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« Les années 30. Et si l’histoire recommençait ? »

Farid Abdelouahab est un historien qui, en collaboration avec Pascal Blanchard, signe le livre « Les années 30. Et si l’histoire recommençait ? »

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Les années 30. Et si l’Histoire recommençait ? Un ouvrage signé Pascal Blanchard et Farid Abdelouahab.
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Farid Abdelouahab réside à Vinnemerville, entre Fécamp et Dieppe (Seine-Maritime). Historien et commissaire d’expositions (le festival des Rendez-vous de l’histoire de Blois), il signe, avec Pascal Blanchard, historien et chercheur au CNRS, le livre, Les années 30. Et si l’Histoire recommençait ? . L’ouvrage, illustré par plus de 250 documents d’époque, met en miroir les événements des années 30 (de 1929 à 1939) et notre monde actuel, s’interroge sur les résonances entre les deux époques. Entretien.

La montée des populismes

76actu : Votre ouvrage est paru le 23 février 2017, soit deux mois avant le premier tour de la Présidentielle, un moment-clef de la vie politique française qui suit le Brexit et l’élection de Donald Trump. Le livre est particulièrement en lien avec l’actualité, analysant la montée des populismes et les mécanismes analogues aux deux périodes (années 30 et aujourd’hui).
Farid Abdelouahab : C’est un sujet passionnant, d’autant plus intéressant vu ce qui se passe à l’échelle mondiale. Nous proposons un panorama iconographié pour pouvoir porter témoignage autant par l’histoire que par le texte. Quand nous avons commencé à travailler sur le sujet, il n’y avait pas encore eu le Brexit, ni l’élection de Trump. On a bouclé le lendemain de cette élection. Ces deux événements attestent d’un retour à une forme de protectionnisme et de nationalisme, d’un enracinement du populisme. Pourquoi les historiens n’inviteraient pas leurs réflexions dans la campagne électorale ?

Votre livre est très documenté, mettant en regard des documents d’époque et photos d’actualité, et opérant un retour entre passé et présent. Comment avez-vous conçu cet ouvrage très pédagogique ?
Nous avons mené un travail en parallèle, construisant notre contenu éditorial à travers la recherche iconographique et l’étude bibliographique traditionnelle. En croisant les deux expertises, nous avons pu élaborer notre sommaire. Nous avons fait une grosse recherche iconographique sur la période de 1928 à 1940. C’est un travail énorme pour trouver de bonnes images.

Entre thématique et iconographie

L’ouvrage est découpé en 12 chapitres.  Comment avez-vous identifié les thématiques à développer ?
Nous avons effectué des allers-retours entre thématique et iconographie. Au cours de l’élaboration, des choses nous ont paru évidentes, comme, par exemple, l’instrumentalisation du sport, d’où le parallèle entre les olympiades de Berlin en 1936 et celles de Sotchi en 2014.

Peut-on parler d’un possible remake de l’histoire ? 
Il y a des éléments de base qui peuvent servir de comparaison, comme la crise de 1929 et celle de 2007. En analysant les périodes, on retrouve des archétypes, des scénarios qui se répètent, comme la montée du populisme et du nationalisme, même si on ne peut pas établir de comparaisons stricto sensu. Les mentalités et les périodes sont différentes.

Un possible remake des années 30 ?

En tant qu’historien, quel regard portez-vous sur cette possible répétition de l’histoire ? L’histoire enseignée ne peut-elle empêcher le remake d’événements ?
On aurait pu espérer autre chose grâce à l’école républicaine. Je ne jette pas la pierre à l’Éducation nationale, mais je pense que l’histoire n’est pas assez étudiée. Et pourtant, la culture historique est une arme de la réflexion. Le citoyen n’est pas assez éduqué d’un point de vue historique, littéraire, et politique, au sens des idées. Même chose pour les élites politiques qui, pour certaines, parlent de roman national pour redonner une identité à la France. On nage idéologiquement en plein délire.

Comment expliquer l’aveuglement des peuples prêts à reproduire les erreurs du passé ?
Un phénomène universel explique la situation : la capacité au déni. Quand nous rencontrons des problèmes, le populisme et le capitalisme capitalisent sur la peur. Les mutations font toujours peur. Au-delà de l’aspect conjoncturel, l’homme a peu de capacités de rebondissements. Il est capable de faire l’autruche pour ne pas changer ses habitudes. On va mener campagne pour notre propre destruction.

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« Récidive. 1938 »

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Mû par une profonde inquiétude vis-à-vis de la menace qui pèse aujourd’hui sur la démocratie française et peut-être mondiale, par la montée du populisme et de la « démocratie illibérale », le philosophe Michaël Fœssel revisite une année trouble : 1938. Cette immersion dans les années 30 n’est pas celle d’un historien mais d’un tourmenté en quête d’une réponse à un questionnement qui le taraude : comment s’opère le délitement d’une démocratie ? Quand peut-on dire qu’une démocratie abdique sur l’essentiel ? Il ne s’agit donc pas de se focaliser sur le retour éventuel des années 30, mais de s’interroger sur ce qui les a rendues elles-mêmes possibles, donc sur leur essence. De quoi les années 30 sont-elles la manifestation, et en avons-nous définitivement fini avec cela ?

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