand je le lis, je n’aime pas ça. »
Le retour d’une formation militaire disparue après l’Union soviétique
Si certains professeurs et élèves s’accommodent bien de ces nouveaux enseignements, pour d’autres l’école est devenue un calvaire, comme pour le fils de Nelia, qui a 15 ans et ne supporte plus la propagande dans les programmes. « Il rentre souvent indigné parce qu’ils disent que l’Ukraine est un pays qui ne devrait pas exister, témoigne cette mère de famille. Je lui dis « tu peux dire ce que tu veux mais s’il te plait ne dis rien là-bas ! »
« Tout le monde connaît l’histoire de cette fille qui a fait un dessin anti-guerre à l’école et son père a pris deux ans de prison. »
Nelia, mère de famille à franceinfo
Après quelques mois de nouveaux programmes, certaines familles se demandent si elles doivent laisser leurs enfants à l’école. À ces cours de patriotisme est venue s’ajouter une formation militaire dispensée en collège ou au lycée, qui avait disparu à la chute de l’Union soviétique.
MCD et France Info