Saint-Agnan-en-Vercors, la Grotte de la Luire (Drôme), 27 juillet 1944.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le porche de la grotte de la Luire, devenu hôpital de fortune pour la résistance, est le lieu d’un massacre perpétré par les Nazis. L’épisode prend place en 1944, alors que l’hôpital Saint-Martin-en-Vercors doit faire face à un afflux de blessés, lui qui ne dispose que d’une soixante de lits. Une question épineuse se pose alors : faut-il fuir ou rester sur place, les hôpitaux devant théoriquement être épargnés par les conflits ? Devant l’avancée des troupes nazies, décision est finalement prise de déplacer l’hôpital à Die. Mais les armées allemandes et les survols d’ avions, impose un arrêt à Saint Agnan en Vercors.
Le 21 juillet 1944, le corps médical et les 122 blessés de Saint-Martin quittent les lieux, en direction de Die. Arrivés sur place, on les informe que les troupes nazies sont aux portes de la ville. Si quelques blessés restent à Die, le gros du groupe fait demi-tour. C’est sur proposition du docteur Fisher, 32 ans, qui avait repéré les lieux la veille, que l’on va installer un camp de fortune sous le porche de la grotte de la Luire.
Le 27 juillet 1944, une unité allemande, ratissant le massif du Vercors, investit, sur la commune de Saint-Agnan-en-Vercors, la grotte de la Luire où s’était réfugié l’hôpital du maquis du Vercors. Sur la cinquantaine de blessés et de soignants encore présents, 29 pu 30 furent victimes le jour même ou un peu plus tard de la répression nazie.
Le 8 juin 1944, un hôpital destiné aux blessés du maquis avait été installé sur la commune de Saint-Martin-en-Vercors sous la direction du docteur Ganimède. Le 22 juillet, devant la menace allemande, l’ordre fut donné de déménager l’hôpital à Die. Devant l’impossibilité de l’installer dans la ville occupée par les Allemands, le commandement décida de l’abriter dans la Grotte de la Luire, dans la vallée de la Vernaison, lieu retiré et difficile d’accès de la commune de Saint-Agnan-en-Vercors. Après plusieurs évacuations réussies vers Die et Romans (plus de la moitié du groupe de départ), et le décès de plusieurs blessés dans la grotte entre le 23 et le 27 juillet (MALLEIN Pierre, MUROT Henri et RICORDEAU Édmond), il restait au matin du 27 juillet 1944 une quarantaine de blessés difficilement transportables (dont quatre prisonniers blessés de la Wehrmacht) et treize personnes constituant le personnel soignant.
Le 27 juillet, vers 16 heures, des soldats allemands firent irruption à l’entrée du porche de la grotte. Les quatre prisonniers de la Wehrmacht, reconnaissant des camarades de leur unité, leur crièrent de ne pas tirer, disant « ils nous ont soignés ». Devant un début de fraternisation de ses hommes, le chef du groupe les rappela à l’ordre, jugeant que les quatre soldats d’origine polonaise pouvaient être des déserteurs. Il fit arracher leurs pansements pour vérifier si les blessures étaient réelles. Dans un bon français, il requit les responsables. Les docteurs Ganimède, Fischer, Ullmann s’avancèrent. Les Allemands firent aligner médecins et infirmières face à la paroi, lever les blessés auxquels ils arrachèrent les pansements, et les dépouillèrent de tout ce qu’ils possédaient. Marc Liozon, Guy Cretenet, et Armand Rosenthal, médecin du maquis, juif, qui avait été le premier à prendre le maquis dans le Vercors en novembre 1942 pour échapper aux rafles, tentèrent de s’échapper mais furent repris et abattus à proximité de la grotte. L’officier allemand fit réquisitionner un agriculteur de Saint-Agnan-en-Vercors, Jarrand, avec sa charrette tractée par des vaches, pour transporter les grands blessés au hameau de Rousset où ils devaient retrouver ceux qui pouvaient marcher ainsi que le personnel soignant. Sur le trajet, le convoi des grands blessés rencontra un groupe de parachutistes allemands. La nuit tombant, le chef de ce groupe décida d’en finir. Il fit remonter la charrette en direction de la grotte. En contrebas de celle-ci, sur un terre-plein, il fit achever les 14 grands blessés sur leur brancard,
L’autre colonne, en direction de Rousset, fut arrêtée par un commandant autrichien. Ce dernier fut injurié par Abdesselem Ben Ahmed, résistant originaire du Maroc, qui le traita de « sale boche ». Refusant de s’excuser, le maquisard fut assommé à coups de crosse de mitraillette et pendu. Les prisonniers furent enfermés dans une ferme abandonnée, les hommes au rez de chaussée, les femmes au 1er étage. Le lendemain 28 juillet, au pont des Oules, en amont du hameau de Rousset, sept ou huit autres blessés furent achevés après avoir été contraints de creuser leur tombe (il semblerait, selon certaines sources, qu’un inconnu puisse faire partie de ce groupe). Grâce à la complicité des soldats polonais blessés incorporés dans la Wehrmacht, plusieurs prisonniers purent s’enfuir : le docteur Ganiméde, sa femme et son fils ainsi qu’une infirmière. Les autres membres du groupe, dont les médecins et les infirmières, furent conduits en camion à Grenoble et internés à la caserne de Bonne où siégeait la Gestapo. Un officier américain Chester Meyers, d’un commando parachuté le 29 juin, eut la vie sauve. Dans la nuit du 10 au 11 août 1944, au Polygone de Grenoble, furent fusillés les docteurs Fischer et Ullmann et l’aumônier, le Père Yves Moreau de Montcheuil.

Exécutés sommairement le 27 juillet après avoir tentés de s’enfuir :
CRETENET Guy
LIOZON Marc
ROSENTHAL Armand
Exécutés le 27 juillet sur le terre-plain en contrebas de la grotte :
AMATHIEU Marcel
BAHR Marcel
CADILLAC René
CHARRAS André
EYMARD Jean
FENEYROL Roger
GUERRY Roland
JEAN Charles
JULLIEN Jean
LOCATELLI Joseph
MOULIN Gabriel
ROCH Georges
ROUHAUD Jean
WALPERSVYLERS Paul
Exécuté le 27 juillet sur le trajet du hameau de Rousset :
BEN AHMED Abdesselem
Exécutés le 28 juillet, au pont des Oules, en amont du hameau de Rousset :
BAIGNEUX Albert
BILLON Francis
BOURGUND René
DELVALLE Fernand
HERVE Édouard
MARINUCCI Vittorio
ROBERT Georges
Inconnu
Fusillés dans la nuit du 10 au 11 août 1944, au Polygone de Grenoble :
FISCHER Ladislas*
MOREAU DE MONTCHEUIL Yves
ULLMANN Marcel
MALOSSANE Odette (née le 27 juillet 1919 à Cléreux, Drôme) fut déportée avec les six autres infirmières par le convoi parti de Lyon (Rhône) le 11 août 1944 et arrivé à Ravensbrück le 22 août 1944. Elle y mourut le 25 mars 1945.
Une stèle commémorative fut dressée sur le parc de stationnement de la Grotte de La Luire avec l’inscription suivante « le 27 juillet 1944, les Grands Blessés soignés à l’Hôpital du Maquis replié à la Grotte de la Luire, furent transportés ici et achevés sur leur brancards ».
Depuis le 20 mai 1946, le site a été classé au Patrimoine National et est toujours le lieu de cérémonies mémorielles.
Auteurs : Robert Serre
Sources
AD Rhône, 3808 W 313, 3808 W 323, 3808 W 328. ADD 132 J 59. Rosine Crémieux, la Traîne sauvage, souvenirs, Flammarion, 1999. Cécile Goldet, Lest we forget, plaquette publiée en Amérique en 1948. Béatrix de Toulouse-Lautrec Ravensbrück, Les cahiers du Rhône, n° 65, décembre 1946, éd. La Baconnière, Neuchâtel, 1945. Collectif, Le Vercors raconté par ceux qui l’ont vécu. La Picirella, Témoignages. Escolan et Ratel, Guide-mémorial du Vercors résistant. Colonel Richard Marillier, Vercors, 1943-1944, Le malentendu permanent, éditions de l’Armançon, 2003. Pour l’amour de la France. Gilles Vergnon, Ida Guillet-Malossane, Dis-moi, Mamie, Mémoires d’une grand-mère du Royans-Vercors, éditions à Die/MPT Saint-Jean-en-Royans, 1993. Pons, Ladet. Tragédie de la Déportation, 1940-1945, Témoignages de survivants des camps de concentration allemands, choisis et présentés par Olga Wormser et Henri Michel, Hachette, 1955. Documents pour servir à l’histoire de la guerre, Camps de concentration, service d’information des crimes de guerre, Office français d’édition, Paris 1946. Robert Serre, De la Drôme aux camps de la mort, les déportés politiques, résistants, otages, nés, résidant ou arrêtés dans la Drôme, éd. Peuple Libre / Notre Temps, avril 2006


