Emeutes : ce décalage qui accélère le vote RN, par Anne Rosencher
Ce sont les désastres politiques que nous laissons perdurer depuis des décennies et la façon dont la conversation publique a de les euphémiser qui « font le jeu » du lepénisme…
Macron humilié, Mélenchon discrédité, et Le Pen gagnante . Les scènes de violences et de pillages ternissent l’image de la France et auront des conséquences politiques. Marine Le Pen a tout à y gagner.
Un homme politique me confiait récemment, résigné : « Bien sûr que nous aurons Marine Le Pen au pouvoir en 2027. On ne peut pas avoir 3 sur 20 en physique depuis des années, et s’étonner de rater Polytechnique. Eh bien c’est la même chose. » J’avais trouvé la comparaison éloquente. Elle m’est revenue ces derniers jours, à mesure que je voyais le débat public dérouler le tapis rouge au Rassemblement national.
Nous voilà pris dans le piège américain. D’un côté, la « Fox Newsisation » de certains médias et politiques incapables de mettre des mots clairs sur la mort d’un jeune homme de 17 ans, visé par un policier que les images accablent, et qui pose des questions récurrentes. De l’autre : un commentariat majoritaire, pressé de montrer sa distinction morale ; qui préfère s’émouvoir de la radicalité de ces Fox News ou de ces Trump français, plutôt que de regarder en face ce que donnent à voir les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel M.
Non, nous n’assistons pas au « cri de colère » ou au « cri de détresse » de « la jeunesse de banlieue ». Ce que montrent les images dans leur évidence, c’est une partie de cette jeunesse cédant corps et âme à une pulsion de violence ; laissant flamber son mépris du bien commun et sa haine de l’Etat jusqu’à la tentative d’assassinat d’un maire et de sa famille à L’Haÿ-les-Roses… Je précise « une partie de cette jeunesse » : car contrairement à ce que laissent entendre Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon dans une ironique convergence des luttes, ces jeunes-là ne sont pas représentatifs de l’ensemble de ces quartiers. Zemmour, Mélenchon : l’insulte au bras du misérabilisme. Dans les deux cas : la diffamation des gens ordinaires qui peuplent les cités, et qui aspirent à la paix dont jouissent les commentateurs de tous bords qu’ils regardent (ou ne regardent plus) à la télé.
En attendant, le décalage entre la violence des images et le son du commentariat est un accélérateur à vote RN. Bien plus efficace que « la banalisation » ou « la normalisation » dont les médias adorent débattre en une spirale nombriliste… Ouvrons les yeux. Ce sont les désastres politiques que nous laissons perdurer depuis des décennies qui « font le jeu » du parti lepéniste. Le reste est secondaire. Le reste est conversation de salon. Et au registre des désastres, celui concernant les « cités » de nos villes et de nos banlieues tient une bonne place.
Anne Rosencher
Emeutes : nous avons affaire à une France désaffectée
Sylvain Fort
Les mineurs – majoritairement – qui pillent, incendient, déroutent tout le pays, qui s’est habitué à les contourner, à tolérer leur impunité ordinaire, à laisser les maires, les profs, les policiers, les juges gérer tout cela comme si ça ne nous concernait pas.
« J’ai mal à ma France », a tweeté Kylian Mbappé. Il est fort probable que nous avons tous, ces jours-ci, mal à notre France. Mais plus les émeutes se déploient, plus elles commettent de ravages, moins nous savons exactement de quelle France il s’agit là. Mais à quelle France avons-nous mal ? Ce n’est certes pas à la France de Mbappé, qui est celle des gamins de Bondy ou d’autres banlieues assidus au sport, et capables pour certains d’une discipline forcenée les menant au sommet.
Ce n’est pas la « France périphérique » analysée par Christophe Guilluy et qui agit de manière constante, selon le sociologue, comme une sorte de lieu de transition entre deux échelons sociaux. Ce n’est pas celle de ces immigrés de deuxième ou troisième génération qui deviennent ingénieurs ou médecins, ou entrepreneurs ou professeurs, parce que l’école aura été pour eux une aubaine.
Ce n’est pas la France d’Omar Sy ni de Jamel Debbouze, pleine d’énergie et d’ambition. Ce n’est pas la France archipel décrite par Jérôme Fourquet avec ses associations de danse country et ses ghettos de cadres moyens répondant aux ghettos d’ouvriers. Ce n’est pas la France de la criminalité organisée, des gangs, des trafics juteux régissant les « territoires perdus de la République » décrits en 2002, ni même les « territoires conquis de l’islamisme » scrutés par Bernard Rougier : les appels au calme des imams ne produisent aucun effet. Ce n’est pas même la France des grands frères et encore moins des petits Blancs, ce n’est pas la France des migrants ni celle des black blocs, ni la France des Misérables de Ladj Ly.
Ces France sur lesquelles on théorise et fantasme à longueur de journaux, de bouquins, de plateaux de télévision, ce ne sont pas elles qui incendient les écoles et les bibliothèques, qui pillent l’Apple Store ou le Nike Store. Il faut regarder dans le détail les faits commis (incendies, pillages) et les profils des interpellés, qui sont pour les deux tiers des mineurs, avec une moyenne d’âge des prévenus de 17 ans – l’âge de Nahel – pour comprendre que nous avons affaire à une France invisible. C’est la France des mineurs qui traînent, des cancres qui prennent l’école pour un centre de loisirs, des ni pauvres ni riches qui zonent sans savoir pourquoi, c’est la France de ceux qui ont grandi dans l’anomie, dans la déréliction familiale, qui n’ont pas de vrais modèles ni de vrais horizons, mais qui pour autant ne se radicalisent ni dans le crime ni dans l’intégrisme. Ils attendent que quelque chose arrive qui n’arrive pas, sauf dans des mondes parallèles accessibles par iPhone.
C’est une France de la défaisance molle, que les milliards jetés sur les banlieues, l’école de la République et ses valeureux hussards, l’entrepreneuriat local, les passerelles pédagogiques, l’accompagnement social, la curatelle politique, le nivellement par le bas, la lutte contre les discriminations, le service national universel, etc. ne parviennent pas, depuis des décennies, à raccrocher à la nation.
C’est la France désaffectée, vacante, rêvant de se servir gratuitement chez Darty et Carrefour, offrant ses menus services à des trafics qui la dépassent, naviguant entre des rêves mal définis et un réel trop lourd à traîner. La voici qui se réveille comme dans une immense saturnale, exposant sans plus de limite son imaginaire informe qui brûle aussi bien les écoles que les appartements des riverains dans une indifférence rigolarde, courant d’un quartier à l’autre pour voir passer les engins de la BRI et du Raid parce qu’il y a les mêmes à la télé, et bousculant les députés LFI qui croient, les imbéciles, assister au Grand Soir alors que c’est le grand vau-l’eau de la violence sans tête ni cervelle.
Avec leurs doigts d’honneur et leurs refus d’obtempérer, ils déroutent la police jusqu’au geste fatal, tragique, aberrant d’un brigadier, mais ils déroutent à vrai dire toute la France, qui s’est habituée à les contourner, à ne pas croiser leur regard, à ne pas vivre à leurs côtés, à tolérer leur impunité ordinaire, à laisser les politiques, les maires, les profs, les policiers, les juges gérer tout ça comme si ça ne nous concernait pas directement. Cela se finira comme cela se finira, et puis ça continuera comme avant. Le frisson des nantis passera, notre sidération indignée s’effacera, diluée dans notre vague mauvaise conscience de contribuables, en cette France qui n’en finit pas de ne plus savoir qui elle est, ni où elle a mal.
*Sylvain Fort, essayiste
Emeutes en France : «au moins 20 millions d’euros» de dégâts pour les transports publics en Ile-de-France
La mort de Nahel, jeune homme de 17 ans, abattu à Nanterre par un policier secoue l’Hexagone.

Les émeutes ont causé «au moins 20 millions d’euros de dégâts» pour les transports publics en Ile-de-France, selon une première estimation, publiée lundi, d’Ile-de-France Mobilités (IDFM), autorité régionale des transports.

Dans cette somme, il faut compter «les bus brûlés, un tramway brûlé, deux tramways endommagés et les mobiliers urbains qui ont été cassés», a précisé IDFM à l’AFP, confirmant une information du Parisien.
Emmanuel Macron a demandé au ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin de maintenir une «présence massive» sur le terrain afin de garantir le «retour au calme», a indiqué lundi l’entourage du président français. Une décrue des violences est observée après six nuits d’émeutes liées à la mort du jeune Nahel.
«Le président de la République souhaite que l’exécutif maintienne un haut niveau d’engagement et de pression sur le terrain, avec une présence massive, pour conforter le retour au calme et à l’ordre», relève-t-on de même source.
Le ministre de l’Intérieur a estimé lundi, à l’issue d’une nuit où aucun incident majeur n’a été signalé, que «l’ordre» était «en train d’être rétabli», «grâce à une fermeté qui a été affichée».

Gérald Darmanin a reconduit dimanche soir un dispositif de 45’000 policiers et gendarmes sur tout le territoire pour faire face aux émeutes déclenchées par la mort du jeune Nahel, tué par un policier, lors d’un contrôle routier mardi à Nanterre.
Lors d’une réunion dimanche soir à l’Elysée avec la cheffe du gouvernement Elisabeth Borne et sept ministres, Emmanuel Macron a demandé de «continuer à tout faire pour rétablir l’ordre et garantir le retour au calme». «Sans tirer de conclusion hâtive, à ce stade tout porte à croire qu’il a bien fait de trancher pour une réponse graduée», souligne-t-on dans son entourage.
Quelque 3200 personnes ont été interpellées par la police et la gendarmerie, entre mardi et dimanche, lors des cinq nuits d’émeutes consécutives à la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier. 60% d’entre elles n’étaient pas connues de la police, a indiqué lundi le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
«Il y en a 60%, sur ces 3200, qui n’ont aucun antécédent judiciaire, qui ne sont pas connus des services de police» et «n’ont jamais fait l’objet d’un contrôle», a-t-il souligné lors d’un déplacement à Reims.

La moyenne d’âge des personnes interpellées est de «17 ans, avec parfois des enfants, il n’y a pas d’autre mot, de 12-13 ans, qui étaient des pyromanes ou qui ont attaqué les forces de l’ordre ou qui ont attaqué des élus», a-t-il également souligné.
M. Darmanin a insisté sur «la responsabilité des parents, de la famille» dans la surveillance de ces jeunes. «Parce que ce n’est pas à la police nationale ou à la gendarmerie ou au maire ou même à l’Etat de régler le problème quand un enfant de 12 ans met le feu à une école».
Le ministre dit avoir constaté, à l’issue d’une nuit de dimanche à lundi où aucun incident majeur n’a été signalé, que «l’ordre» était «en train d’être rétabli», «grâce à une fermeté qui a été affichée».
20 millions d’euros de dégâts sur les transports publics en « Ile de France ».
Mais «les policiers et les gendarmes, à la demande du président de la République, continueront à être extrêmement mobilisés dans les prochaines nuits», a-t-il ajouté.
Il a par ailleurs annoncé avoir débloqué 20 millions d’euros pour remettre en place «dès la fin de l’été» les «caméras de vidéoprotection» cassées lors des émeutes. «L’argent de l’Etat est à la disposition des maires de France», a-t-il dit.
En cinq nuits d’émeutes jusqu’à dimanche matin, la place Beauvau a comptabilisé quelque 5000 véhicules incendiés, 10’000 feux de poubelles, près de 1000 bâtiments brûlés ou dégradés, 250 attaques de commissariats ou de gendarmeries et plus de 700 membres des forces de l’ordre blessés.
Saisi par une vidéo amateur venue contredire le récit initial livré par les policiers, le tir à bout portant d’un motard et la mort de Nahel à Nanterre le 27 juin ont choqué jusqu’au sommet de l’Etat, embrasé le pays et résonné bien au-delà des frontières françaises.
Des rassemblements ont eu lieu lundi à la mi-journée devant les mairies de France en soutien au maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) visé par une agression à la voiture-bélier, notamment à Nanterre où la mort du jeune Nahel, tué par un policier, a suscité des émeutes dans tout le pays.

La maison du Maire L’Haÿ-les-Roses attaquée dans la nuit de samedi à dimanche dans une tentative d’ incendie qui visait la femme du maire et leurs enfants de 5 et 7 ans.
«Depuis mardi les nuits ont été difficiles pour les habitants (…) Les violences qui se sont succédé sont inacceptables», a déclaré le maire de Nanterre, Patrick Jarry (DVG) devant une centaine d’habitants et d’employés de la mairie. «Le temps est à l’apaisement», a insisté l’édile, soulignant qu’il fallait «rester sur cet appel de la famille de Nahel, de sa grand-mère», qu’il «remercie profondément».
Après cinq nuit de heurts entre jeunes et forces de l’ordre, de destructions de voitures ou de bâtiments publics et de pillages de commerces sur tout le territoire, la grand-mère de Nahel a lancé dimanche un appel au calme aux émeutiers. «Nous ne perdons pas de vue le point de départ de cette situation, cette exigence de justice qui continue d’exister», a poursuivi le maire de Nanterre devant la presse.

«Nous continuerons d’agir au quotidien pour que dans nos villes, dans nos quartiers, les habitants puissent bénéficier des services publics dont ils ont besoin (…) Nous continuerons d’agir pour plus de justice sociale», a-t-il martelé.
A Saint-Denis, une trentaine d’élus (maires, députés, le président du département, Stéphane Troussel, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse) et près de 200 personnes ont assisté à la cérémonie, a constaté une journaliste de l’AFP.
Près de 300 personnes se sont aussi rassemblées devant la mairie de Brest, dont de nombreux élus et employés municipaux. «A mes yeux, ce n’est pas seulement une situation faite aux maires. A travers les maires, c’est aussi la République. C’est aussi les écoles, et je n’oublie pas toutes les personnes privées et les entreprises qui souffrent de ces violences «, a déclaré François Cuillandre, maire PS de la ville durant ce rassemblement.
Le président de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard, avait appelé dimanche à une «mobilisation civique» devant toutes les mairies du pays pour dénoncer les violences contre les élus et le «retour à l’ordre républicain».
Un jeune pompier qui luttait contre un incendie en banlieue de Paris est décédé dans la nuit de dimanche à lundi, sans qu’un lien ne soit établi avec les violences urbaines qui secouent la France depuis mardi dernier.
Vers 03h00, un feu s’est déclaré dans le parking souterrain d’un immeuble d’habitation de Saint-Denis, au nord de la capitale française, et s’est rapidement propagé aux étages, nécessitant l’évacuation de ses résidents, a indiqué la préfecture de police de Paris dans un communiqué.
Intoxiqué par les fumées, un pompier âgé de 24 ans est décédé à la suite d’un arrêt cardio-respiratoire, selon une source policière. «Un jeune caporal-chef de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris est décédé malgré la prise en charge très rapide de ses équipiers», a tweeté le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
«Profonde tristesse suite au décès d’un jeune pompier dans l’exercice de ses fonctions. La République salue l’engagement des sapeurs-pompiers, qui les conduit à +sauver ou périr+ », a dit la Première ministre Elisabeth Borne sur Twitter.

Selon une source policière, aucun lien n’est établi pour l’heure entre l’incendie sur lequel ce pompier intervenait et les violences urbaines qui agitent de nombreuses villes de France depuis la mort le 27 juin à Nanterre de Nahel, 17 ans, tué par un policier.
«Ce serait trop s’avancer. A priori ce n’est pas le cas, ce n’est pas un quartier touché par les violences urbaines», a déclaré cette source. Une enquête pour «recherche des causes de la mort» a été ouverte.
Sur place lundi matin, quelques pompiers et officiers de police judiciaire étaient présents pour des constatations devant l’immeuble de quatre étages, a observé une journaliste de l’AFP.
Soixante-dix habitants de cet immeuble ont été hébergés dans un gymnase de la ville, a indiqué le maire Mathieu Hanotin, faisant part de sa «pensée émue pour la famille du jeune homme».
«C’était un habitat de logement social de bonne tenue, assez robuste, qui avait déjà connu un incendie en 2015 un peu dans les mêmes circonstances, un feu de parking», d’après l’édile.
Quelque 157 personnes ont été interpellées dans la nuit de dimanche à lundi lors de la sixième soirée de violences après la mort de Nahel, tué mardi à Nanterre par un policier, selon un bilan rendu public lundi matin par le ministère de l’Intérieur.

Le ministère fait également état de trois blessés parmi les forces de l’ordre et a recensé 352 incendies sur la voie publique et 297 incendies de véhicules. Un poste de police et une caserne de gendarmerie ont été visé.
Les maires de France ont appelé population et élus à se rassembler lundi à midi devant toutes les mairies invoquant «une mobilisation civique» après la violente attaque contre le domicile du maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) qui a suscité une vague d’indignation à travers le pays.
Toutes les mairies de France feront sonner leurs sirènes à 12H00 à l’occasion de ces rassemblements, a annoncé dimanche le président de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard.
Dans un communiqué appelant dimanche à «une mobilisation civique des citoyens pour un retour à l’ordre républicain», l’AMF souligne que «depuis mardi dernier, (les) communes sont partout en France le théâtre de troubles graves, qui ciblent avec une extrême violence les symboles républicains que sont les hôtels de ville, les écoles, les bibliothèques, les polices municipales».
Le choc causé par la violente attaque à la voiture-bélier contre le domicile de Vincent Jeanbrun, maire LR de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) a provoqué une vive émotion dans le pays, où un retour au calme s’est toutefois esquissé dans la nuit de dimanche à lundi après cinq nuits d’émeutes consécutives à la mort de Nahel, 17 ans, tué par un policier.
A 01H30, les forces de l’ordre avaient procédé à 78 interpellations sur le territoire national (contre plus de 400 la nuit précédente), selon le ministère de l’Intérieur, et aucun incident majeur n’était signalé. A Paris et dans sa proche banlieue, 20 personnes avaient été interpellées à 01H00, d’après la préfecture de police.

Après l’attaque contre la maison de Vincent Jeanbrun, la Première ministre Elisabeth Borne a assuré aux maires, que le gouvernement ne «laissera(it) passer aucune violence» et que «la plus grande fermeté» serait appliquée dans les sanctions.
Emmanuel Macron doit quant à lui recevoir les présidents des deux assemblées également lundi, puis mardi les maires de plus de 220 communes ciblées par les violences. Il a aussi demandé à Elisabeth Borne de rencontrer les présidents des groupes parlementaires lundi.
Le chef de l’Etat souhaite, en outre, «débuter un travail minutieux et de plus long terme pour comprendre en profondeur les raisons qui ont conduit à ces événements», selon l’Elysée.
En cinq nuits d’émeutes jusqu’à dimanche matin, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé quelque 5000 véhicules incendiés, près de 1000 bâtiments brûlés ou dégradés, 250 attaques de commissariats ou de gendarmeries, plus de 700 membres des forces de l’ordre blessés.
Pour la troisième nuit consécutive, un dispositif massif a été maintenu, avec 45’000 gendarmes et policiers mobilisés. Des blindés légers ont été déployés à Marseille et le RAID à Lyon, où l’unité d’élite a essuyé quelques projectiles, selon la préfecture.
À 1h30, les forces de l’ordre avaient procédé à 78 interpellations sur le territoire national, selon le ministère de l’Intérieur, et aucun incident majeur n’était signalé. À Paris et dans sa proche banlieue, 20 personnes avaient été interpellées à 1h00, d’après la préfecture de police.

Emmanuel Macron recevra lundi les présidents de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et du Sénat Gérard Larcher, puis mardi les maires des «plus de 220 communes victimes d’exactions» lors des émeutes des derniers jours, a annoncé dimanche un participant à l’issue d’une réunion autour du chef de l’Etat.
«Le président a aussi demandé à la Première ministre Elisabeth Borne de recevoir les présidents de groupes politiques au Parlement» lundi, a-t-on ajouté de même source.
Gérald Darmanin a annoncé la reconduction du dispositif de maintien de l’ordre ce dimanche soir, avec, pour la troisième nuit consécutive, 45’000 policiers et gendarmes mobilisés pour faire face aux émeutiers qui agitent le pays depuis la mort du jeune Nahel mardi à Nanterre.
Le ministre de l’Intérieur a donné des «consignes de fermeté» et a demandé «comme précédemment que des interpellations soient menées, dès que possible», a précisé son entourage.
Le chancelier allemand s’est dit «préoccupé» ce dimanche par la poursuite des émeutes urbaines en France, qui ont conduit à l’annulation de la visite d’Etat prévue en Allemagne du président Emmanuel Macron.
«Nous observons bien sûr avec préoccupation» ce qui se déroule en France, «et j’espère beaucoup, je suis totalement persuadé, que le chef de l’Etat français trouvera les moyens de faire en sorte que la situation s’améliore rapidement», a déclaré Olaf Scholz dans une interview à la chaîne de télévision publique ARD.
Emmanuel Macron devait débuter ce dimanche une visite d’Etat en Allemagne pour relancer les relations entre les deux pays, qui s’opposent sur plusieurs dossiers, en matière de défense, d’énergie ou de discipline budgétaire en Europe. Mais il l’a reportée en raison des émeutes en France.
«Arrêtez, ne cassez pas»: la grand-mère de Nahel, tué mardi par un policier à Nanterre, a lancé ce dimanche un appel au calme après une cinquième nuit consécutive d’émeutes urbaines causée par la mort de son petit-fils de 17 ans.
«Les gens qui sont en train de casser je leur dis: arrêtez. Qu’ils ne cassent pas les vitrines, qu’ils ne cassent pas les écoles, pas les bus. Arrêtez, c’est des mamans qui prennent les bus, c’est des mamans qui marchent dehors», a exhorté Nadia, la grand-mère de Nahel, interrogée sur BFMTV.
«On veut que ces jeunes-là restent tranquilles. Nahel, il est mort. Ma fille avait un seul enfant, elle est perdue, c’est fini, ma fille n’a plus de vie. Et moi, ils m’ont fait perdre ma fille et mon petit-fils», a-t-elle poursuivi, «fatiguée».
Maires et citoyens sont invités lundi à se rassembler sur le parvis de toutes les mairies de France, qui feront sonner leur sirènes, après l’attaque à la voiture-bélier du domicile du maire de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), a annoncé dimanche le président de l’Association des maires de France (AMF).

«L’AMF a décidé d’appeler les élus et la population à se mobiliser, nous on ne baisse pas les bras (…) et à ce titre demain à 12H00 nous avons décidé avec (…) tous les maires de France d’appeler à un rassemblement sur les parvis des mairies, nous ferons sonner les sirènes (…) et nous continuons notre travail au quotidien pour que l’ordre revienne», a déclaré David Lisnard sur TF1.
Un policier, visé par un tir d’arme à feu, a été protégé par son gilet pare-balles lors de violences urbaines à Nîmes dans la nuit de vendredi à samedi, a annoncé dimanche la procureure qui a ouvert une enquête pour tentative d’assassinat.
«Le port du gilet pare-balles a permis d’éviter que le policier victime ne soit grièvement blessé par le projectile l’ayant atteint. Une radiographie a permis de confirmer la présence d’une munition dans le gilet pare-balles» dont le calibre reste à déterminer, explique la procureure de la République de Nîmes, Cécile Gensac, dans un communiqué.

Une enquête «en flagrance du chef de tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique» a été ouverte et confiée à la police judiciaire.
Le collègue qui accompagnait le policier touché, mais non blessé, est entendu, selon une source policière. Aucune personne n’a, pour le moment, été interpellée, selon le parquet.
Dans la nuit de samedi à dimanche, une centaine de personnes se sont opposés aux forces de l’ordre dans les rues de la préfecture du Gard.
Dans la nuit de vendredi à samedi, quatre policiers avaient été blessés par des tirs d’arme à grenaille à Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise. Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour «violences volontaires avec arme sur des personnes dépositaires de l’autorité publique et de participation à un groupement en vue de commettre des violences».
Le domicile du maire LR de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) a été attaqué à la voiture-bélier enflammée dans la nuit de samedi à dimanche, en présence de ses enfants et de son épouse blessée en voulant fuir, des faits qui ont suscité une condamnation unanime du gouvernement et de la classe politique.

Une enquête a été ouverte pour tentative d’assassinat, a indiqué le procureur de Créteil, Stéphane Hardouin, qui l’a confiée au service départemental de la police judiciaire.
«Vers 1H30 du matin, un véhicule enflammé a pénétré dans l’enceinte du pavillon du maire de L’Haÿ-les-Roses» et a été «stoppé avant d’atteindre la véranda de la maison, semble-t-il par un muret, de sorte que seul le portail d’entrée a été touché ainsi que le véhicule de la famille», a détaillé le magistrat, lors d’un point presse devant la maison du maire, Vincent Jeanbrun (LR).
«Les premières constatations nous laissent présumer que le véhicule a été lancé pour brûler le pavillon», a souligné le procureur, faisant valoir qu’»un accélérant a été découvert dans une bouteille de coca » sur les lieux.
L’épouse du maire et ses deux enfants de 5 et 7 ans étaient à la maison en l’absence de Vincent Jeanbrun (LR), qui se trouvait alors à l’Hôtel de ville de sa commune de plus de 30.000 habitants, en cette cinquième nuit de violences urbaines.
Entendant du bruit et voyant des flammes, la femme et les deux enfants ont pris la fuite par le jardin à l’arrière du pavillon, selon le procureur. Dans sa course, l’épouse «s’est blessée au tibia, c’est une blessure assez sérieuse puisqu’il serait cassé», a précisé Stéphane Hardouin. Elle a été hospitalisée, selon l’entourage du maire.

«Ces faits seront à relier aux dégradations et exactions commises sur la mairie de L’Haÿ-les-Roses» au cours des deux nuits précédentes, a estimé le procureur.
«Compte tenu de (leur) gravité extrême», la «qualification de tentative d’assassinat a été choisie par le parquet», et «tout sera mis en œuvre pour confondre les auteurs et les traduire devant la justice», a-t-il assuré.
Le maire a lui-même dénoncé dans un communiqué publié sur Twitter «une tentative d’assassinat d’une lâcheté inqualifiable».
«Cette nuit, un cap a été franchi dans l’horreur et l’ignominie», a-t-il estimé. «Si ma priorité est aujourd’hui de prendre soin de ma famille, ma détermination à protéger et servir la République est plus grande que jamais», a-t-il poursuivi.
La Première ministre Élisabeth Borne s’est élevée contre des «faits intolérables». «Les coupables seront poursuivis avec la plus grande fermeté», a indiqué Matignon dans un communiqué.
«S’en prendre à la vie d’un élu et à celle de sa famille, c’est s’en prendre à la Nation», a tweeté le président du Sénat Gérard Larcher (LR). «L’engagement public ne devrait jamais être synonyme de danger, ni pour soi ni pour ceux que l’on aime», pour la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (Renaissance).
Sur Twitter, le patron des Républicains Eric Ciotti a condamné «des faits d’une extrême gravité qui doivent conduire leurs auteurs en cour d’assises».
«Un nouveau cap a été franchi», a tweeté la cheffe de file des députés RN Marine Le Pen.
Dans la majorité présidentielle aussi, les messages de soutien ont afflué. «Bravo pour ton courage et ta détermination à servir nos concitoyens ! Ne laissons passer aucune violence, verbale ou physique», lui a écrit le ministre de l’Économie Bruno Le Maire (ex-LR).
«S’attaquer à un maire, c’est s’en prendre à nous tous, à tous les citoyens. Toute la communauté nationale doit dire stop», a plaidé le ministre délégué à la Ville Olivier Klein.
A gauche aussi, Marine Tondelier, cheffe d’EELV, a assuré que «les écologistes apportent leur soutien le plus total à Vincent Jeanbrun». «Ce qu’il a vécu est inqualifiable», a-t-elle tweeté.
Commentant les faits, la députée LFI Clémentine Autain a souligné l’»urgence absolue à dégager des réponses politiques de justice et d’égalité pour apaiser ».
Quelque 719 personnes ont été interpellées dans la nuit de samedi à dimanche, lors de la cinquième soirée de violences après la mort de Nahel, tué mardi à Nanterre par un policier lors d’un contrôle routier, a indiqué le ministère de l’Intérieur, dans un bilan encore provisoire.

A ce stade, 45 policiers et gendarmes ont été blessés, 577 véhicules et 74 bâtiments ont été incendiés, tandis que 871 incendies ont été comptabilisés sur la voie publique, a ajouté le ministère.
Plus d’une centaine de jeunes se sont rassemblés samedi soir au centre-ville de Lausanne, en écho aux émeutes en France, et ont provoqué des déprédations à des commerces, a indiqué la police municipale de Lausanne. Sept personnes ont été arrêtées.
Plusieurs vitrines de magasins ont été brisées notamment dans le quartier du Flon et à la rue de Genève, a précisé la police dans un communiqué diffusé dans la nuit de samedi à dimanche. La porte d’entrée d’une grande enseigne a été brisée.
Une cinquantaine d’agents de la police municipale Lausanne, de la police cantonale vaudoise et d’autres polices communales ont été déployés. Ils ont dû disperser à plusieurs reprises des jeunes encagoulés qui leur jetaient des pavés. Un cocktail Molotov a même été lancé contre des policiers.
Gérald Darmanin a annoncé la reconduction du dispositif de maintien de l’ordre pour la nuit de samedi à dimanche, avec de nouveau 45’000 policiers et gendarmes mobilisés, pour faire face aux émeutes qui agitent le pays depuis la mort du jeune Nahel mardi à Nanterre.
A Marseille et Lyon, principales villes touchées vendredi soir, les forces de l’ordre seront «considérablement» renforcées, a ajouté le ministre de l’Intérieur. La CRS 8, spécialisée dans les violences urbaines, sera déployée à Lyon et trois compagnies de CRS, soit 200 agents, envoyées à Marseille.

Le jeune Nahel, tué mardi par un policier lors d’un contrôle routier, a été inhumé samedi au cimetière du Mont-Valérien à Nanterre en présence de sa mère, sa grand-mère et de plusieurs centaines de personnes venues lui rendre hommage.
La cérémonie s’est terminée vers 17h30 et s’est déroulée de façon «très calme, dans le recueillement et sans débordement», a rapporté un témoin à l’AFP, ajoutant que de très nombreux jeunes étaient présents. «L’ambiance était très familiale», a indiqué ce témoin.
Les obsèques avaient débuté dans la matinée au funérarium de Nanterre dans un climat de forte tension entre des groupes de jeunes et la presse, dont la présence n’était pas souhaitée par la famille, ont constaté des journalistes sur place.
Selon le témoin interrogé par l’AFP, les personnes présentes aux obsèques ont demandé qu’aucune image de la cérémonie ne soit prise pour protéger l’identité des jeunes. «Paix à son âme, que justice soit faite. Je suis venue soutenir la maman, elle n’avait que lui, la pauvre», a déclaré une Nantérienne, qui n’a pas souhaité donner son nom, en sortant du funérarium.
Le corbillard a quitté le funérarium vers 12h00 pour se rendre à la mosquée Ibn Badis de Nanterre pour une cérémonie funèbre.
Les bus et tramways d’Ile-France cesseront de fonctionner complètement samedi à compter de 21H00, comme la veille, dans le contexte des violences urbaines déclenchées après la mort du jeune Nahel, a indiqué la RATP.
La fréquence des passages commencera à diminuer un peu avant, pour permettre un arrêt complet pour 21H00, précise la Régie, qui invite les usagers à «anticiper» leurs déplacements.

Prise «en concertation avec la préfecture de police», «cette mesure pour la sécurité des agents et des voyageurs sera reconduite tous les soirs jusqu’à nouvel ordre», précisait-elle dans un tweet vendredi.
«On adapte en temps réel, selon les zones, en fonction des directives de la préfecture de police», a souligné un porte-parole.
Concernant le métro, comme vendredi soir, il s’arrêtera la nuit prochaine aux mêmes horaires qu’en semaine, soit dernier départ à minuit et demi, toujours à la demande de la préfecture de police. Le service ne sera donc pas prolongé d’une heure comme c’est le cas habituellement le week-end.
La RATP a aussi fermé dès 16H30 la station de métro Créteil Préfecture (sur la ligne 8), qui dessert le centre commercial Créteil Soleil envahi vendredi par une quarantaine de personnes.
Le RER n’est en revanche pas concerné par ces mesures, a-t-on ajouté.


