Pinar Selek, récompensée puis condamnée
Le « Prix 2019 de la Culture Méditerranéenne » récompense « une intellectuelle d’envergure internationale … » mais l’annulation de l’acquittement de Pinar Selek en 2014, la remet en danger.
APPEL À SOUTIEN ET SOLIDARITÉ AVEC PINAR SELEK, VICTIME DE HARCÈLEMENT JUDICIAIRE EN TURQUIE
Mandat d’arrêt international et nouvelle annulation de son acquittement, Solidarité avec Pinar Selek – Communiqué commun à l’initiative de la LDH et de l’Acort
Le 21 juin 2022, l’agence de presse officielle turque a annoncé l’annulation, par la Cour Suprême de Turquie, du quatrième acquittement de Pinar Selek qui avait été prononcé le 19 décembre 2014. Pinar a été condamnée à la prison à perpétuité et un mandat d’arrêt international a été délivré à son encontre. Avant ce dernier rebond judiciaire, Pinar a comparu dans le cadre de trois procédures, qui ont toutes constaté son innocence.
Emprisonnée et torturée pour ses recherches sociologiques sur les Kurdes, les trans, les objecteurs de conscience, les enfants à la rue, les prostituées… qui gênaient le pouvoir turc, celui-ci a décidé de faire d’elle une « terroriste ».
En 1998, à la suite de l’explosion d’une bonbonne de gaz au marché aux épices (« le marché égyptien ») d’Istanbul, l’écrivaine est accusée d’avoir posé cette bombe et elle a été emprisonnée pendant deux ans et demi. Cet acharnement politico-judiciaire du pouvoir turc, qui dure depuis 25 ans, s’inscrit dans un contexte de répression inouïe visant toutes les personnes qui défendent la démocratie et l’Etat de droit. A quelques mois d’élections cruciales pour le régime, les plus hautes instances judiciaires aux ordres du pouvoir veulent faire taire toute velléité de contestation.
Nous le refusons comme nous refusons que l’écrivaine et sociologue soit une fois de plus victime d’un pouvoir autoritaire et liberticide. Nous refusons qu’elle soit la victime collatérale d’une politique de complaisance des pays européens à l’égard d’un tel régime qui sévit en Turquie.
Nous affirmons notre solidarité non seulement avec Pinar mais également avec l’ensemble des minorités et des démocrates de Turquie.
Défendre Pinar Selek, c’est se tenir aux côtés de toutes celles et tous ceux qui sont victimes d’abus, de répression, de terreur… Nous exprimons notre solidarité pleine et entière avec celles et ceux qui se sont engagés pour les droits des femmes, des LGBTQI, des minorités (Alévis, Arméniens, Kurdes…) persécutées en Turquie.
Une délégation assistera, au nom des signataires, au procès du 31 mars 2023, à Istanbul, et d’ici là nous demandons :
au gouvernement français de prendre toutes les mesures de protection et de sécurité pour Pinar Selek, citoyenne franco-turque, et d’adresser une protestation officielle auprès des autorités turques ;
aux autorités turques, d’annuler immédiatement et sans condition la condamnation à perpétuité de Pinar Selek et de mettre fin au harcèlement judiciaire ininterrompu dont elle est victime.
Nous invitons l’ensemble des démocrates et progressistes à participer à la conférence de soutien à Pinar Selek qui aura lieu le mercredi 29 mars 2023, à l’auditorium de l’Hôtel de ville de Paris.
Premiers signataires :
L’Acort (L’Assemblée citoyenne des originaires de Turquie), Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA), Alliance des femmes pour la Démocratie, Amnesty International France, APEL Egalité, Association française de sociologie, Association des sociologues enseignant-e-s du Supérieur (ASES), Collectif d’organisations de solidarité internationale et de mobilisation citoyenne (Crid), Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (Cedetim), La Cimade, Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Editions des femmes-Antoinette Fouque, Editions iXe, Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), Fédération syndicale unitaire (FSU), La Fondation Danielle Mitterrand – France Libertés, Habitat & Citoyenneté, Le Planning Familial, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Ligue des femmes iraniennes pour la démocratie, Marche mondiale des femmes France, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Osez le féminisme, Réseau EuroMed France, Snesup-FSU, Sud Education, Sud Recherche EPST, Union syndicale Solidaires
Autres signataires : Association pour la démocratie à Nice (ADN), RESF06
Signature de votre organisation à envoyer au mail direction@ldh-france.org
Paris, le 3 février 2023
……………………………
2019 : Profondément touchée par cette reconnaissance, Pinar Selek a dédié son prix à toutes les femmes exilées comme elle, tout particulièrement à celles qui ne sont pas visibles. Et aussi à toutes les lucioles qui bravent les frontières, les forteresses, les fascismes, les violences et qui transforment le monde par leurs solidarités concrètes, par leurs poésies et leurs philosophies émancipatrices.
« Autour de notre Méditerranée, la criminalisation de la mobilité des opprimé.es se traduit par des corps glacés, des corps morts, des corps qui ne rêvent plus, ou par des esclaves sans protection, sans droit, au cœur de l’Europe occidentale.
A cause de mes écrits et de mes positionnements en faveur des libertés, parce que j’ai dénoncé le génocide des Arméniens et toutes les violences nationalistes, militaristes et sexistes, j’ai du quitté mon pays mais je n’ai pas quitté la Méditerranée : je continue mes combats à Nice. Comme disait Virginia Wolf, en tant que femme, je n’ai pas de pays, je ne veux pas de pays national. Mon pays c’est le Méditerranée et je vais faire mon possible pour que la tragédie humaine s’arrête, pour que règne la justice, la liberté et la solidarité.
Deux mondes se livrent une lutte infernale. Le monde des oppresseurs, des dominants qui ont les armes, les prisons, l’argent. Le monde des lucioles qui défendent et qui créent la vie, la beauté, la poésie.
Je suis fière de faire partie du monde des lucioles. Qui tirent la lumière de leurs rêves et qui éclairent quand il fait nuit. Je suis ici en tant que femme réfugiée, en tant qu’écrivaine, en tant que militante, en tant que chercheure, en tant que méditerranéenne. Par mes écrits et actions, j’essaie de résister …. Et de contribuer à la construction d’une contre-culture basée sur la solidarité, la liberté et la justice.
Je sais que c’est difficile. Oui, mais comme le proposait Antonio Gramsci, allier le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté peut libérer une puissance magique. Je sens cette magie dans les chemins que je poursuis.
Au nom de toutes les lucioles méditerranéennes, au nom de ces sorcières qui jouent avec la magie, je vous remercie pour cet encouragement. »

La franco-turque réfugiée à Nice, Pinar Selek, va recevoir le « Prix 2019 de la Culture Méditerranéenne »
« Une distinction qui récompense « une intellectuelle d’envergure internationale qui se distingue par son œuvre en faveur du dialogue entre les différentes expressions culturelles de la Méditerranée ».
Les derniers prestigieux lauréats sont, entre autres, le prix Goncourt Tahar Ben Jelloun, l’écrivain israélien David Grossman, ou l’académicien Amin Maalouf. Pinar Selek est la lauréate de la 13e édition. »
Pinar Selek est sociologue-docteure en science politique, écrivaine et féministe [1]
Un long parcours :
http://section-ldh-toulon.net/acharnement-judiciaire-contre,5223.html
http://section-ldh-toulon.net/solidarite-avec-Pinar-Selek.html
http://section-ldh-toulon.net/Pinar-Selek-doit-etre.html
http://section-ldh-toulon.net/le-cauchemar-de-Pinar-Selek.html
Notes
[1] https://www.nicematin.com/culture/la-franco-turque-refugiee-a-nice-pinar-selek-va-recevoir-le-prix-2019-de-la-culture-mediterraneenne-418935
– 2-La section de la Ligue de droits de l’Homme ( humain ) se réveille à Die. Une réunion est organisée cet automne. Joindre mediascitoyensdiois@gmail.com qui fera suivre.
Ou 04 75 21 00 56 qui fera suivre à Michel Léon. Michel LEON : leonmic(@)orange.fr
Ah Die donc, on découvre l’Albanie. Le Festival Est-Ouest de Die accueille les défricheurs du nouvel art albanais.
Jean-Pierre THIBAUDAT
le 22 septembre 1995 née le section LDH de Die. Philippe Serpault, André Lelièvre+, Martine Malaterre, Jean Victor Malaterre, Nicole Moulon+, Claude Veyret, Anne Tesson et d’autres… en furent les principaux animateurs. Elle démarra sur les violences policières contre Ton Vinck, ( animateur du festival Est-Ouest de Die ) lors de son retour d’Albanie par la gendarmerie. Et la mobilisation des Dioises et Diois. Elle a 28 ans et toutes ses dents…
Festival Est-Ouest de Die, place de l’Evêché, 26150 Die
Les Victimes du devoir de Ionesco, mise en scène de Arben Kumbaro, en langue albanaise, les 21, 22 et 23 septembre, 21 heures, TILF, pavillon du Charolais, parc de La Villette à Paris. Tél.: 40.03.93.95 Die, envoyé spécial.
Au pied du Vercors, Die pourrait mener une vie de retraités en sirotant de la clairette et attendre comme chaque été la transhumance des Néerlandais. Il n’en est rien. Die fait de la résistance. Grâce à quelques délurés dont le premier, Ton Vink, un… Néerlandais, organise depuis sept ans dans cette bourgade de 5.000 habitants de la Drôme un Festival Est-Ouest. Chaque automne, à l’heure des vendanges («il faut confronter l’art au boulot» plutôt qu’au farniente estival, explique Vink), Die foule un pays de l’Est et, chaque fois, c’est le pied.
Après la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie et la Bulgarie et avant la Moldavie, une centaine d’artistes venus d’Albanie ont pris le chemin de Die. Autour de Ton Vink, une centaine de bénévoles assurent l’intendance, l’accueil et la réussite de ce Festival sur lequel se sont greffés un Salon du livre d’Europe centrale et orientale, organisé par l’association Traverses que préside la veuve de l’écrivain Georges Navel, et des Rencontres européennes réunissant, actuellement et pendant cinq jours, des «jeunes intellectuels» et leurs aînés venus de toute l’Europe (et surtout celle de l’Est) autour d’un thème d’actualité: «Des démocraties populaires aux démocraties libérales».
La genèse de ce Festival mérite le détour. Professeur d’éducation physique, Ton Vink quitte les Pays-Bas avec femme, enfants et vélos à la fin des années 70 parce que la famille est asthmatique. Direction Die: «Le climat y est plutôt sec» et la ville, «à la limite de la Provence et des Alpes, un paradis». Un sportif qui organisait une course à pied en côte entre Die et le col de Rousset songe à la retraite; Vink prend le relais, organise bientôt une Coupe du monde de cette spécialité très athlétique. Et, soucieux d’associer l’harmonie du corps, les joies de l’art et les exploits de l’esprit, programme des concerts, des expos… dans la foulée de la course à pied.
Cherchant du côté de la Tchécoslovaquie des coureurs venus de l’Est, il tombe sur des intellectuels tchèques émigrés comme Antonin Liehm (la Lettre internationale) et Karel Bartosek (la Nouvelle Alternative), les invite ainsi que le quatuor Kocian, les films de Menzel. Les salles sont pleines, Bartosek exulte, Die et le Diois en redemandent.
Nous sommes en 1989, le pli est pris, le Festival ne fera que grandir. Et, comme un fait exprès, l’Europe de l’Est connaît un sérieux charivari. En 1990, c’est la Pologne avec, parmi d’autres, le cinéaste Krysztof Kieslowski qui n’est pas encore la coqueluche occidentale. C’est aussi l’année des premières Rencontres européennes intitulées «Où en est la gauche en Europe centrale et orientale?». Au fil des ans, le Festival a tissé un réseau de relations exceptionnel avec l’est de l’Europe. De plus, pendant l’année, Die est un point de ralliement d’artistes venus de l’Est qui ont plaisir à y revenir pour exposer, jouer, bavarder.
En cette année 1995, Ton Vink n’a toujours pas quitté son métier de professeur d’éducation physique (il s’occupe de formation, mais est aussi prof de judo pour enfants et handicapés mentaux), il a également mis sur pied une entreprise de plantes aromatiques pour améliorer l’ordinaire des paysans de la Drôme, mais veut garder le maximum de temps pour le Festival Est-Ouest.
Du temps, il lui en a fallu pour mener à bien son expédition albanaise. Vink est allé quatre fois dans ce pays, «en cherchant prioritairement dans la marge des gens intéressants», mais le ministère de la Culture albanais voulait être son seul interlocuteur. Avant d’avoir fait sa révolution, l’Albanie a souffert du plus grand des isolements et de la plus redoutable des dictatures, si bien que la bureaucratie, le culte de la personnalité, la notion d’art officiel tirent encore plus d’une ficelle.
Au début, on a dit non à tout ce que proposait Vink (tel chanteur de rock parce qu’il s’exprimait en anglais, tel chorégraphe parce qu’il était trop contemporain et pas assez folklorique, etc.): le Néerlandais de Die n’a pas cédé. Et n’a fait, diplomatiquement, qu’une ou deux concessions mineures. Son programme est remarquable: de l’Albanie d’autrefois photographiée par les extraordinaires frères Marubi (une collection de la photothèque de Shkodar sauvée du désastre par Patrimoine sans frontières que l’on a pu voir seulement à Beaubourg) aux Albanais d’aujourd’hui saisis par Jutta Benzenberg, en passant par l’éternité un peu trop belle de Girokaster (photos Etienne Revault), la ville natale d’Ismaïl Kadaré. L’auteur d’Avril brisé, figure (un peu trop) tutélaire de la littérature albanaise, est venu à Die tout comme Besnik Mustafaj (devenu ambassadeur d’Albanie à Paris) et d’autres écrivains et poètes de langue albanaise moins connus ou plus jeunes; la revue la Main de singe en a profité pour leur consacrer son dernier numéro (1) et l’Esprit des péninsules pour traduire Terre sans continent, des poèmes de Preç Zogaj (2).
Die a mis en évidence les lignes de force d’un nouvel art albanais. Nous avons déjà parlé (Libération du 15 décembre 1993) d’Arben Kumbaro, jeune professeur à l’Académie des arts et metteur en scène, dont le Godot constitua le signe fort d’un renouveau et d’un appel d’air. Il était à Die avec un nouveau spectacle, les Victimes du devoir, de Ionesco, que Gabriel Garran a la bonne idée d’accueillir à Paris. Jouée par des élèves metteurs en scène de l’école de Tirana, le spectacle albanisé par Kumbaro a défrayé la chronique dans son pays. Parce qu’un des personnages y apparaît pudiquement nu (signifiant par là même au spectateur albanais qu’il vaut mieux ne pas se voiler la face devant la dure réalité), le spectacle, après quelques représentations, a été, de fait, interdit (on a prétexté que la salle était «prise»). Presse divisée, pétition de soutien, etc. Le président albanais Berisha s’en est mêlé, donnant raison à Kumbaro.
Mettant en scène un policier, un poète et un couple, la pièce de Ionesco offre un bon miroir (biseauté par la mise en scène qui dédouble le personne de Choubert, ajoute un Arlequin tragique et une dame à la beauté éternelle) à une Albanie ex-pays totalitaire de la pire espèce, féru en aliénation et en interrogatoires musclés. Le spectacle oscille entre la dérision, la confession et l’exorcisme. Du bon travail.
Edi Rama (né en 1964) est aux arts plastiques albanais ce que Kumbaro est au théâtre. Il exposait sur l’une des places de Die une demi-sphère couverte de nippes au look Tati comme en portent bien des Albanais; au centre de la demi-sphère, dans l’obscurité, un écran vidéo présentait des vues de ces innombrables (700.000, dit-on) bunkers circulaires en béton dont la paranoïa d’Enver Hodja a couvert le pays, vues accompagnées par les sons langoureux de chansons d’amour. Une oeuvre manifeste toute en tendresse et impertinence. Et on pouvait mesurer l’étendue du talent de Rama (séjournant actuellement et pour un an à la Cité internationale des arts de Paris) en grimpant dans la tour de Purgon dominant Die où étaient exposées plusieurs de ses oeuvres. Le soir, après le spectacle de Kumbaro, un élève de ce dernier, Saïmir Braho, donnait un concert de rock avec son groupe Ritfolk, le premier du genre en Albanie. Braho écrit ses textes en anglais et en albanais, joue de la guitare et chante. Un vrai talent qui, lui aussi, ouvre une brèche dans le paysage, longtemps assoupi à force d’être bâillonné, de l’art albanais.
Il y avait bien d’autres manifestations, des films au joli et très actif cinéma Pestel, de nombreux débats (3) avec des Albanais (mais aussi des Tchèques, des Slovaques, des Moldaves, etc.), à Die mais aussi à Crest et dans tout le Diois. Adi Rama était venu il y a trois ans aux Rencontres européennes. Il avait été étonné par la ferveur des discussions, l’ambiance qui régnait à Die, la façon dont les bénévoles se dépensaient sans compter. Rama était reparti gonflé à bloc. Il est là cette année avec ses oeuvres. Die est ce lieu de croisement et de tressage sans doute unique en Europe né de la volonté opiniâtre d’un homme des polders qui a, depuis longtemps, le regard tourné vers l’Est.
(1) Editions Comp’Act, 75 F.
(2) 66 pp., 75 F.
(3) France Culture consacre plusieurs émissions à ce festival, dont le Pays d’ici, jusqu’au 22 septembre, en direct de 17h30 à 18h30.