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Guerre Israël-Palestine : la « marche silencieuse » à l’appel du monde culturel réunit plusieurs milliers de personnes

Le cortège s’est élancé dimanche après-midi depuis le parvis de l’Institut du monde arabe (IMA) pour rejoindre le Musée d’art et d’histoire du judaïsme.

Des artistes et des acteurs du monde culturel ont défilé lors d’une « marche silencieuse » pour la paix au Proche-Orient, à Paris, le 19 novembre 2023. 

Des artistes et des acteurs du monde culturel ont défilé lors d’une « marche silencieuse » pour la paix au Proche-Orient, à Paris, le 19 novembre 2023.

Plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées dimanche à Paris à l’appel du monde de la culture pour une « marche silencieuse » et « apolitique » pour la paix au Proche-Orient. Parmi elles, l’actrice Isabelle Adjani, l’écrivain Marek Halter et l’ancien ministre de la culture Jack Lang, le cortège s’élançant de l’Institut du monde arabe (IMA), qu’il dirige.

« Les gens sont là pour apaiser. Ils ne pensent pas forcément la même chose. Je soutiens à fond cette manifestation d’unité », a déclaré l’ancien ministre à la presse. Parmi les manifestants, peu de jeunes, des personnes portant un brassard blanc ou agitant un drapeau bleu avec une colombe blanche et le mot « peace », a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse sur place.

Avec une grande banderole blanche et sans slogan, le cortège s’est mis en marche vers 14 h 40, très symboliquement depuis le parvis de l’IMA vers le Musée d’art et d’histoire du judaïsme.

« Nous avons opté pour une neutralité absolue en réponse au bruit des armes, à la vocifération des extrémismes », a déclaré à Libération l’actrice Lubna Azabal (Incendies, Le Bleu du caftan), présidente du collectif à l’origine de cette initiative soutenue par 600 personnalités du monde de la culture. Cette manifestation se tient une semaine après la marche contre l’antisémitisme, suivie par 100 000 personnes à Paris.

« Injonctions à choisir son camp »

Samedi, des mobilisations propalestiniennes pour demander un cessez-le-feu immédiat à Gaza ont rassemblé des milliers de manifestants à travers la France. Critiquées pour leur silence face à la guerre Israël-Hamas, les personnalités de la culture ont choisi de manifester « en silence », « une autre façon de s’exprimer parce qu’on n’y arrive pas », a résumé l’actrice Julie Gayet, membre du collectif.

« On a l’envie de pouvoir exprimer notre tristesse et notre sidération depuis le 7 octobre. L’idée est d’avoir une autre voix, de ne pas choisir un camp à détester », a-t-elle souligné. Lubna Azabal, qui dénonce également « les injonctions à choisir son camp », a reconnu avoir eu du mal à attirer les jeunes visages de la musique et du cinéma, qui « ont peur de perdre » leurs abonnés sur les réseaux sociaux et d’« être étiquetés, y compris dans le cadre d’une initiative aussi fédératrice ».

« Je ne veux pas laisser la haine l’emporter, et c’est justement le sens » de cette marche, a pour sa part déclaré la comédienne et réalisatrice Agnès Jaoui, qui a perdu deux membres de sa famille dans les attaques perpétrées le 7 octobre en Israël et qui est sans nouvelles de trois proches pris en otage.

APPIS

 L’émouvant témoignage d’Agnès Jaoui qui a perdu deux membres de sa famille dans le conflit

La comédienne et réalisatrice Agnès Jaoui au festival de Cannes en 2019.

L’actrice et réalisatrice raconte que plusieurs membres de sa famille du côté son père ont été assassinés et kidnappés depuis le début de la guerre opposant Israël au Hamas.

Agnès Jaoui confie ce dimanche que plusieurs membres de sa famille du côté son père ont été assassinés et kidnappés depuis le début de la guerre opposant Israël au Hamas.

L’adolescente Noya Dan, 13 ans, et sa grand-mère Carmela Dan, 80 ans, ont été tuées tandis que les jeunes Erez Kalderon, 12 ans, et Sahar Kalderon, 16 ans, et leur père Ofer Kalderon, 53 ans, ont été enlevés.

« On a appris que les corps de la grand-mère Carmela et sa petite fille Noya avaient été retrouvés à l’entrée de Gaza, grâce à un drone qui a permis de les identifier. On est toujours sans nouvelles d’Ofer, Erez, et Sahar », révèle-t-elle.

« Tristesse infinie »

L’actrice et réalisatrice du Goût des autres raconte qu’ils habitaient au kibboutz Nir Oz, à la frontière de Gaza. « C’est un kibboutz très à gauche, et ma famille y était pacifiste, travaillant avec les Palestiniens et œuvrant pour la paix », précise-t-elle.

« C’était le but du Hamas d’assassiner précisément ceux qui sont pour la paix, et de semer le chaos, dans les corps et les esprits », complète la comédienne qui refuse de se « laisser entraîner dans la haine ».

Agnès Jaoui, dont une partie de sa famille vit encore sur place, raconte être dans « un état de vulnérabilité qu'(elle n’avait) jamais connu, et de tristesse infinie »: « Je vois tout le monde se rejeter la faute, avec autant de sauvagerie que d’ignorance.

Et la comédienne d’ajouter: « Les Palestiniens eux aussi meurent et leurs maisons sont détruites, je le sais, et j’en suis profondément meurtrie, et pour l’instant nous sommes tous et toutes perdants. »

Marche silencieuse

Elle soutient la marche silencieuse du monde de la culture qui aura lieu ce Paris. Son ambition: « Faire entendre ceux, qui, juifs, arabes, chrétiens, croient encore et toujours à une paix possible et refusent d’être dressés les uns contre les autres. »

« J’ai surtout été choquée par le fait qu’avant même la réplique israélienne, certains aient cherché à justifier les massacres, à dire que c’était leur faute », dénonce encore Agnès Jaoui. « C’est faire preuve d’une telle ignorance et d’une telle inhumanité. »

« Il y a beaucoup à dire sur le gouvernement Netanyahu et on a mille fois le droit de le critiquer, je suis la première à le faire, (mais) justifier l’injustifiable, parce qu’on est enfermé dans une idéologie, me glace », complète l’actrice.

Croire en une paix possible

Elle reste malgré optimiste et croit à une paix possible: « Je veux y croire, oui, même si aujourd’hui elle paraît loin. Je veux croire qu’arriveront des hommes, ou des femmes, en Israël comme en Palestine, capables de construire une paix stable et pérenne. »

« Il existe des gens de bon sens, et modérés, qui œuvrent pour la paix », conclut-elle. « On ne les entend pas beaucoup. Ils ne crient pas comme les extrémistes (…) Ce sont eux qui m’intéressent, et qui feront le monde de demain. »

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