Pourquoi Anna Marly a-t-elle créé « le chant des partisans » pendant la Résistance

Elle « fit de son talent une arme pour la France », écrit de Gaulle. Surnommée le « Troubadour de la Résistance », décorée de l’ordre national du Mérite en 1965 et de la Légion d’honneur en 1985, c’est Anna Marly qui interprète en russe « La Marche des partisans » qui deviendra « le chant des partisans ».
Dans la série des chroniques que j’ai proposées pour prouver aux sceptiques, et aux malintentionnés, que l’immigration était « une chance pour la France », je parlerai aujourd’hui du Chant des partisans, le célèbre hymne de la Résistance qui servit d’indicatif à Radio Londres : « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines /Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne ».
Celles et ceux d’entre vous qui ont été élèves dans les années 1960 se souviennent certainement de ce refrain puisque le Chant des partisans faisait partie des enseignements obligatoires avec la Marseillaise et Le Chant du départ.
Pourtant, beaucoup de gens ignorent que la musique de cet hymne a été composée par une immigrée russe, nommée Anna Bétoulinsky. Née à Saint-Pétersbourg pendant la Révolution de 1917, au cours de laquelle son père fut fusillé, elle se réfugia à Menton, au début des années vingt, avec sa mère, sa sœur aînée.
En 1934, elle monta à Paris pour débuter une carrière artistique sous le pseudonyme d’Anna Marly. Après avoir dansé dans les fameux Ballets russes, elle se lança dans la chanson en se produisant notamment dans un cabaret parisien, le Shéhérazade, qu’affectionnait la jeunesse dorée de la capitale. Après la défaite de juin 1940, Anna Marly dut à nouveau s’exiler en Espagne, puis au Portugal, avant de rejoindre l’état-major des Forces françaises libres (FFL) regroupé à Londres. Elle eut alors la possibilité de chanter au micro de la BBC, dans l’émission « Les Français parlent aux Français ».
Anna Marly a raconté qu’à la fin de l’année 1942, le récit de la bataille de Smolensk réveilla son âme russe. « Bouleversée, je prends ma guitare, je joue une mélodie rythmée, et sortent tout droit de mon cœur ces vers en russe : « Nous irons là-bas où le corbeau ne vole pas/Et la bête ne peut se frayer un passage. Aucune force ni personne/Ne nous fera reculer. »
Ce chant, intitulé au départ La Marche des partisans, fut d’abord interprété en russe par Anna Marly. Puis il fut adapté en français par deux écrivains, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon. Sifflé comme indicatif de l’émission de la BBC « Honneur et Patrie », puis comme signe de reconnaissance dans les maquis, Le Chant des partisans s’est imposé rapidement comme l’hymne de la Résistance française.
Ce qui explique sans doute qu’on ait oublié le rôle que les chants russes traditionnels ont joué dans la mélodie d’Anna Marly. Son rythme très marqué, sourd, répétitif – et l’effet produit d’un chœur qui va crescendo – étaient propice à une exaltation collective, appelant à la rébellion et au combat contre un ennemi étranger.
Le succès du Chant des partisans s’explique aussi par le contexte. En 1943, les résistants gaullistes étaient à la recherche d’un chant mobilisateur et fédérateur, car le général de Gaulle s’efforçait, par l’entremise de Jean Moulin, de regrouper l’ensemble des réseaux sous un commandement unique.
De Gaulle a écrit qu’Anna Marly, « fit de son talent une arme pour la France ». Surnommée le « Troubadour de la Résistance », elle fut décorée de l’ordre national du Mérite en 1965 et de la Légion d’honneur en 1985. Elle s’est éteinte le 17 février 2006, en Alaska, à l’âge de 88 ans.
Bibliographie
- Michel Prat, « Destins de chansons : ‘Le chant des Partisans’, ‘Bella ciao’ et ‘Lili Marleen' » In Céline Cecchetto et Michel Prat (dir.), La chanson politique en Europe, Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2008.
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