Des livres jeunesse pour cultiver la curiosité scientifique
Dans le boom des ouvrages didactiques, les albums mettant la science à la portée des enfants s’adressent désormais à tous les âges, même aux bébés!
Le tableau périodique des éléments… Difficile de trouver plus rébarbatif. Malgré ses cases colorées, c’est peu dire que ce graphique organisé de tous les éléments découverts, conçu par Dmitri Mendeleïev en 1869, reste la plupart du temps obscur, ignoré des plus jeunes et relégué dans les lointains souvenirs d’école des adultes.

L’artiste, illustratrice et auteure américaine Lisa Congdon a dépoussiéré tout cela dans un album à portée de tous, dès 10 ans. Connue pour ses illustrations aux couleurs vives, elle a notamment publié «Vingt façons de tout dessiner», ou l’inédit en français «Find Your Artistic Voice».
Fascinée par les équations de son père physicien mais aussi intimidée par la science jusqu’à 20 ans, elle ne s’y penche vraiment que lorsqu’elle se met à enseigner à l’école primaire. Devenue artiste visuelle, elle a conjugué ses talents d’illustratrice et de vulgarisatrice scientifique dans ce livre passionnant, qui rend plus accessible un savoir crucial, puisqu’il ne représente rien de moins que le «catalogue de tout ce qui est tangible dans notre monde. Tout ce qu’on touche, mange, boit ou respire est composé d’éléments», écrit l’auteure.

On se familiarisera avec chacun des 118 éléments. Certains sont très connus comme l’oxygène, l’aluminium ou l’argent. D’autres plus mystérieux comme l’yttrium, le vanadium ou le moscovium. En décryptant leurs «superpouvoirs» ou leurs «cercles d’amis», l’ouvrage offre à la fois des informations très précises, des exemples de l’utilité de ces substances pures constituées d’un seul atome, au quotidien mais aussi dans l’industrie nucléaire ou en médecine, ainsi que des anecdotes à leur sujet.

Le volume intègre en outre des définitions simples des atomes, isotopes ou ions, et une grande affiche dépliable du tableau périodique. On y trouve aussi des planches thématiques, comme les six éléments qui composent les 99% de notre corps résumés sous forme graphique, mais aussi ceux qui sont les plus dangereux. Ou encore les indispensables pour étudier les scènes de crime, comme l’osmium, utile dans la détection des empreintes digitales. Leurs usages dans de multiples domaines sautent aux yeux, puisque l’osmium, pour ne parler que de lui, sert aussi pour… les pointes de stylo plume!
Éléments «puants»
Lisa Congdon recense encore les plus menacés de surexploitation, comme l’indium. S’il est aujourd’hui surutilisé, on ne savait pas quoi en faire jusqu’au début du XXe siècle. Mais voilà qu’il est devenu indispensable à la technologie des écrans tactiles… Plus rigolo, vous saurez tout sur les éléments «puants», car il n’y a pas que le soufre qui sent le soufre…
«Nous admirons le travail de la maison Chronicle Books et de Lisa Congdon.»
Hadi Barkat, directeur des éditions Helvetiq
L’ouvrage, publié en 2021 en anglais, est sorti cet automne en français chez l’éditeur suisse Helvetiq: «Nous admirons le travail de la maison Chronicle Books et de Lisa Congdon, et nous avons eu la chance de pouvoir acquérir les droits du livre», relève son directeur, Hadi Barkat. Qui confirme avoir perçu, après quelques publications, «un intérêt croissant pour l’éducation scientifique dès le jeune âge».

Le blob? Cet organisme unicellulaire ressemble à un champignon sans en être un, pas plus qu’il n’est un animal ou une plante. Le Physarum polycephalum, de son nom savant, a connu une soudaine popularité lorsque Thomas Pesquet en a embarqué quatre à bord de l’ISS en 2021 pour des expériences en apesanteur.
Sur terre, 4500 classes françaises étudiaient en même temps des spécimens soumis à la gravité. Chaque enfant peut faire de même chez lui, avec ce kit d’élevage destiné aux 7-14 ans, qui suscite un vif intérêt.
Chez Nature et Découvertes à Lausanne l’an dernier, le coffret a été très vite épuisé. Le voilà réapparu.
Le principe? Il s’agit de «réveiller» un blob en le nourrissant, notamment avec des flocons d’avoine. Un manuel guide les scientifiques en herbe, qui verront ce cousin de l’amibe dont la science n’a pas percé tous les mystères grandir chaque jour. Il peut être mis en sommeil lors des départs en vacances, et relâché dans un jardin ou un pot de fleurs. Et pas d’inquiétude: son seul point commun avec le blob du film éponyme, qui engloutit tout sur son passage, est son nom.
Blob, kit d’élevage, prix: 64 fr. 90Après l’espace, le blob s’élève aussi à la maison
La maison va donc continuer à se positionner sur ce créneau porteur, qui a conquis des bastions du savoir, puisque même l’honorable «Encyclopaedia Britannica» a sorti il y a peu une version jeunesse, à savourer dès 9 ans. Les entreprises de vulgarisation visent en outre des publics de plus en plus jeunes, à l’instar de «La physique quantique pour les bébés».

«L’encyclopédie illustrée des éléments: À la découverte des atomes qui constituent l’Univers», Lisa Congdon, éd. Helvetiq, 149 p., env. 30 fr.
«La nouvelle encyclopédie illustrée»
Inspirée de sa vénérable ancêtre vieille de 250 ans, cette version de l’«Encyclopaedia Britannica» pour la jeunesse distille de manière accessible et attrayante tout ce qui a trait au savoir actuel.

Cette somme de 424 pages, parue en 2020 en Angleterre sous la direction de Christopher Lloyd, ancien rédacteur en chef du «Sunday Times» et auteur de livres à succès pour les jeunes sur l’histoire du monde, est sortie en français en octobre. Nourrie par plus de cent experts, elle est découpée en huit chapitres. On y chemine des débuts de l’univers à aujourd’hui, tandis que le dernier volet est consacré à l’avenir, dans une sorte de radiographie sociale de notre temps, qui aborde aussi bien les multinationales que le changement climatique ou l’intelligence artificielle.
Dans le même esprit, le volume distille de petits textes sur ce que nous ignorons encore. Enfin, parce qu’il n’y a pas de savoirs sans savants, l’ouvrage présente des personnalités scientifiques et des paroles expertes. Le tout, illustré avec plus de 10’000 photos, dessins, graphiques et infographies. Pour ajouter du piment, chaque chapitre se termine par un quiz. À dévorer d’une traite ou à picorer selon les envies. Dès 9 ans.

«La nouvelle encyclopédie illustrée», Éd. Les Arènes, 424 p., dès 9 ans. Env. 45 fr.
«Comment ça marche?»
Allumer la lumière, avaler son déjeuner, prendre une douche, écouter un disque. Des choses banales que l’on fait, enfant déjà, sans y penser, mais qui «sont le fruit d’incroyables aventures invisibles», avertit la préface de «Comment ça marche?» Une question rituelle dans les titres d’ouvrages de vulgarisation jeunesse.

L’originalité, ici, tient dans le fait que le livre présente, au fil d’infographies colorées, des objets, aliments ou infrastructures qui font partie de notre quotidien: comme le chocolat, un jean ou le GPS qui équipe nos portables. Amusant et instructif. Dès 9 ans.

«Comment ça marche? La folle aventure des objets du quotidien», Libby Deutsch (auteur) Valpuri Kerttula (illustrateur), Éd. Casterman, 48 p., Env. 24 fr.
«La physique quantique pour les bébés»
«Ceci est une balle. Toutes les balles sont composées d’atomes. Il y a des neutrons, des protons et des électrons.» Écrit comme cela, le texte ne semble pas s’adresser aux tout-petits. Et pourtant, ces mots sont tirés d’un ouvrage récemment sorti en français à l’usage des… bébés.

À l’aide d’un visuel minimaliste, avec un code couleur associé à chaque notion introduite et un très court texte d’accompagnement, on passe du niveau énergétique d’une balle à celui de l’atome pour finir… «physicien quantique». Le tout dans un de ces volumes aux pages rigides qu’aiment tourner les jeunes mains encore malhabiles.
Chris Ferrie, «physicien quantique le jour, père la nuit et auteur au clair de lune à l’occasion», a aussi illustré dans de semblables albums cartonnés la chimie organique, la relativité générale ou la science des fusées, tandis que celui sur la blockchain n’a pas encore été traduit en français. Et cela marche au point que même Mark Zuckerberg les lit avec ses enfants.

«La physique quantique pour les bébés», Chris Ferrie, Éd. Place des victoires, 26 p., env. 15 francs
«La grande histoire de l’argent»
L’argent fait tourner le monde. Et pourtant, en potentiel d’ennui chez les plus jeunes, la science économique concurrence volontiers le tableau périodique des éléments.

Après l’engouement pour sa «Grande histoire de l’écriture», déjà publiée en français par la Joie de lire, le dessinateur Vitali Konstantinov raconte et image toute la destinée de l’argent dans un nouveau volume au format géant, avec le même style dessiné foisonnant, principalement en noir et blanc. On suit l’histoire des sous depuis les débuts, des dons aux paléomonnaies, de l’invention de la pièce à la première monnaie de papier d’Europe, de la montée en puissance du dollar à la fin de l’étalon-or.
Bourré d’anecdotes et de clins d’œil humoristiques, le livre rappelle aussi les inégalités engendrées par la création de richesses, et esquisse un monde différent dans l’ultime chapitre intitulé «l’argent après l’argent». Passionnant. Dès 9 ans.

«La grande histoire de l’argent», Vitali Konstantinov, Éd. La Joie de lire, 80 p., env. 32 fr.
«Le tableau périodique est un catalogue de tout ce qui est tangible dans notre monde. Tout ce qu’on touche, mange, boit ou respire est composé d’éléments.»

Caroline Rieder est journaliste à la rubrique culture-société depuis 2013. Elle s’occupe en particulier de la littérature romande, mais se penche aussi avec intérêt sur la littérature jeunesse, et divers sujets culturels et sociétaux.