N’importe qui peut se faire avoir par la propagande
C’est si simple d’abuser de nos sentiments et de nos croyances.

Pour maintenir une dictature en place, il faut une bonne propagande –ceci, les despotes l’ont bien compris. Mais s’il peut nous sembler simple de penser qu’on ne tombera jamais dans le panneau de l’endoctrinement, il est plus facile de le dire que de le faire. Car le cerveau humain est aisément impressionnable. Le média Vice se penche justement sur les raisons qui nous poussent à gober de la propagande.
«L’esprit humain a une façon de simplifier des idées complexes dans des compartiments qui le sont moins. C’est de là que vient la pensée manichéenne, explique Devika Kapoor, psychologue à Bombay, en Inde. Il est plus facile de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre et de penser qu’il existe un “bien pur” et un “mal pur”, parce que cela réduit notre charge cognitive.»
Abuser des traumas collectifs
Pour que la propagande se propage rapidement, elle se base sur un terreau déjà fertile: celui de l’imaginaire collectif. «[La propagande] n’a pas besoin de poser les bases. Elle travaille sur quelque chose qui existe déjà. Elle a juste besoin d’amplifier ce que les gens pensent», indique Devika Kapoor.
Autre secret de fabrication: jouer sur des traumas collectifs. Si le parti nazi a pu grandir pendant la république de Weimar, après la Première Guerre mondiale, c’est parce que certains mythes qui circulaient alors attribuaient la défaite de l’Allemagne en 1918 aux juifs et à la gauche (la théorie du «coup de poignard dans le dos»).
Enfin, les propagandistes se servent surtout de nos biais cognitifs (des schémas de pensée trompeurs) et de confirmation (la tendance à trouver uniquement des preuves qui correspondent à nos croyances). C’est ainsi que les despotes jouent davantage sur les émotions, les informations trompeuses, les vérités partielles ou les mensonges que sur la vérité.
L’effet de vérité illusoire peut aussi entrer en jeu. Il s’agit du phénomène par lequel lorsqu’une information est répétée suffisamment de fois, on a tendance à croire qu’elle est vraie.
«Le sensationnalisme est facile»
Mais pourquoi, se demande Vice, continue-t-on de produire des films de propagande? Le média se penche sur le cas du film indien The Kerala Story, qui dépeint l’histoire de jeunes femmes hindoues séduites par des musulmans membres du groupe État islamique pour partir au Moyen-Orient. Le film se base sur un discours islamophobe et des chiffres trompeurs. Le tout est désormais instrumentalisé par les nationalistes hindous au pouvoir.
«Le sensationnalisme est facile, juge le réalisateur indien Soumik Sen. Seul un très bon cinéaste a les moyens de montrer toute la nuance requise dans un film.» Selon lui, il est donc plus simple de se faire remarquer aujourd’hui en proposant un contenu explosif plutôt qu’artistique.
Le réalisateur estime que beaucoup de films de Hollywood et Bollywood peuvent être considérés comme de la propagande. «La plupart des films de guerre américains [le] sont, note Soumik Sen. Par exemple, Rambo 3, où le protagoniste combat les Russes aux côtés des talibans, c’est purement de la propagande.» Si Rambo a pris sa retraite, la désinformation et le prosélytisme, eux, demeurent présents.
Mathieu te Morsche
