L’opposant russe Alexeï Navalny participe à un rassemblement dans le centre de Moscou le 5 décembre 2011, avec des milliers de Russes, pour protester contre les violations des élections législatives qui avait donné la victoire au parti au pouvoir de Vladimir Poutine.
L’opposant russe Alexeï Navalny participe à un rassemblement dans le centre de Moscou le 5 décembre 2011, avec des milliers de Russes, pour protester contre les violations des élections législatives qui avait donné la victoire au parti au pouvoir de Vladimir Poutine.

 La Russie, après Navalny. Les autorités russes ont annoncé ce vendredi 16 février la mort de l’opposant numéro 1 du Kremlin, Alexeï Navalny, en prison. Le militant âgé de 47 ans purgeait sa peine pour « extrémisme » dans une colonie pénitentiaire reculée de l’Arctique, dans des conditions très difficiles.

Ses multiples procès avaient été largement dénoncés comme une manière de le punir pour son opposition au président russe Vladimir Poutine. Son décès survient quelques semaines avant la présidentielle russe.

Il laisse derrière lui une opposition russe affaiblie, alors que la répression des voix dissonantes s’est durcie depuis l’invasion de l’Ukraine. Carole Grimaud-Potter est spécialiste de la géopolitique de la Russie, professeure à l’Université de Montpellier et fondatrice du think-tank Center for Russia and Eastern Europe Research (CREER) de Genève. Pour le HuffPost, elle a répondu à quatre questions sur l’avenir de l’opposition en Russie.

Que symbolise la mort d’Alexeï Navalny pour la Russie ?

Carole Grimaud-Potter : C’est la fin d’un chapitre, le chapitre de l’opposition qui avait pu se former dans les années 2010, avec comme porte-voix Alexeï Navalny, qui dénonçait la corruption des élites. Cette dénonciation de la corruption, plus que son opposition à Vladimir Poutine, a trouvé un écho dans la population russe, qui partage sa quête de justice.

En prenant cet angle anticorruption, Navalny a pu remettre en question les élites au pouvoir. Il a reçu le soutien d’une partie de la population, en particulier de la jeune génération, à qui il s’adressait par les réseaux sociaux. C’est ce qui avait fait très peur au pouvoir. On se souvient des manifestations en 2011 à Moscou, place Bolotnaïa, lorsque la jeunesse s’était soulevée avec Navalny, à l’annonce du nouveau mandat de Vladimir Poutine. Puis en 2018, lorsqu’une partie de la population russe avait répondu à son appel de vote intelligent.

Qui représente désormais la principale opposition à Poutine ?

Il n’y a plus d’opposant au sens où on l’entend pour Navalny. En revanche, avec la guerre en Ukraine, une nouvelle forme d’opposition a vu le jour. Ce n’est pas une opposition qui est anti-régime, mais une critique de cette guerre à laquelle elle veut mettre fin rapidement. L’ex candidat à la présidentielle Boris Nadejdine a porté cette voix, il avait jusqu’à 10 % des intentions de vote avant d’être écarté de l’élection.

Une nouvelle forme d’opposition a vu le jour :

Présidentielle en Russie : Vladimir Poutine sans opposant, son rival Boris Nadejdine écarté.

Boris Nadejdine est très différent d’Alexeï Navalny, car il vient de l’intérieur du système. Il a notamment été député à la Douma et a aussi fait partie de l’administration présidentielle pendant de longues années. En conséquence, son angle d’attaque est différent. Il s’attaque à tout ce qu’il peut, tout en respectant la loi russe, alors que Navalny était beaucoup plus frontal et dénonciateur.

Enfin, ce n’est pas parce que Nadejdine a été évincé de la campagne électorale qu’il s’avoue vaincu. Sa technique d’opposition, qui consiste à exploiter les failles juridiques du système, s’applique beaucoup plus à la Russie d’aujourd’hui. Le pouvoir s’est considérablement durci avec la guerre en Ukraine, c’est donc aussi une manière de se protéger que de procéder ainsi.

Cette nouvelle peut-elle troubler la prochaine présidentielle ?

Non. L’information de la mort de Navalny va être très réduite, très brève. Bien sûr les médias russes en parlent aujourd’hui, mais dans quelques jours tout cela sera passé. Les médias d’État occupent l’essentiel de l’espace informationnel en Russie. L’affaire n’entachera pas la campagne présidentielle de Vladimir Poutine. Ses opposants ont par ailleurs été écartés de la campagne électorale. On ne pourra donc pas entendre leurs voix se scandaliser du traitement d’Alexeï Navalny en prison qui a occasionné sa mort.

L’affaire n’entachera pas la campagne présidentielle

Pour autant, il y aura des gestes symboliques de la part de la population, comme il y en a contre la guerre en Ukraine : des déposes de fleurs sur certains monuments, des petites manifestations isolées. Navalny occupait une place importante dans l’esprit d’une grande partie des Russes. Les opposants qui ne peuvent pas s’exprimer doivent certainement se sentir orphelins aujourd’hui.

Quel héritage laisse Navalny à ces opposants ?

Sa persévérance va continuer d’inspirer. Il est mort en martyr, il a donné sa vie pour une cause. Il est retourné en Russie, même après la tentative d’empoisonnement alors que peu l’auraient fait. Cette aura va continuer à agir parmi les Russes. Il laisse aussi derrière lui tout son travail sur la dénonciation de la corruption des élites.

Sa mort est aussi un message d’alerte pour les opposants. Un message adressé à toute tentative d’opposition qui pourrait naître dans l’après Navalny. Reste alors l’opposition en exil, dispersée à travers le monde. Elle n’est pas intouchable pour autant. Mais ces groupes entretiennent des liens très importants avec les Russes. Ils travaillent chaque jour à imaginer la Russie d’après Poutine.

Maëlle Roudaut à suivre sur le https://www.huffingtonpost.fr

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La longue liste des journalistes russes assassinés

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La longue liste des journalistes russes assassinés

Plusieurs journalistes opposés à la politique du Kremlin sont morts dans des circonstances violentes ces dernières années. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, nombreux sont les journalistes opposés à la politique du Kremlin qui sont morts dans des circonstances violentes. Voici quelques-uns des principaux noms d’une liste qui en comporte des dizaines d’autres.

  • Pavel Cheremet, 44 ans, tué le 20 juillet 2016

Un homme rend hommage à Pavel Cheremet, assassiné à Kiev le 20 juillet 2016.

Grande figure du journalisme en Ukraine, le Russo-Biélorusse Pavel Cheremet avait péri dans l’explosion d’une bombe placée sous sa voiture, en plein centre de Kiev, le 20 juillet 2016. Il avait longtemps travaillé en Russie, rejoignant les cercles libéraux et devenant notamment l’ami du dirigeant d’opposition Boris Nemtsov, assassiné en février 2015.

Face à la détérioration du climat politique en Russie, il s’était exilé dès 2012 en Ukraine, où il avait repris son rôle de journaliste enquêtant sur les pouvoirs en place. Cette affaire n’est toujours pas élucidée.

Anna Politkovskaïa, 48 ans, tuée le 7 octobre 2006

Une femme pose une fleur à côté de la photo de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en 2009 à Moscou.

La journaliste d’investigation et militante des droits humains Anna Politkovskaïa a été tuée par balle, le 7 octobre 2006, dans le hall de son immeuble, à Moscou. Dans le journal Novaïa Gazeta, cette femme de 48 ans dénonçait l’autoritarisme de Vladimir Poutine et les atteintes aux droits humains en Tchétchénie.

Cinq suspects — dont quatre Tchétchènes — ont été jugés et reconnus coupables du meurtre en 2014, mais le commanditaire de l’assassinat court toujours, et son nom n’a jamais été publiquement évoqué.

  • Natalia Estemirova, 50 ans, tuée le 15 juillet 2009

Manifestation à Moscou après la mort de Natalia Estemirova, en juillet 2009.

Six autres journalistes ou collaborateurs de Novaïa Gazeta ont été tués entre 2000 et 2009, dont Natalia Estemirova, 50 ans, qui avait remplacé Anna Politkovskaïa au sein du journal.

Egalement militante des droits humains et représentante en Tchétchénie de l’ONG Memorial, elle avait été enlevée le 15 juillet 2009 à Grozny et retrouvée morte quelques heures plus tard en Ingouchie, république voisine du Caucase russe. Elle dénonçait les exactions du pouvoir local.

  • Anastassia Babourova, 25 ans, et Stanislas Markelov, 34 ans, tués le 19 janvier 2009

La journaliste Anastasia Babourova et l’avocat Stanislav Markelov.

Journaliste ukrainienne travaillant en Russie pour Novaïa Gazeta, Anastassia Babourova, 25 ans, a été tuée par balle en pleine rue, à Moscou, le 19 janvier 2009. Elle sortait d’une conférence de presse avec Stanislas Markelov, 34 ans. Cet avocat spécialisé dans la défense des victimes d’exactions en Tchétchénie a également été tué ce jour-là.

Stanislav Markelov venait de dénoncer la libération anticipée, une semaine auparavant, du colonel de l’armée russe Iouri Boudanov. L’officier avait été condamné à dix ans de prison en 2003 pour avoir violé puis étranglé, trois ans auparavant, une Tchétchène de 18 ans.

  • Paul Klebnikov, 41 ans, tué le 9 juillet 2004

Journaliste américain d’origine russe, Paul Klebnikov a été tué par balle le 9 juillet 2004. Rédacteur en chef de l’édition russe du magazine américain Forbes, il sortait de sa rédaction, à Moscou, quand des hommes à bord d’une voiture ont ouvert le feu dans sa direction. Touché à quatre reprises, il est mort à l’hôpital. Il est le premier journaliste étranger à avoir été assassiné en Russie post-soviétique. Après avoir attribué le meurtre à un indépendantiste tchétchène, les autorités russes ont finalement rouvert l’enquête judiciaire en 2009.

Anna Politkovskaïa, journaliste d’investigation russe opposée au régime de Vladimir Poutine, a été assassinée à Moscou le 7 octobre 2006. Elle dénonçait sans relâche les exactions commises par l’armée russe en Tchétchénie. En 2002, elle avait en vain tenté de jouer l’intermédiaire lors d’une prise d’otages à Moscou. Le rédacteur en chef adjoint de son journal explique qu’il s’agit d’un assassinat politique.

MCD et APPIS