La catastrophe économique afghane pourrait précipiter la chute des talibans
Le groupe État islamique pourrait en profiter.
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Un spectre hante l’Afghanistan: celui de l’effondrement économique. Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, le pays est pénalisé par les sanctions internationales et par des mesures comme l’interdiction du travail des femmes.
La situation fait le jeu du groupe État islamique et commence à inquiéter les talibans eux-mêmes, indique The Insider. Le média russe indépendant se fonde sur un rapport de The Economist Intelligence Unit, le service d’intelligence économique de l’hebdomadaire britannique éponyme.
Premièrement, le voisin pakistanais veut sévir contre la contrebande à sa frontière, ce qui aurait des effets négatifs sur le budget du gouvernement afghan et la valeur de sa monnaie. En conséquence, les biens importés, dont certains sont essentiels (nourriture, carburant, médicaments), verraient leur coût flamber. Jusqu’ici, les prix ont plutôt eu tendance à stagner, voire baisser, ce qui est bon pour le pouvoir d’achat mais décourage la consommation intérieure.
Si le régime taliban se montre efficace pour collecter des taxes –et en créer de nouvelles–, 95% de son budget passe dans les dépenses de fonctionnement de l’État (dont 20% pour le seul ministère de l’Intérieur). Au même moment, 92% de la population se trouve dans une situation économique critique, 24% a épuisé ses économies et 30% n’en a jamais eu. Les entreprises n’embauchent plus, gèlent leurs investissements et gèrent leur argent via le réseau informel de la hawala.
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Pour le peuple, de la religion mais pas d’opium
L’autre éléphant dans la pièce, c’est l’opium. Son commerce représentait environ 15% du PIB, avant que les talibans n’interdisent sa production en avril 2022. 7 millions de personnes ont ainsi perdu leur source de revenus, avec à la clé une hausse significative de la pauvreté. Les fermiers les plus riches ont en revanche constitué des stocks et fait la culbute, le prix du kilo d’opium ayant été multiplié par quatre lors de l’entrée en vigueur de la prohibition.
«Les gens s‘endettent, retirent leurs enfants de l‘école pour les envoyer travailler et vont même jusqu‘à marier leurs filles plus jeunes, souvent contre leur gré, explique The Insider. Parallèlement, l’excédent de main-d’œuvre résultant de la croissance démographique et de l’expulsion forcée des Afghans du Pakistan a largement dépassé la création d’emplois, doublant le taux de chômage du pays, laissant une personne sur trois sans travail.»
Tout cela renforce la branche afghane de Daech, le groupe État islamique au Khorassan (EI-K), qui a revendiqué l’attentat du Crocus City Hall perpétré à Moscou le 22 mars 2024.
En guerre contre les nouveaux maîtres de Kaboul restés loyaux à Al-Qaida, l’EI-K mène une campagne impitoyable d’attaques terroristes contre les talibans et la population afghane. Et recrute d’autant plus facilement que celle-ci ne dispose d’aucune perspective d’avenir.
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