10 BD engagées
Vincent Brunner
Lanceur d’alerte, ZAD ou transidentité : les meilleures BD pour préparer la rentrée politique et sociale.
Garçons Manqués de James, Appels en absence de Nora Dåsnes et Arca de Van Jensen et Jesse Lonergan
Envie d’humour, d’anticipation et d’émotions fortes ? Voici 5 bandes dessinées à emporter en week-ends ou chez soi durant l’enfilade des ponts de mai.
Arca de Van Jensen et Jesse Lonergan : de l’anticipation pleine de suspense
L’humanité se limite désormais à la population d’une arche spatiale. À l’intérieur, la classe dominante est servie par des adolescent·es à qui on promet un futur radieux. Mais Effie a des doutes… Elle qui a appris à lire en cachette se demande ce qui lui arrivera une fois qu’elle sera majeure. Huis clos parfois flippant, Arca est d’autant plus prenant qu’il est publié dans un grand format qui favorise l’immersion. Ce comics de science-fiction dense pose avec intelligence des questions sur notre présent et notre futur proche. Une belle réussite signée par un duo américain qui maîtrise ses ambitions et sa narration.
Arca de Van Jensen et Jesse Lonergan, (404 Graphic), 192p., 22 €, traduction de l’anglais (américain) par Virgile Iscan. En librairie
Garçons Manqués de James : de l’Humour doux amer
En ouvrant ce livre au hasard, on pourrait croire, avec des enfants comme héros et l’utilisation de trames et de bichromie, tomber sur un recueil de strips vintage publiés il y a 30 ans dans les pages du journal de Spirou. Mais le dessinateur français James ne vit pas dans le passé. S’il donne un air familier au duo comique qu’il a inventé, c’est pour mieux nous surprendre. Charlie, fan de football, ne veut pas être une fille et le solitaire Malcolm refuse les conventions. Les deux observent avec résignation et distance le monde des adultes. Parfois même avec dégoût quand leurs parents se mettent en couple.
Garçons Manqués de James (Fluide Glacial), 56p., 13,90€. Déjà en librairie
Appels en absence de Nora Dåsnes : résilience et reconstruction
La dessinatrice norvégienne Nora Dåsnes avait 16 ans en juillet 2011 au moment où un terroriste d’extrême droite tuait 77 personnes dans son pays. Ici, elle revisite ce passé douloureux en mettant en scène deux amies Fariba et Rebekka. La première intègre la ligue des jeunes travaillistes – une des cibles du terroriste – tandis que l’autre cherche à comprendre le pourquoi d’un tel acte. Appels en absence est un bouleversant récit de reconstruction où Nora Dåsnes joue avec talent à l’équilibriste. Sans en faire trop, avec des cases souvent muettes, elle raconte comment ses héroïnes se remettent à vivre, lutter et aimer.
Appels en absence de Nora Dåsnes (Casterman), 288p., 25€, traduit du norvégien par Aude Pasquier. En librairie le 1er mai
Dog Biscuits d’Alex Graham : une comédie romantique trash
Dog Biscuits, c’est le nom de la boutique tenue par Gussy où travaille aussi Rosie. Les deux tombent amoureux malgré leur différence d’âge et le fait que l’un emploie l’autre. D’abord webcomic improvisé à partir de juin 2020 sur Instagram, ce roman graphique anthropomorphique reflète l’Amérique chaotique avec ses violences policières et son opposition Biden vs Trump. Mais la dessinatrice Alex Grapham ne perd jamais de vue ses personnages. Paumé·es et attendrissant·es, il et elle cherchent grâce à l’amour, le sexe ou les drogues, à occulter les sentiments d’insécurité et de vulnérabilité que beaucoup d’entre nous partagent.
Dog Biscuits d’Alex Graham (Presque Lune), 408p., 26€, traduit de l’anglais (américain) par Jean-Baptiste Bernet. En librairie.
Pepito 3 : de l’humour anarchiste bon enfant
Au début des années 1950, l’Italien Luciano Bottaro crée, parmi d’autres personnages, le corsaire Pepito. Bientôt, une maison française s’en emparera et le vendra même à une multinationale alimentaire qui transformera le pirate en une mascotte mexicaine un poil raciste d’un nouveau biscuit. Le vrai Pepito est celui de Bottaro dont on retrouve la fantaisie dans cette anthologie jubilatoire. À bord de son navire la Cacahouète, entouré de son équipage, Pepito n’aspire qu’à humilier le prétentieux gouverneur de la Banane qui, lui, se rêve en Néron ! Adorées par Florence Cestac et bien d’autres, ces histoires loufoques et gentiment anarchistes sont à redécouvrir grâce aux bons soins de l’éditeur Cornélius.
Pepito 3 de Luciano Bottaro (Cornélius), 248p., 26,50€. En librairie.
Reporter d’investigation
Depuis sa création, Michel, le personnage de Pierre Maurel, journaliste radio rondouillard, a été de beaucoup de luttes et de manifs (voir Michel tête de cortège, recueil des trois premiers tomes). Dans ce nouvel épisode, il s’oppose à une multinationale qui veut extraire un minerai nécessaire aux batteries de trottinettes ! Parfois mélancolique mais le plus souvent drôle et exaltante, la série des Michel donne envie de l’imiter et de s’investir localement.
Pierre Maurel : Michel et la bataille des Dombarelles (L’Employé du Moi), 80 p., 19 €, en librairie
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Révolution à Porto Rico
En 1950, Griselio Torresola et Oscar Collazo tentent d’assassiner le président des États-Unis, Harry Truman. Les deux échouent et n’ont rien de détraqués, ils veulent coûte que coûte obtenir l’indépendance de leur pays, Porto Rico. C’est cette période pleine de remous que raconte l’Américain John Vasquez Mejías dans cette BD qui souffle doublement le vent de la révolution, renouvelant l’art de la gravure en le mixant avec la puissance du comics.
John Vasquez Mejías : Et l’île s’embrasa (éditions Ici-Bas), 128 p., 25 €, traduction de l’anglais (américain) par Julien Besse, en librairie le 26 août
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Sociologie de l’Algérie
À l’origine de cette BD, une photo, montrant l’écrivain algérien Mouloud Feraoun et le sociologue Pierre Bourdieu. À partir de ce cliché, le scénariste Pascal Génot retrace le parcours de Bourdieu en Algérie et comment son séjour de plusieurs années a influencé et construit sa pensée. Le dessin d’Olivier Thomas au beau noir et blanc donne chair et poésie à cette BD documentaire qui manie avec aisance concepts sociologiques et propos complexes.
Olivier Thomas et Pascal Génot : Bourdieu – une enquête algérienne (Steinkis), 256 p., 24 €, en librairie
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La France au féminin
“Si on n’en parle pas, c’est parce qu’elles n’ont rien fait.” C’est pour lutter contre l’invisibilisation des femmes et cette phrase entendue durant sa scolarité que la dessinatrice Blanche Sabbah s’est associée avec l’autrice Sandrine Mirza, historienne de formation. Elles revisitent ainsi l’histoire de France avec rigueur et humour pour “construire une contre-culture féminine et féministe”. Destinée aux jeunes, cette BD sera aussi utile aux adultes.
Sandrine Mirza et Blanche Sabbah : Histoire de France au féminin (Casterman), 144 p., 17,95 €, en librairie le 30 août
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Fluidité des genres
Léold est transgenre non binaire. Le départ de la maison familiale et son déménagement coïncident avec le début de sa prise d’hormones. Alors que le sujet de la transidentité est de plus en plus politique, surtout pour les partis rétrogrades et extrémistes, Séverine Vidal (scénario) et Marion Cluzel (dessin) mettent en scène avec beaucoup de douceur et de tact un personnage qui s’épanouit dans sa nouvelle vie et renverse sans violence devant lui.
Séverine Vidal et Marion Cluzel : Le Seul endroit (Glénat), 104 p., 15,99 €, en librairie le 30 août
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Cheval de Troie
Auteur avec son épouse Mary d’une bio de Louise Michel, le dessinateur Bryan Talbot est, comme Alan Moore, un anarchiste. Sa série Grandville a recours à l’anthropomorphisme, comme le caricaturiste français du même nom, et pétarade comme un pastiche de James Bond. Mais derrière les aventures de son détective blaireau, on trouve un propos subversif comme sa raillerie des nationalismes et sa critique de l’art abstrait, outil de propagande du capitalisme selon lui.
Bryan Talbot : Grandville – Bête noire (Delirium), 120 p., 22 €, traduction de l’anglais par Philippe Touboul, en librairie le 8 septembre
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Comme un oiseau en cage
Emprisonné, un homme reçoit la visite d’un oiseau qui lui raconte des histoires, comme celle des mariés qui, au moment où la femme doit accoucher, sont bloqués parce qu’elle vient de Cisjordanie et lui de Jérusalem. Réalisé en linogravure, ce livre raconte la Palestine d’aujourd’hui. L’Américain Joe Sacco, qui connaît bien le pays pour lui avoir consacré deux livres, loue un “triomphe artistique” et désigne Mohammad Sabaaneh comme “un maître”.
Mohammad Sabaaneh : Je ne partirai pas – Mon histoire est celle de Palestine (Alifbata) 128 p., 20 €, traduction de l’arabe par Marianne Babut, en librairie le 8 septembre
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Le pouvoir de l’argent
Vous souvenez-vous d’Antoine Deltour ? Ce jeune Vosgien est à l’origine du scandale financier des LuxLeaks qui, en 2014, a révélé comment des cabinets d’audit ont obtenu du Luxembourg des taux d’imposition dérisoire pour des multinationales. Bien rythmée et claire, cette BD retrace la vie de ce lanceur d’alerte. On voit ainsi comment ses convictions l’ont poussé à dérober des documents compromettants prouvant l’optimisation fiscale. Un héros moderne.
Ferenc et Léandre Ackermann : Fronde fiscale (Boîte à Bulles), 120 p., 20 €, en librairie le 13 septembre
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La Commune dans le sang
Jacques Tardi n’a jamais caché son aversion pour les gouvernants, toujours prompts à jouer avec la vie des autres. Comme la Première Guerre, la période de la Commune l’a marqué et c’est avec opiniâtreté qu’il a adapté au début des années 2000 Le Cri du Peuple de Jean Vautrin. Dans cet ouvrage court et muet, urgent comme un graffiti sur un mur, il réaffirme le dégoût que lui inspire Adolphe Thiers, le président de la République qui réprima sans pitié les Communards.
Jacques Tardi : 20 ans en mai 1871 (éditions Martin de Halleux), 32 p., 19,90 €, en librairie le 15 septembre
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Tranche de vie noire
Nivek a 12 ans et il travaillera dans une mine congolaise jusqu’à sa mort. Mais le voici qui intègre une troupe d’enfants-soldats et rêve d’Europe. Après sa trilogie acide sur l’Espagnole contemporaine – Moi, assassin, Moi, fou et Moi, menteur –, le scénariste Antonio Altarriba continue dans la noirceur avec son compatriote Sergio Garcia Sanchez au dessin. Esclavagisme, traumatismes, sort inhumain réservé aux réfugiés…Le Ciel dans la tête est implacable.
Antonio Altarriba, Sergio Garcia et Lola Moral : Le Ciel dans la tête (Denoël Graphic), 144 p., 28 €, traduction de l’espagnol par Alexandra Carrasco, en librairie le 20 septembre