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Oh Pétain !

8 mai 1945, « Les peuples délivrés de l’Extrême Droite clament leur joie » :  77 ans après les fachos sont toujours en embuscade !

Qui d’Emmanuel Macron ou d’Élisabeth Borne a raison à propos du Rassemblement national ? Pour la Première ministre, fille de déporté, il ne faut surtout pas « banaliser ses idées », « toujours les mêmes ». Le RN possède une histoire, un ADN politique, qu’il faut rappeler pour rester éveillé, et ne pas succomber à sa banalisation. Pour le président, « le combat contre l’extrême droite ne passe plus par des arguments moraux ». Il ne faut plus diaboliser le RN mais le « décrédibiliser », « par le fond et les incohérences » : « Vous n’arriverez pas à faire croire à des millions de Français qui ont voté pour l’extrême droite que ce sont des fascistes. »

C’est vrai. Et en « même temps », c’est bien parce que le RN n’est pas un parti comme un autre que des millions de Français ont tenu à lui faire barrage, d’élections en élections, notamment en glissant un bulletin « Macron » au second tour. Le président a du mal à l’admettre. Son premier réflexe est souvent de parier sur l’économie. Pourtant, on ne cède pas aux sirènes du totalitarisme, ni à celles de l’islamisme, ni à celles de l’extrême droite, parce qu’on est pauvre mais parce qu’on est frustré. C’est avant tout une quête de sens et une question d’orgueil, parfois mêlée d’irrationnel.

Lutter contre la part rationnelle de cette tentation suppose de raviver le clivage droite/gauche, la foi en l’alternative, la confiance dans les corps intermédiaires, les institutions et la puissance de l’État (on sait sa difficulté à faire exécuter les obligations de quitter le territoire français, OQTF)… À défaut de pouvoir tout résoudre, la classe politique peut s’emparer des sujets qui fâchent, sans démagogie, expliquer aux Français ce qui marche et ce qui bloque. Ne plus faire l’autruche, mais proposer d’autres solutions que le beuglement et la haine. Puisque le RN s’est assagi en apparence, qu’il soigne sa vitrine et qu’il évite au maximum de déraper, il faut lui tenir tête calmement, sans crier tous les jours au fascisme, en cherchant à montrer ses « incohérences » et son incompétence… C’est vrai. Mais cela ne suffit pas. Cela ne suffira jamais.

Car le RN n’est pas un parti comme un autre. Il dissimule. Comme les Frères musulmans et d’autres mouvements totalitaires, sa façade est trompeuse. Les lèche-vitrines le découvriront trop tard, une fois au pouvoir, et la France pourrait ne pas s’en remettre. Il faut donc inlassablement rappeler ce qu’il cache : son histoire et ses coulisses, ses hommes de l’ombre, issus du courant national-révolutionnaire, profondément fasciste, ses connexions russes, ses liaisons avec d’autres partis fascisants… Sans ce faisceau d’indices, on ne peut décoder le sous-texte de son discours policé sur la « préférence nationale ». On renonce à alerter les Français. On avalise sa stratégie de dissimulation. On détricote soi-même le dernier fil du cordon sanitaire. Il se dit que la diabolisation n’a pas marché. Et l’inverse ? Sans diabolisation, Marine Le Pen serait déjà à l’Élysée.

Caroline Fourest
Caroline Fourest

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