Marylise Léon : « Le travail n’est pas une valeur, c’est un cadre. »
Mercredi 19 juillet 2023

La Première ministre a reçu les organisations patronales et syndicales ce mercredi 12 juillet à Matignon. Objectif affiché : définir l’agenda social des mois à venir et jeter les bases du pacte de la vie au travail, désiré par Emmanuel Macron. L’intersyndicale, elle, prévoit de se réunir fin août.
- Marylise Léon Secrétaire générale de la CFDT
Marylise Léon, nouvelle secrétaire générale de la CFDT depuis le 21 juin 2023, est l’invitée des Matins d’été. Elle revient notamment sur sa vision du travail, les chantiers à venir, l’intersyndicale et le projet de loi Plein emploi.
Le travail n’est pas une valeur
Interrogée sur sa vision de la valeur travail, Marylise Léon explique que « le travail n’est pas une valeur. C’est un cadre dans lequel chacun peut s’épanouir, se former, évoluer, être justement rétribué. » Au sein de la CFDT, « on n’est pas vraiment sur ce repère de valeurs, ni non plus dans une considération que le travail serait un droit à la paresse. » Au sujet de l’instrumentalisation du travail comme valeur par certains politiciens, elle estime que « c’est une méconnaissance de ce qu’est le travail réel ». Elle estime que ce point de vue « c’est aussi une distance de certains hommes et femmes politiques depuis un certain nombre d’années, de ce qu’est le travail réel et d’être plutôt dans une approche un peu facile. Quand on parle de valeur travail, on pointe surtout ceux qui n’en ont pas. »
Une nouvelle réalité du travail
Revenant sur son expérience aux côtés de son prédécesseur Laurent Berger, auprès de qui elle était numéro deux, elle assure qu’elle fera forcément différemment : « La réalité de ce qu’est le travail aujourd’hui est différente d’il y a dix ans. Les choses évoluent extrêmement rapidement. On n’est plus tellement à l’heure des transitions. On est vraiment à un moment de transformation sociale, de transformation du rapport au travail, et on est face à une nécessité de transformation écologique« . Elle en déduit que « le militantisme et le syndicalisme doivent s’adapter. » La nouvelle secrétaire générale de la CFDT veut désormais « être dans l’air du temps et répondre à ces défis. »
Accompagner les demandeurs d’emploi
À propos du projet de loi Plein emploi, adopté par le Sénat la semaine dernière, qui prévoit de transformer Pôle Emploi en France Travail et un conditionnement du RSA à 15 à 20 heures d’activité, Marylise Léon déplore que « le gouvernement ait souhaité aborder la question sous l’angle des conditions et des sanctions. » Elle précise : « Je n’ai aucun problème avec les devoirs des demandeurs d’emploi. » Toutefois, « on parle trop rarement de leurs droits. C’est un droit à l’accompagnement de qualité vers l’emploi. Mais ça peut être aussi un accompagnement social. Il y a des personnes qui ne sont pas en capacité de tout de suite aller vers l’emploi. Elles ont besoin d’un accompagnement en termes de santé, de logement… C’est de ces droits-là dont j’aimerais qu’on parle plus et qui n’a pas été le choix politique. »
La responsabilité écologique des entreprises
Désirant justement s’inscrire dans des enjeux de société actuels, Marylise Léon considère que « c’est de la responsabilité des entreprises d’être très fortement engagées dans la transformation écologique. Il y a trop de secteurs d’activité qui attendent de la contrainte législative ou normative pour bouger. Elles vont au bout d’un modèle économique et elles n’avancent que contraintes et forcées ». Selon elle, ce sont les salariés qui payent le prix de cette posture, car « lorsqu’il y a des évolutions, des fermetures d’entreprises par exemple, ce sont les salariés qui se retrouvent au pied du mur parce que rien n’a été anticipé. Donc si je veux faire de la CFDT le syndicat de la transformation écologique au travail, c’est bien un enjeu écologique, un enjeu d’avenir, mais aussi un enjeu de démocratie en entreprise. »