Je reviens à cette émission sur France Culture car je veux citer Tetyana Ogarkova. Elle a formulé une idée qui me paraît aussi affreuse que limpide pour exprimer cette fatigue, elle a dit : « La guerre devient la banalité. » Voilà, tout le monde s’habitue à l’existence de la guerre en Ukraine. L’idée est simple, ­terrible et vraie. Surtout maintenant que le monde entier a été bouleversé par les actes de terreur du Hamas en Israël et l’attaque consécutive sur Gaza. Où peut-on être totalement en sécurité ? Notre époque sera-t-elle la plus inhumaine de toutes, pire encore que les guerres du XXe siècle ?

Si Kyiv n’est pas bombardée, la mobilisation, elle, est bien présente. A droite à gauche, il y a des histoires d’hommes appelés du jour au lendemain, pris chez eux ou même dans la rue, et emmenés sur le front sans aucune préparation. Zelensky a fait certaines choses pour éliminer la corruption, mais aujourd’hui encore, dans le chaos de notre système, il me semble que si tu ne connais pas de gens influents, tu as bien plus de risques de vivre des drames et des injustices. Cette putain de guerre est si longue. La question de la mobilisation obligatoire des femmes est toujours en suspens, sans qu’il y ait de réponse claire. Personnellement, j’envisage d’abord d’apprendre les bases de la médecine tactique pour soigner les blessés de guerre, mais aussi d’autres disciplines que je trouve indispensables à mon avenir, peut-être le tir, par exemple. J’aimerais bien vivre dans l’illusion que quelqu’un d’autre va faire la guerre pour ma liberté, mais la réalité est plus forte. Comment ­réfléchir autrement ?

Après-demain, maman et moi prenons le train et ­partons pour Paris. Nous avons pris cette décision très vite. Nous voulons dire adieu au père de Yanis et rejoindre Olga et notre belle-famille dans la douleur. Je termine cette lettre… et il y a justement une attaque. Je me réfugie dans le couloir.

 

Une lecture musicale ­adaptée du journal d’Olga et Sasha aura lieu à la Maison de la poésie, le 26 novembre, à 18 h 30, dans le cadre du ­festival Paris en toutes lettres. Le spectacle sera suivi d’un échange avec Olga et Sasha Kurovska et Elisa Mignot.

Elisa Mignot sur Le Monde