Manifestations du 1er-Mai: Sophie Binet appelle à se mobiliser pour un moment « festif »

Montreuil, le 27 avril 2023. Siège de la CGT, portrait de Sophie Binet.
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT
« Mobilisation historique », grèves… À quoi faut-il s’attendre pour le 1er-Mai
Vers une journée historique? A la veille du 1er-Mai, et à la faveur d’un vent de colère qui n’est pas retombé à la suite du passage en force de la si contestée réforme des retraites, le renseignement s’attend à une mobilisation en très nette augmentation par rapport aux années précédentes. En parallèle, des grèves et autres actions devraient être menées par les syndicats.
Les syndicats soudés
Les syndicats, justement, appellent ce lundi à une grande fête populaire et vont, comme lors des douze premières journées de mobilisation contre la réforme, défiler sous pavillon commun. « Il y aura toutes les organisations syndicales derrière la même banderole, ça fait très longtemps que nous n’avons pas connu cette unité syndicale », précise Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT.
« On s’attend à une mobilisation massive avec un état d’esprit festif, déterminé, massif, populaire », précise de son côté Arnaud Marcinkiewicz, secrétaire de la CGT Cheminots Montparnasse.
Alors que près de 300 cortèges sont attendus à travers le pays, certains syndicalistes assurent que le 1er-Mai n’est en aucun cas synonyme de chant du cygne pour la mobilisation contre la réforme des retraites, mais bel et bien un nouveau départ dans la contestation.
« Ce n’est pas un baroud d’honneur. Ce n’est pas le 1er mai puis après on retourne aux tables des négociations comme le souhaitent Emmanuel Macron et Élisabeth Borne. On ne veut pas tourner la page, on ne peut pas tourner la page », martèle, Fabrice Lerestif, secrétaire départemental Force ouvrière Ille-et-Vilaine.
Plusieurs actons ont d’ores-et-déjà été programmées pour ce lundi, dont une par l’intersyndicale de la SNCF qui appelle à une forte mobilisation dans les transports. En parallèle, la CGT mines énergie a annoncé une série de coupures durant le mois, tandis qu’un tiers des vols sont menacés au départ des aéroports français.
Regain de mobilisation
En ce qui concerne la participation, elle s’annonce là aussi forte puisque les autorités attendent entre 500.000 et 650.000 personnes dans les rues françaises, bien plus que pour un défilé classique du 1er-Mai où entre 100.000 et 160.000 personnes sont dénombrées.
« Il y aura beaucoup plus de monde dans la rue le 1er-Mai 2023 qu’il n’y en a eu les 1er-Mai des années précédentes, c’est évident. La dernière fois où il y a eu un mouvement social unitaire, c’était en 2010, lorsque Nicolas Sarkozy avait décidé de faire passer l’âge légal de départ de 60 à 62 ans », confirme Stéphane Sirot, historien, spécialiste des mouvements sociaux.
Selon une note du renseignement que nous avons pu consulter plus tôt cette semaine, qui avance une « mobilisation historique » ce lundi, 80.000 à 100.000 personnes sont ainsi attendues rien que pour le cortège parisien.
Sur les 80.000 à 100.000 personnes attendues, le renseignement estime que l’intersyndicale et ses « compagnons de route » rassembleront à eux seuls de 30.000 à 50.000 manifestants.
Les autorités craignent la présence de « 1000 à 2000 éléments à risque » parmi lesquels « 200 à 400 militants d’ultra-gauche dont des étrangers, et 100 à 200 gilets jaunes radicalisés ».
Le renseignement met en garde contre « certains manifestants particulièrement déterminés » qui pourraient amener des engins pyrotechniques et incendiaires « dissimulés dans des sacs à dos, ou portés par de jeunes manifestantes afin d’éviter les palpations de sécurité, dans le but d’aller au contact des forces de l’ordre ».
le 1er mai, fête du travail
Le 1er mai est traditionnellement l’occasion de rassemblements et de défilés populaires. Mais que célèbre-t-on exactement et depuis quand ? Petit retour historique sur les origines de cette journée et sur ses symboles en cinq questions.
Historiquement journée de revendication salariale et syndicale, le 1er mai fait référence à la date anniversaire, en 1886, de l’appel de syndicats ouvriers américains pour revendiquer la journée de huit heures. Appelé outre-Atlantique « moving day« , ce premier jour de mai correspond à la nouvelle année comptable pour les entreprises américaines et à la clôture des contrats de travail des ouvriers qui, pour certains, doivent déménager pour trouver un emploi ailleurs.
Ainsi, dès le 1er mai 1886, plus de 300 000 travailleurs manifestent pacifiquement à travers tout le pays répondant à l’appel des syndicats. Mais, après une autre manifestation le 3 mai qui se termine par la mort de grévistes de la société McCormick Harvester située à Chicago, une marche de protestation est organisée dans cette même ville le 4 mai. Lors de cette manifestation, l’explosion d’une bombe est suivie d’affrontements faisant de nombreuses victimes parmi les forces de police. Plusieurs syndicalistes militants anarchistes sont arrêtés. Lors du procès, cinq syndicalistes sont condamnés à mort.
C’est à l’occasion du centenaire de la Révolution française, en 1889, lors de la IIe Internationale socialiste à Paris et sous l’impulsion de Jules Guesde, qu’il est décidé de faire du 1er mai une journée de manifestations. Elle est célébrée pour la première fois le 1er mai 1890. Toutefois, en 1891, la manifestation du 1er mai tourne au drame avec la fusillade de Fourmies dans le Nord qui se termine par la mort d’une dizaine de manifestants. Plus tard, en avril 1919, après le vote par le Parlement de la journée de huit heures, cette journée devient une journée chômée. Puis, en 1941, sous le régime de Vichy, est instauré un 1er mai férié en tant que « Fête du Travail et de la Concorde sociale » (en référence à la devise du régime de Vichy « Travail, Famille, Patrie« ). Cette journée disparaît à la Libération. Elle est réintroduite en 1946 puis avec la loi 47-778 du 30 avril 1947 avant d’être instituée définitivement comme jour férié, chômé et payé en 1948 (loi 48-746 du 29 avril 1948).

Selon l’article L3133-1 du code du travail, il y a dix autres jours fériés reconnus en France :
- le 1er janvier ;
- le lundi de Pâques ;
- le 8 mai ;
- l’Ascension ;
- le lundi de Pentecôte ;
- le 14 juillet ;
- l’Assomption ;
- la Toussaint ;
- le 11 novembre ;
- le jour de Noël.
De même, certaines commémorations locales ou professionnelles sont également des jours fériés comme par exemple le jour de la Saint-Éloi (reconnu jour férié par certaines conventions collectives dans la métallurgie).
À la fin du XIXe siècle, il était de coutume d’arborer une églantine, fleur traditionnelle du Nord, lors du défilé du 1er mai en souvenir notamment de la fusillade de Fourmies de 1891. Plus tard, un ruban rouge en référence au mouvement anarchiste l’a remplacée. Par la suite, c’est le muguet, traditionnellement offert pour célébrer le printemps le 1er mai, qui a été associé à cette journée.
Cette journée est célébrée dans de nombreux pays à travers le monde. Sur le continent nord-américain, le « labour day » est férié mais il a lieu le premier lundi de septembre. Certains syndicats et organisations de gauche américains et canadiens continuent malgré tout de commémorer le 1er mai.
MCD