« Tout le monde préfère la démocratie à la dictature »

À l’occasion de la sortie en français de son ouvrage Spin Dictators: The Changing Face of Tyranny in the 21st Century (Spin dictators – Le nouveau visage de la tyrannie au XXIe siècle, Éditions Payot), co-écrit avec le politologue américain Daniel Treisman, le directeur de la formation et de la recherche de Sciences Po, économiste de renommée internationale, Sergei Guriev fait le point sur les dictatures contemporaines, leurs particularités, leurs liens avec les moyens de communication moderne et avec les grandes puissances démocratiques.
À noter que l’expression spin dictators est inspirée des spin doctors, ces conseillers en communication qui influencent l’opinion publique en composant l’image d’une personnalité politique. Comme les spin doctors, les spin dictators (ou “dictateurs de la manipulation” en français) profitent d’un système en place pour manipuler les sociétés des États qu’ils dirigent, à partir des moyens de communication (explications par le traducteur de l’ouvrage pour les Éditions Payot, Johan-Frédérik Hel-Guedj).
Quels sont les leviers de répression que les dictateurs contemporains utilisent et qui les dispensent de l’usage de la violence et de la terreur directes employées par les tyrans du XXe siècle ?
La principale différence entre les dictateurs du XXe et du XXIe siècle est que la plupart des dictateurs d’aujourd’hui, à l’exception des régimes syrien et de Corée du Nord, prétendent être des démocrates. Ils ne se réfèrent pas à de grandes idéologies telles que le nazisme ou le bolchevisme, comme le faisaient les dictateurs du XXe siècle – les dictateurs de la peur.
Pour se faire passer pour des démocrates, ils doivent éviter de recourir à la violence de masse. Ils lui préfèrent une répression dissimulée, ce qui signifie que chaque fois qu’ils mettent leurs opposants politiques en prison, ils le font dans le contexte d’accusations non politiques. Alexei Navalny en est un exemple typique : lorsqu’il a été assigné à résidence, puis emprisonné, c’était sous des accusations de détournement de fonds et de fraude.
Les spin dictators s’appuient sur une répression limitée, une “coercition à faible intensité” : si vous mettez trop de gens en prison, tout le monde comprendra que vous n’êtes pas un démocrate. Ainsi, dans ces dictatures, les prisonniers politiques ne sont pas officiellement comptabilisés comme tels et le nombre de prisonniers politiques a considérablement diminué. Dans les régimes antérieurs, les dictateurs tuaient leurs opposants politiques pour terroriser les autres membres de l’opposition et l’ensemble de la société. Aujourd’hui, lorsqu’ils tuent des opposants politiques (ce qu’ils font encore, parfois), ils nient leur implication.
En bref, les spin dictators utilisent la répression de manière très ciblée tout en niant le faire.
Les dictatures modernes sont-elles aussi efficaces que celles du XXe siècle ?
Ce que nous expliquons dans le livre, c’est que dans le contexte actuel, les dictatures de la manipulation d’aujourd’hui sont plus efficaces que ne l’étaient les anciennes, en raison de ce que nous appelons le « cocktail de la modernisation ». La modernisation apporte aux dictateurs et à leur pays des bénéfices économiques. Si vous tuez ouvertement vos opposants, il est beaucoup plus difficile d’aller à Davos et de négocier avec des dirigeants démocratiques et des entreprises internationales.
Le monde est également beaucoup plus transparent : si vous torturez quelqu’un, vous savez que cela peut être montré à la télévision dans le monde entier. Il est donc devenu plus difficile d’utiliser les anciennes méthodes. En outre, les avantages liés à l’utilisation des nouvelles méthodes de dictature sont plus importants, car tout en continuant de réprimer leur opposition et de garder le contrôle, les spin dictators ont accès à l’économie mondiale, ce qui est un avantage comparatif majeur.
Face à ces nouveaux dictateurs, les élites semblent être de meilleurs garde-fous que les institutions politiques. Quels rapports ces nouveaux dictateurs entretiennent-ils avec les élites de leurs pays ? Comment essaient-ils de les contrôler ?
Dans ces pays, les personnes éduquées, les diplômés de l’université, sont beaucoup plus susceptibles d’être conscients de la réalité de la situation. Ils comprennent qu’ils ne sont pas dans une démocratie et qu’il y a de la censure. Dès lors, l’objectif des dictateurs est de s’assurer – par la carotte et le bâton – que ces citoyens informés ne communiquent pas leurs connaissances au reste de la population.
Pour les faire taire, ils peuvent soudoyer les médias d’opposition, comme l’ont fait Fujimori au Pérou ou Orban en Hongrie, ou recourir à une répression ciblée des journalistes et des élites, ou encore soudoyer les élites pour qu’elles sachent que le régime leur est favorable. Toutefois, lorsque ces régimes ne vont pas bien sur le plan économique, ce qui arrive régulièrement car ils sont à bout de souffle, ils doivent recourir à une répression limitée plutôt que soudoyer leurs opposants potentiels.
Peut-on qualifier tous les tyrans du XXIe siècle de populistes ?
Le récit anti-élite est un récit populiste, mais tous les dictateurs ne sont pas populistes et tous les populistes ne sont pas des dictateurs. Certains sont les deux à la fois, comme Viktor Orban.
Un dictateur populiste s’en prend généralement à une partie de l’élite (les citoyens pro-occidentaux éduqués, les hommes et femmes d’affaires, les journalistes, les experts, les juges, les avocats, les activistes…) qu’il désigne comme étant « corrompue » et « cosmopolite ». Il harcèle la partie de l’élite qui comprend que le pays va dans la mauvaise direction et lui reproche de ne pas être “représentative » du peuple du pays et d’être trop « déracinée ». C’est cela le discours populiste typique.
Mais il faut bien garder à l’esprit que les spin dictators ont toujours besoin d’une partie de l’élite pour les aider à gouverner. Ils ont besoin de personnes éduquées pour assurer la croissance économique. Dans les sociétés industrielles du XXe siècle, les dictateurs avaient besoin d’ouvriers pour assurer le développement économique, mais aujourd’hui, le développement économique dépend de diplômés des universités pour créer de nouveaux secteurs d’activité de pointe.
Il y a également des dictateurs qui ne sont pas populistes : Lee Kuan Yew de Singapour, a été pionnier de ce modèle. Ces spin dictators utilisent toujours la corruption, la censure et une coercition à faible intensité, mais ils n’ont pas recours à la narration populiste.
Certains dirigeants populistes veulent devenir des spin dictators mais échouent. Berlusconi et Trump voulaient suivre la voie empruntée par Orban ou Erdogan, mais les citoyens de leurs pays ont relevé le défi et défendu les institutions démocratiques. Au moins jusqu’à présent, l’Italie et les États-Unis sont restés des démocraties.
Enfin, certains populistes ne sont pas des dictateurs : le parti populiste Syriza a dirigé la Grèce pendant quatre ans, puis, lorsqu’il a perdu les élections, il s’est simplement retiré.
Quel rôle jouent les réseaux sociaux et les nouveaux outils numériques dans la manipulation de l’information, voire l’endoctrinement, à laquelle procèdent les dictateurs contemporains ?
Ceux qui disent qu’Internet est une technologie de désinformation ont raison : il est utilisé par les dirigeants populistes pour gagner du soutien. Pourtant, ceux qui disent qu’Internet est une technologie de libération ont également raison : il est beaucoup plus difficile de censurer les médias sociaux que les médias traditionnels, et dans de nombreux pays non démocratiques, les médias sociaux contribuent à accroître la responsabilité et la transparence – et à organiser l’opposition.
Même Poutine n’a pas complètement censuré YouTube, car cela serait largement impopulaire. Ainsi, en Russie aujourd’hui, l’opposition et les militants peuvent utiliser les réseaux sociaux. Alexander Navalny, par exemple, avait une chaîne Youtube qui avait commencé à concurrencer la télévision officielle et la propagande, ce qui est probablement la principale raison pour laquelle il a été empoisonné.
Il est très difficile de fermer les réseaux sociaux : il faut une dictature très forte comme le régime chinois (qui n’est ni une dictature de la peur traditionnelle du XXe siècle ni une dictature de la manipulation mais plutôt une dictature digitale très sophistiquée). Le régime russe a été très innovant en utilisant des usines de trolls et en interférant avec les élections aux États-Unis ou les élections françaises de 2017. Leur rapport aux réseaux sociaux est donc ambigu : c’est une menace pour eux, mais ils en ont quand même besoin.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie est accompagnée par un renforcement de la propagande du régime de poutine, qui donne l’image d’un peuple russe favorable à cette guerre. Qu’en est-il vraiment ?
En 2022, Poutine a fait évoluer la Russie d’une dictature de la manipulation vers une dictature ouvertement répressive. La propagande a atteint un autre niveau, la censure est désormais totale. Juste pour avoir qualifié la guerre de guerre, les gens vont en prison pendant plusieurs années. Tous les médias indépendants sont fermés. Facebook et Instagram sont bloqués.
C’est un régime au sein duquel les sondages ne sont absolument pas fiables. La propagande qui dit que tous les Russes sont en faveur de la guerre est fausse, nous n’avons pas cette information. L’une des façons de savoir ce que pense vraiment le public est de poser des questions indirectes : par exemple, en Russie, les sondeurs ne peuvent pas demander si les gens sont en faveur de la guerre ou non, mais ils peuvent demander si le budget du gouvernement doit accorder la priorité aux dépenses en matière d’éducation, de santé, de défense, etc. À cette question, seul un tiers des Russes interrogés ont répondu « défense et guerre ».
Vous sentez-vous optimiste quant à l’avenir? Quel devrait être le rôle des démocraties dans la lutte contre les spin dictatures ?
Nous concluons sur une note optimiste, ce qui n’est pas facile cette année. Si les spin dictators se font passer pour des démocrates, c’est parce qu’ils n’ont pas de meilleure idée. On parle beaucoup d’attaques contre la démocratie, mais la démocratie reste le mode de gouvernance le plus populaire. Tout le monde préfère la démocratie à la dictature, et ce n’est pas qu’une affirmation abstraite : les peuples passent très rarement d’un pays démocratique à une dictature, c’est presque toujours l’inverse. C’est quelque chose dont il faut se souvenir : la démocratie reste le modèle que tout le monde préfère.
Ma première recommandation concernant nos relations avec les dictatures de la manipulation est ce que nous appelons «l’engagement contradictoire» : nous disons aux spin dictators que nous savons qu’ils sont des dictateurs, mais nous essayons de nous engager avec leur société civile (par exemple par le biais d’échanges d’étudiants, en faisant des affaires avec des entrepreneurs légitimes, en parlant à des militants, des juges et des experts…). Plus la classe éduquée et la société civile sont fortes, plus il est difficile pour les dictateurs de rester au pouvoir, mais ils laissent faire en raison des avantages économiques.
Nous devrions également balayer devant notre propre porte et enquêter sur les « facilitateurs » de ces régimes tels que les anciens politiciens, les consultants en relations publiques, les avocats, les banquiers d’investissement dans les pays démocratiques occidentaux, qui agissent en tant qu’agents d’influence des dictateurs. Ils devraient au moins être humiliés par les pouvoirs démocratiques, ou mieux encore, poursuivis – car nombre d’entre eux sont en fait impliqués dans le blanchiment d’argent et d’autres activités illégales.
Enfin, nous devons défendre les organisations internationales. Par exemple, la Russie présidait le Conseil de sécurité des Nations unies il y a à peine deux mois. La Turquie est membre de l’OTAN. La Hongrie fait partie à la fois de l’OTAN et de l’UE. Nous devons réformer les institutions internationales pour protéger un ordre mondial respectueux des lois. Ce n’est peut-être pas facile, mais nous devons garder à l’esprit les risques que ces régimes représentent pour nous si nous ne les maîtrisons pas.
https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/spin-dictators-9782228933346
Les dictatures dans le monde
Francis Fukuyama, philosophe et économiste américain, indiquait dans son ouvrage La fin de l’histoire et le dernier homme que la fin de la guerre froide marquait le triomphe idéologique de la démocratie, et du libéralisme sur les autres idéologies politiques, dont les dictatures. Ce triomphe signifiait que, tôt ou tard, l’ensemble des nations convergerait vers un idéal démocratique. Or, aujourd’hui, force est de constater que de nombreuses dictatures perdurent toujours dans certains pays. Prenons quelques exemples parmi les dernières dictatures dans le monde pour illustrer notre propos.

Avant toute chose, donnons une définition claire de la dictature. Une dictature est un « régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (ex : une junte) qui l’exercent sans contrôle, de façon autoritaire » (définition Larousse). Les régimes dictatoriaux arrivent à fermer leur pays à toute influence étrangère, et à maintenir une mainmise constante sur la population, par une propagande intense et une censure de l’information. Depuis ce graphisme, l’Inde est tombée dans les dictatures.
Indice de démocratie de 2022 par The Economist
Aujourd’hui, les dictatures sont principalement présentes en Afrique et en Asie. Elles sont recensées depuis 2006 par le groupe de presse britannique The Economist, qui utilise un indice de démocratie pour évaluer le niveau de démocratie des pays du monde. Cet indice repose sur l’existence d’un processus électoral, le pluralisme, l’exercice des libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique. À ce sujet, tu peux lire notre article sur le classement des pays par indice de démocratie .
Kim Jong-Un, un dictateur menaçant la paix mondiale
L’effigie de la dictature
Lorsque l’on pense aux dictatures actuelles, la première venant à l’esprit est souvent la Corée du Nord. Le pays est actuellement dirigé par Kim Jong-Un, troisième membre de la dynastie des Kim, laquelle administre le pays depuis 1948. Doté des pleins pouvoirs sur les décisions politiques et économiques du pays, dirigeant incontesté et célébré par son peuple lors des évènements officiels, Kim Jong-Un est l’archétype du dictateur. Utilisant massivement la propagande pour garder le soutien de son peuple (et ce par un embrigadement dès l’école), arrêtant tous les potentiels opposants au régime, il a réussi à garder une complète mainmise sur son pays. Tous les éléments qui constituent une dictature sont réunis.
La dynastie des Kim a su limiter l’influence étrangère et a notamment refoulé l’idéologie libérale américaine. Protégée par des alliés de poids (la Russie (depuis l’élection de Vladimir Poutine), et surtout, la Chine), la dictature nord-coréenne a toujours cherché à établir sa propre défense militaire vis-à-vis des autres puissances, notamment les États-Unis.
Le nucléaire en Corée du Nord
Cette défense consiste principalement en l’acquisition d’armes nucléaires via un programme de recherches qui a débuté dès 1965. Ce programme, dénoncé par les Occidentaux, a pu être mené à bien grâce à la fois à la bienveillance de son allié chinois, protégeant la Corée du Nord de trop lourdes sanctions votées au Conseil de Sécurité de l’ONU, mais également grâce à une diplomatie alternant les menaces verbales et l’apaisement diplomatique. Cette stratégie a rendu les Occidentaux très hésitants voire frileux quant à envisager une attaque contre la Corée du Nord, ce qui a permis au régime dictatorial de gagner du temps pour développer son programme nucléaire en toute impunité.
La déclaration surprenante et historique entre les 2 Corées (Panmunjom, 27 avril 2018) prévoit notamment de mettre en place un régime de paix, mais également de dénucléariser toute la péninsule coréenne. Cette déclaration est-elle réellement une volonté de coopération, ou est-ce un nouveau procédé pour la Corée du Nord de gagner du temps afin d’améliorer et de renforcer son arsenal nucléaire ?
Depuis deux ans, la santé du dictateur inquiète. Le quarantenaire, déjà atteint d’obésité et de gouttes, aurait des problèmes de santé bien plus important. En effet, certaines sources évoquent une opération du coeur, ainsi qu’une santé fragile du dictateur nord coréen. Néanmoins, cette nouvelle est a prendre avec des pincettes étant donné qu’aucune information n’a été confirmée.
Les dernières dictatures d’Asie Centrale
Le Turkménistan, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan et le Tadjikistan, sont également considérés comme des pays où sévit la dictature.
Dirigés par des leaders constamment réélus avec plus de 90% des voix et qui ont gardé le culte de la personnalité issu de l’héritage soviétique, ces pays, en plein essor économique, demeurent des régimes autoritaires, gouvernés par des autocrates qui ont placé leurs proches aux postes clés du pouvoir. Il en est ainsi de Nursultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan et réélu avec 97,7% des suffrages en 2015. Sa fille Dinara Kulibaeva et son gendre Timur Kulibaev sont propriétaires de la Halyk Bank, l’un des plus grands établissements financiers du Kazakhstan.
La méthode employée par les dictatures d’Asie Centrale s’appuie également sur la corruption. Ces régimes dictatoriaux s’achètent des alliés pour blanchir leur image à l’international et asseoir le pouvoir de leurs dirigeants. Parmi ces régimes dictatoriaux, l’Azerbaïdjan obtient la palme dans le domaine : la dictature de Bakou a obtenu en 2013 le rejet par le Conseil de l’Europe d’une résolution liée à un rapport alertant sur la détention de prisonniers politiques dans le pays.
La Biélorussie : dernière dictature d’Europe
La dernière dictature d’Europe se situe en Biélorussie. Ancien apparatchik du régime soviétique, Alexandre Loukachenko est à la tête du pays depuis 1994, en ayant été élu 5 fois avec près de 80% des voix à chaque élection. Ce régime dictatorial s’est durci progressivement, passant des espoirs démocratiques de l’indépendance en 1991 (à la chute de l’URSS), à une dictature s’inspirant du modèle soviétique.
Le régime dictatorial biélorusse a réussi à se maintenir malgré les sanctions économiques de l’Union Européenne et des États-Unis, et cela est en grande partie dû au soutien de la Russie de Vladimir Poutine, premier partenaire commercial de la Biélorussie (47% du commerce extérieur biélorusse s’effectue avec la Russie). La Biélorussie se positionne en outre comme un médiateur entre la Russie et l’Occident (ce qui fut le cas durant la crise Ukrainienne, où les négociations de paix se sont déroulées à Minsk).
En août 2020, les habitants de la dictature biélorusse se sont rendus aux urnes et c’est le dictateur Alexandre Loukachenko qui a été reconduit pour un sixième mandat. Le scrutin a été dénoncé comme frauduleux mais les manifestations colossales qui ont suivi ont été durement réprimées par les forces de l’ordre de la dernière dictature européenne.
Des dictatures sur le continent américain ? L’exemple du Venezuela
Président de la République vénézuélienne depuis 2013, ayant succédé à Hugo Chavez, Nicolas Maduro fait incontestablement figure de dictateur.
Alors qu’en 2015, l’opposition avait remporté les élections législatives et souhaitait l’organisation d’un référendum pour destituer Nicolas Maduro, ce dernier a réussi à convoquer une assemblée nationale constituante à sa solde, afin de modifier la Constitution et de s’octroyer les pleins pouvoirs. Ce succès s’explique en partie par l’absence de réelle réaction internationale, les Occidentaux étant davantage préoccupés par la crise syrienne et la menace de l’Etat Islamique que par le devenir du régime vénézuélien.
Le principal opposant au dictateur vénézuélien, Juan Guaido, s’est auto-proclamé président en janvier 2019. Ce dernier bénéficiait du soutien international mais Nicolas Maduro, allié avec les militaires et la Russie, semble regagner du terrain depuis peu. Depuis l’élection de Joe Biden, le dictateur Nicolas Maduro l’a appelé à « tourner la page », pour entamer une nouvelle ère dans leurs relations diplomatiques. En effet, la dictature latino-américaine est en proie à des embargos et un gel des biens qui contribuent à paralyser son économie, plongeant son pays dans une triple crise profonde.
Les dictatures africaines, l’exemple du Tchad
Un bref historique des dictatures en Afrique
Le continent africain compte une vingtaine de dictatures. On dénombre ainsi 11 présidents africains qui sont à la tête de leur pays depuis plus de 15 ans, comme Idriss Déby, président du Tchad depuis 27 ans (jusqu’à sa mort en 2021), ou encore Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis plus de 20 ans au Congo.
Ces régimes s’appuient très souvent à la fois sur une élite disposant des pouvoirs à la fois politique et économique, mais également sur le soutien d’une ethnie, généralement celle du président au pouvoir. En échange de ce soutien, le président au pouvoir essaye de satisfaire les besoins matériels et de richesses de cette ethnie. Une telle politique est dénommée « politique du ventre » par Jean-François Bayart, politologue français (L’État en Afrique : la politique du ventre).
Le rôle de l’armée dans la dictature tchadienne
L’exemple du Tchad montre assez bien ce qu’est la réalité des dictatures en Afrique. Dès son accession au pouvoir, Idriss Déby s’entoure des membres de son ethnie, les Zaghawa, et les place au sommet de la hiérarchie militaire. Afin de garder un semblant de démocratie, des élections présidentielles ont lieu en 1996, 2001, 2006, 2011, et 2016, donnant à chaque fois Idriss Déby gagnant avec près de 60% des voix dès le 1er tour.
En matière économique, les richesses naturelles du Tchad rendent possible la pérennité de la dictature. Ainsi, au lieu de financer le développement du pays, l’exploitation du pétrole tchadien depuis 2003 a servi à subventionner l’armée tchadienne.
Les dépenses militaires du Tchad ont ainsi été multipliées par 7 entre 2004 et 2008, passant de 35,3 milliards de francs CFA (53 millions d’euros) à 275,7 milliards de francs CFA (420 millions d’euros). La priorité donnée au budget militaire permet à la fois d’assurer la stabilité du régime, mais sert également d’outil diplomatique dans les relations internationales. En effet, l’armée tchadienne sert plus ou moins directement les intérêts occidentaux en Afrique subsaharienne où elle tente de maintenir une stabilité dans la région, évitant ainsi un déploiement trop important et coûteux d’armées étrangères.
En avril 2021, Idriss Déby est décédé et c’est le chef de la junte militaire, Mahamat Déby, le fils d’Idriss Déby, qui s’est proclamé président du Tchad. Celui-ci a désigné le 24 septembre 2021 les membres qui vont composer le parlement temporaire. Cette désignation s’est faite attendre et est contestée par beaucoup, ce qui laisse peser beaucoup d’incertitudes sur l’avenir de la dictature tchadienne.
L’Érythrée, une dictature sanglante et méconnue
Moins connue et médiatisée que les autres dictatures dans le monde, la dictature érythréenne est pourtant une des plus violentes et sanglantes d’Afrique. Elle est dirigée d’une main de fer par le président Issaias Afewerki (dirigeant du parti unique du pays) depuis l’indépendance du pays il y a 24 ans.
Elle s’est progressivement durcie, avec par exemple en 2001, la suppression de tous les médias indépendants et des opposants politiques. Le régime a progressivement installé la terreur en mettant en place un long service militaire obligatoire (officiellement de 18 mois, mais pouvant durer en réalité plus d’une dizaine d’années), ainsi qu’en créant plus de 314 camps de détention dans le pays. La répression menée par le régime est telle que, selon l’ONU, plus de 5000 jeunes par mois fuient le pays en direction de l’Ethiopie ou du Soudan. Ainsi, depuis 2004, sur les 5 millions d’habitants de ce pays, ce sont près d’1 million de personnes qui ont quitté le pays et fui sa dictature.
Ces mouvements migratoires successifs, ainsi que l’instabilité permanente régnant dans la Corne de l’Afrique, sont à l’origine de multiples crises (famines, tensions diplomatiques, troubles ethniques…) ou conflits.
La Birmanie : des dictatures à répétition
Depuis son indépendance en 1948, une succession de dictatures militaires ont secoué la Birmanie. Le 1er février 2021, la junte militaire birmane a pris le pouvoir en Birmanie et Aung San Suu Kyin, qui dirigeait jusqu’alors le pays, a été arrêtée. Ce coup d’État militaire a marqué le retour de la Birmanie sous le joug de la dictature.
Aung San Suu Kyin était un symbole de l’opposition à la junte militaire et de la lutte en faveur de la démocratie. Elle avait initié la transition d’un régime dictatorial à un régime démocratique en 2011. De nombreuses manifestations ont suivi ce coup d’État, mais elles ont été durement réprimées par la junte au pouvoir.
Liste des dictatures actuelles
Comme tu as pu le lire dans cet article, les dictatures sont bien présentes dans notre monde contemporain. Voici une liste des 45 dictatures actuelles.
Liste des 45 dernières dictatures sur les 150 systèmes autoritaires…
| 1 | Talibans (Afghanistan) |
| 2 | José Eduardo dos Santos (Angola) |
| 3 | Ilham Aliyev (Azerbaïdjan) |
| 4 | Prince Salman bin Hamad Al Khalifa (Bahreïn) |
| 5 | Alexandre Loukachenko (Biélorussie) |
| 6 | Haji Sir Hassanal Bolkiah Mu’izzaddin Waddaulah (Brunei) |
| 7 | Évariste Ndayishimiye (Burundi) |
| 8 | Hun Sen (Cambodge) |
| 9 | Paul Biya (Cameroun) |
| 10 | Faustin-Archange Touadéra (République centrafricaine) |
| 11 | Idriss Déby (Tchad) |
| 12 | Xi Jinping (Chine) |
| 13 | Denis Sassou-Nguesso (République du Congo) |
| 14 | Félix Tshisekedi (Congo) |
| 15 | Miguel Díaz-Canel Bermúdez (Cuba) |
| 16 | Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) |
| 17 | Isaias Afwerki (Erythrée) |
| 18 | Ali Bongo Ondimba (Gabon) |
| 19 | Ebrahim Raïssi (Iran) |
| 20 | Kassym-Jomart Kemelouly Tokaïev (Kazakhstan) |
| 21 | Thongloun Sisoulith (Laos) |
| 22 | Mohammed el-Menfi (Libye) |
| 23 | Mohamed Lemine Dhehby (Mauritanie) |
| 24 | Daniel Ortega (Nicaragua) |
| 25 | Kim Jong-un (Corée du Nord) |
| 26 | Abdulsalam Al Murshidi (Oman) |
| 27 | Tamim ben Hamad Al Thani (Qatar) |
| 28 | Vladimir Poutine (Russie) |
| 29 | Paul Kagame (Rwanda) |
| 30 | Salmane ben Abdelaziz Al Saoud (Arabie Saoudite) |
| 31 | Hassan Sheikh Mohamoud (Somalie) |
| 32 | Omar el-Bechir (Soudan) |
| 33 | Mswati III (Swaziland) |
| 34 | Bachar el-Assad (Syrie) |
| 35 | Emomali Rahmon (Tadjikistan) |
| 36 | Vajiralongkorn – Rama X (Thaïlande) |
| 37 | Lobsang Sangay (Tibet) |
| 38 | Recep Tayyip Erdoğan (Turquie) |
| 39 | Gurbanguly Berdimuhamedow (Turkménistan) |
| 40 | Idi Amin Dada Oumee (Ouganda) |
| 41 | émir Mohammed ben Zayed Al Nahyane (Emirats arabes unis) |
| 42 | Shavkat Mirziyoyev (Ouzbékistan) |
| 43 | Nicolás Maduro (Venezuela) |
| 44 | Võ Văn Thưởng (Vietnam) |
| 45 | Rachad al-Alimi (Yémen) |
Ainsi, la fin de l’histoire que semblait promettre Francis Fukuyama semble être encore loin : la persistance de dictatures dans le monde, voire même la transformation de certains régimes autoritaires en véritables dictatures indiquent que l’idéal de démocratie n’a pas triomphé, loin de là.