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Le festival des indignations : promotion d’une virilité toxique décomplexée…

 

Des machos à vous faire vomir.

L’indignation, c’est comme une sélection dans un festival, forcément subjectif. On comprend que la montée des marches de Johnny Depp, en majesté et en ouverture, ait pu faire grincer des dents. Le contraire inquiéterait. Si le débat est sain, il est malsain de le caricaturer. La programmation de Jeanne du Barry ne sépare pas les sensibles aux violences sexistes des collabos envers « les agresseurs ». Mais ceux qui considèrent qu’il faut pénaliser une œuvre à la moindre accusation, si l’un de ses acteurs s’est mal comporté dans sa vie, de ceux qui souhaitent juger une œuvre pour son âme propre, sans céder à la culture de l’annulation.

Au Festival de Berlin, en février, un film animé tout à fait inoffensif et même féministe, Just Super, a été déprogrammé la veille de son avant-première, parce que trois membres d’une organisation l’accusaient d’« animalisation raciste » (l’héroïne se déguise en lion pour jouer au super-héros). Absurde. Le Festival de Cannes doit-il prendre ce chemin ? C’est l’enjeu de cette controverse. Ne plus séparer l’homme de l’artiste, sans pour autant confondre l’œuvre et l’homme.

Le cas Johnny Depp est d’autant plus délicat que ses actes n’ont pas été établis. Depp a gagné son procès en diffamation contre Amber Heard, qui l’accusait de violences, et il en a perdu un autre contre un tabloïd. Sur le fond, chacun portera un jugement très différent selon ses sources d’information. Ceux qui ont regardé La Fabrique du mensonge, un documentaire diffusé sur France 5 montrant comment les réseaux masculinistes ont volé au secours de Depp, sont persuadés de sa culpabilité. Ceux qui ont suivi l’intégralité du procès ont plus de doutes, tant ces audiences ont révélé un couple toxique, baigné d’alcool, où la violence pouvait surgir.

Faut-il, pour autant, interdire à Johnny Depp de travailler ? Les studios américains le pensent, moins par féminisme que pour éviter le moindre risque commercial. En France, une réalisatrice lui a donné cette seconde chance. C’est son choix, et son risque. La réception de son Jeanne du Barry s’en trouve forcément affectée. Les uns trouvent l’interprétation de cette transfuge de classe, prête à tout pour devenir la favorite d’un roi abusif, osée et féministe, d’autres la jugent narcissique et antiféministe. C’est ce débat, sur l’œuvre, qu’il faut mener.

Bizarrement, alors qu’on dresse le procès en misogynie du cinéma français, d’autres films, indéniablement machistes, échappent à la critique. C’est le cas des productions de Kourtrajmé malgré la promotion d’une virilité toxique décomplexée sous un prétexte exotique, la banlieue, depuis des années… La conscience féministe du cinéma français se réveille, mais à géométrie variable. Le chemin est encore long pour viser vraiment le sexisme et non pour prendre la lumière.

le franc-parler de Caroline Fourest
Caroline Fourest
Caroline Fourest

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