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« Cette loi bafoue les principes de la République »

La manifestation contre la loi immigration a rassemblé plusieurs milliers de Lyonnais ce dimanche, notamment des travailleurs sociaux inquiets des conséquences concrètes de sa mise en œuvre. Selon le collectif Nos services publics,

« 110.000 personnes, dont 30.000 enfants, basculeront dans la pauvreté, voire la très grande pauvreté, après la suppression de leurs droits sociaux ». Un reportage signé Olivia Lambert.

« Marchons pour l’égalité, la fraternité et l’égalité ». C’est derrière cette banderole de tête qu’ont défilé ce dimanche 21 janvier environ 6.000 personnes selon la CGT, 3.500 selon la préfecture, en opposition à la loi immigration. Des dizaines d’associations et de syndicats étaient présents pour la dénoncer, quatre jours avant la décision des sages du Conseil constitutionnel.

Le cortège notamment mené par l’union départementale CGT du Rhône s’est élancé à 14 heures de la place Bellecour, avant de traverser le pont Bonaparte et de se diriger vers le palais de justice. Les manifestants ont ensuite rejoint la place des Terreaux, pour terminer leur procession devant la préfecture du Rhône. La foule aux profils variés, composée d’adolescents, de jeunes actifs comme de personnes âgées, scandait des slogans humanistes tels que : « Papiers pour tous, (…) droit de vivre et de travailler en France, pour tous les immigrés ». L’ambiance est restée pacifiste malgré quelques individus plus virulents en tête de cortège.

« Être humain n’est pas illégal ! »

La principale revendication des syndicats et associations ? Le retrait pur et simple du projet de loi immigration par le président de la République. « C’est une loi raciste qui ne correspond pas aux valeurs de la République française : liberté, égalité, fraternité », indiquaient ainsi les syndicalistes de la CGT. « Nous nous rassemblons ici pour les revendiquer. »

Parmi les associations présentes : la Ligue des droits de l’Homme. « Nous reprochons à cette loi sa philosophie, qui envisage l’étranger comme un délinquant potentiel, et toutes ses possibles conséquences si elle venait à être promulguée », confie Myriam, membre de la LDH présente ce dimanche. « La France est le pays de la Déclaration des droits de l’Homme, mais elle n’est visiblement plus le pays des droits de l’Homme. »

Un représentant de l’UD CGT 69 partage ses inquiétudes : « Nous avons voté pour Emmanuel Macron afin de faire barrage à l’extrême droite, mais le résultat est là : une loi raciste qui satisfait le Rassemblement national et son idée de préférence nationale. Nous manifestons contre cette loi qui criminalise les migrants et sans-papiers. Être humain n’est pas illégal ! »

« L’aide médicale de l’État est également menacée par ce projet de loi »

« Si cette loi est appliquée, ce sont les principes de la République qui seront bafoués », dénonce Zine-Eddine Messaoudi, secrétaire général de l’Union syndicale lycéenne. « Le principe d’égalité des êtres humains aura disparu. Nous avons décidé de nous mobiliser parce que nous sommes conscients des intérêts de l’immigration pour la France, et il est important que le pays accueille dignement ses migrants. On se sent concernés par la situation. »

Luisida, bénévole pour l’association Médecins du monde, abonde : « Cette loi est discriminatoire et stigmatise les migrants en faisant des amalgames : l’étranger serait profiteur, délinquant ou même terroriste… Cela nous inquiète, car c’est une forte régression de leurs droits, clairement inspirée des idées de l’extrême droite. On demande au président de la République de retirer cette loi qui va à l’encontre des droits humains et du principe d’égalité. »

Engagée au quotidien pour la santé des sans-papiers, elle précise: « L’aide médicale de l’État est également menacée par ce projet de loi, bien qu’à l’heure actuelle, la plupart des sans-papiers qui y sont éligibles ne la demandent même pas, parce qu’ils ne connaissent pas leurs droits. Pourtant, cette aide est nécessaire aux migrants dont les conditions de vie exposent beaucoup plus à des problèmes de santé. La prise en charge tardive de leurs pathologies coûte plus cher à l’État et vient davantage encombrer les urgences des hôpitaux déjà bien en difficulté ! »

Avec de nombreux moyens déployés en termes de sécurité, la mobilisation de ce dimanche s’est déroulée sans incident notoire et a pris fin aux alentours de 16 heures. Les associations et syndicats se disent prêts à se mobiliser de nouveau, et à plus grande ampleur, si le Conseil constitutionnel juge ce projet de loi conforme.

Olivia Lambert

«J’ai honte d’être français en ce moment» : des dizaines de milliers de personnes mobilisées contre la loi immigration

Ce dimanche 75 000 manifestants, dont 16 000 personnes à Paris, ont défilé contre le projet de loi voté au Parlement en décembre, espérant qu’une partie du texte sera censurée par le Conseil constitutionnel la semaine prochaine.

Nathalie Raulin

A l’heure H moins quinze minutes, Il y a eu un petit moment de flottement derrière la longue banderole bleu «Liberté Egalité Fraternité : non à loi immigration» déployée ce dimanche place des droits de l’homme, à Paris. Derrière les cordes du carré VIP protégé par des militants CGT bras cerclé de ruban vert fluo, leaders politiques, syndicalistes et représentants des associations caritatives et de défense des droits des étrangers évitent de porter trop loin le regard. A tour de rôle, ils répètent façon mitrailleuse aux journalistes l’impératif de se mobiliser contre «la loi la plus raciste et xénophobe dans notre pays depuis des dizaines d’années» (Manon Aubry, LFI), «la mise en cause du droit d’asile et du droit du sol» (Patrick Baudoin, Ligue des droits de l’homme) et «pour défendre les principes fondamentaux de notre constitution» (Sophie Binet, CGT), «contre les idées de l’extrême droite dont Macron est devenu le promoteur» (Olivier Faure, PS). Mais l’inquiétude est palpable.

«On ne pouvait pas attaquer le mois de janvier sans réaction»

Cinq mètres en arrière, une femme noire en doudoune blanche se fait photographier avec vue sur le jardin du Trocadéro par un vendeur à la sauvette. Nez dans leur cornet de pop-corn, ses deux grands fils ne sont «pas au courant» de l’appel imminent à manifester contre la promulgation de la loi immigration votée le 19 décembre par l’Assemblée nationale avec le soutien des députés Rassemblement national. D’ailleurs, ils ne font pas mine de s’intéresser. Cinq mètres devant, une «costume designer», immigrée marocaine de longue date «passée entre les mailles du filet», venue manifester contre cette loi «dégueulasse», trouve elle aussi la place un peu vide. «Le pire, c’est si on n’avait rien fait, glisse le communiste Fabien Roussel, quand même un peu ébranlé par la faible affluence à quelques minutes du gong de départ. «Avec Sophie Binet, on s’est dit qu’on ne pouvait pas attaquer le mois de janvier sans réaction. En 1939, il n’y avait pas beaucoup de résistants mais à la fin tout le monde l’était.». D’ailleurs, les personnalités signataire de «l’appel des 201» ne sont pas encore toutes là. «Marina Foïs vient de me dire qu’elle arrive ! C’est son anniversaire aujourd’hui», glisse Roussel à ses voisins.

Optimisme prémonitoire. D’un coup, tout change. Comme s’ils avaient attendu le dernier moment pour affronter le froid piquant, des milliers d’individus envahissent la place, piaffant d’entamer leur longue marche vers la Concorde, destination finale de la marche. Le camion sono des associations antiracistes et de soutiens aux immigrés (SOS Racisme, la Cimade, le Secours catholique, France Terre d’asile…) rivalise avec les mégaphones de la CGT, de FO, de LO, ou d’Attac dans un joyeux bazar. Le collectif de l’éducation nationale contre la loi Darmanin hurle des slogans à sa sauce – «Stanislas, pour loger les mineurs isolés, Réquisitionné !» – qui font sourire les marcheurs. Personne ne s’y trompe : la France de gauche est mobilisée. «Cela fait du bien d’être ici au milieu de gens qui pensent comme nous», dit un couple de retraités de Ménilmontant qui confesse sa «trouille bleue» que «l’apartheid, la banalisation du racisme et la discrimination qui préparent le terrain à Le Pen».

Un peu plus loin, un couple de sans-papiers originaire du Bangladesh et ses quatre enfants confesse aussi «avoir peur». Arrivés, il y a six ans, les parents viennent d’obtenir un rendez-vous sésame à la préfecture pour une régularisation. Ils se seraient fait oublier encore un peu si Emmaüs ne les avait pas pressés de venir. Dans la manifestation, les visages sont presque tous blancs. Selon le bilan du ministère de l’Intérieur, 16 000 personnes ont défilé à Paris, le cortège parisien formant la plus importante des 160 marches organisées dans le pays, qui ont rassemblées au total 75 000 manifestants.

«On vit des heures sombres»

Au fil du cortège, la peur s’entend et se lit. Une pancarte jaune proclame un «Gros seum» au recto, la «honte» au verso. «Je suis abasourdi, j’ai honte d’être français en ce moment», lâche son auteur, cheveux mi-longs poivre et sel et blouson noir taché de blanc. «Tout cela prend une tournure abjecte. On vit des heures sombres.» Il espère que le 25 janvier le Conseil constitutionnel «va rabattre son caquet au gouvernement» en censurant le texte. Mais de là à ce que Macron ne promulgue pas la loi… «Au moins, il y a une prise de conscience», se rassure-t-il.

Mais, pour beaucoup, la menace qui monte exige davantage qu’une mobilisation de circonstance. Il y a ceux qui l’écrivent tranquillement : «Réarmons la gauche unie et décomplexée pour rétablir la fraternité», invite une pancarte, qui paraphrase le récent discours de Macron. Et il y a ceux qui le hurlent : «Pourquoi vous ne voulez pas faire d’alliance Tondelier et Roussel ? tonne un énervé au passage de la tête du cortège. On va perdre à cause de vous ! Il faut se réveiller ! Vous voulez les fachos ?»

Nathalie Raulin

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