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L’Europe au quotidien…

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Trois jours après le 80ème anniversaire du Débarquement pour chasser le nazisme d’Europe, 360 millions d’électeurs de l’UE sont appelés aux urnes pour désigner leurs représentant-es au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg.

C’est assis sur les marches de pierre devant la maison que me viennent ces confidences et consciences, entendant la bouilloire siffler sur la gazinière pour le thé. Le temps « entre deux » comme cette Europe. Les nuages qui ombrent cette matinée où quelques gouttes tombent sur les feuilles de tilleul toutes neuves et parfois les rayons du soleil percent et font scintiller les larmes de pluies. Sans orages et ondées, pas de régénérescence de la vie végétale et de la luminosité du monde.

Stefan Zweig en 1932, dans « Monde d’hier » écrivait : « Un monde (…) commun aux européens, aussi un journal (…) positif, optimiste, commun aux Européens. C’est d’abord dans la sphère culturelle que nous pouvons agir en convertissant la rivalité des nations (…) en émulation coopérative ! ».  Où en sommes-nous à la veille d’un scrutin majeur pour l’avenir du continent Européen ? Nous les anonymes qui faisons « l’Europe au quotidien » comment incarnons-nous les espoirs de Zweig ? Comment portons-nous les blessures et meurtrissures des guerres du siècle passé et les enthousiasmes des militendres de l’après-guerre ?

Commençons par le début. Je suis né après la guerre de 39-45 et j’appartiens à la première génération qui n’a pas fini dans les tranchées de Verdun ou de la Somme, comme mon grand-oncle Albert tué à Guillemont dans la Somme ce 30 novembre 1916, ou assassinés dans le Vercors, à Saint Julien-en-Vercors comme sept résistants dans la ferme maternelle de la Matrassière ce 18 mars 1944. Et ma tante morte sous les bombardements de ce 21 juillet 44 en sortant de sa maison au village.  J’ai échappé à la perspective d’un autre confit et de devoir porter les armes contre mes semblables. 80 ans de Paix ! Faut-il avoir vécu les guerres pour apprécier cette offrande ?

Et puis j’ai vécu cette construction laborieuse, avec les ennemis d’hier, de cette Europe de Paix et d’échanges. En août 1968, j’étais en Allemagne pour renforcer cette coopération déjà linguistique puis fraternelle. Et cette Europe a su, éternelle reconnaissance, protéger ses membres et ses peuples. Pour nous en convaincre, il n’en a pas été de même pour nos voisins Yougoslaves et Ukrainiens. L’Europe reste un « anti-inflammatoire » contre la guerre. Laborieuse, comment en Grèce poussée à l’austérité par ses créanciers européens et internationaux, l’Europe la pousse sans ménagement à une cure sévère d’austérité imposée.  Ce maltraitement des Grecs passe mal dans la population, déjà plombée par des taux de chômage records autour de 25 %.   Une offense et humiliation pour ce pays qui nous a donné la démocratie, la culture, la philosophie… Et le nom d’Europe !

Remplis de ressentiments ou d’animosités, certains pointeront ces guerres à nos frontières Yougoslaves et Ukrainiennes… Mais n’est-ce pas le signe d’un manque d’Europe… Une Europe, géographique, culturelle, spirituelle, qui va de Reykjavik jusqu’à Tbilissi (du Groenland à l’Oural), une Europe où les leçons de l’histoire ont façonné notre mémoire et notre vision du Monde. La Russie débarrassée de son dictateur est éminemment Européenne. Rappelons que dans les Alpes nous sommes plus près de Turin ou Milan que de Bordeaux ou Paris. Et que le train nous relie quand on le désire. Sans mondialisation aérienne.

Photo Carine Chevalier

 

Pour quelqu’un qui a toujours, comme Joachim Du Bellay : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage, Ou comme cestuy-là qui conquit la toison, Et puis est retourné, plein d’usage et raison, Vivre entre ses parents le reste de son âge ! Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village. Fumer la cheminée, et en quelle saison. Reverrai-je le clos de ma pauvre maison, Qui m’est une province, et beaucoup davantage ? » que voyager pour apprendre des autres et l’altérité vivifiante. Aimer et valoriser ces fraternités et sororités vécues et palpables sont comme les conditions de la survivance de la planète et de notre urbanité. Cette mappemonde était un des plus beaux cadeaux de noël… Rêver le monde… imaginer cette petite planète fragile et parcourir du doigt ces fleuves et ces montagnes lointaines et si proches. Belle planète, belle Europe, comme disent les Lycéennes en manif à Die pour le climat : « Il faut sauver la planète car c’est la seule où il y la Drôme !».

Cette Europe de la littérature, de la culture, d’Aristote à Walter Benjamin, de Tolstoï à Hugo, de Simone Weil à Hannah Arendt, de Hypatie d’Alexandrie (La romaine) à Mary Wollstonecraft et mille autres, l’Europe porte et portera les valeurs de liberté, égalité, fraternité et sororité, droits des femmes et des hommes, parité, démocratie et justice sociale, Etat de droits et justice indépendante, paix et entraide, coopération et solidarité… Oui c’est un long chemin. Comment Olympe de Gouge en novembre 1793 aurait su qu’il fallait attendre 1944 pour voter ? 151 ans ! La démocratie se construit chaque jour et ses valeurs sont travaillées au quotidien, ses contraintes questionnées au quotidien, ses erreurs interrogées au quotidien. Ses réussites jamais acquises définitivement…

 

Après-guerre sur le plateau du Vercors pour la « Reconstruction (1946-1958) » travailleurs-prisonniers italiens et allemands ont vécu à la maison et sont devenus des familiers, des coutumiers de l’entraide. Et ces temps de partage ont participé à construire une mémoire partagée et respectueuse. A sortir des douleurs et des a priori contre « l’occupant » ! Puis des échanges de courriers ont eu lieu pour enraciner ces mémoires et reconnaissances de temps douloureux. J’ai voulu retrouver en vain ces partageux de la vie du pays, un temps.

Les voyages, m’ont fait parcourir cette Europe de 1972 à 1973 « de ferme en ferme », Italie, Autriche, Suisse, Yougoslavie, Roumanie, Grèce, Turquie, Kurdistan, Espagne et me sentir Européen, à partager le pain et le temps, les sourires et les angoisses… Ces femmes et ces hommes qui triment dur à la terre et sous le soleil. Sans doute aussi une vocation était en train de naitre. Faites de simplicité, de franchise, d’hospitalité, de confiance en l’autre… Un monde rural en pleine disparition !  Mais de paroles sobres, de mains caleuses et de rides souriantes. Cette Europe est mère méditerranéenne de ces couleurs et formes, de ces représentations et desseins futurs.  Peut-être pour un monde qui perd les essentiels, l’humanité, l’humilité, l’humour et l’amour ! Que j’ai fait revivre à la ferme du Vercors de de Menglon en accueillant des centaines d’européennes et européens sur 20 ans : Hendrina, Dick, Franck, Hubb, Kees, Giuseppe, Matteo, Giovanni, Aldo, Dino, Enzo, Luigi, Visenzo, Georgia, Anna, Alexandra, Caterina, Christopher, Walter, William, où êtes-vous ? (C’est une maison bleue…).

Et puis, je suis retourné en 2016 et 2017 voir des coopérateurs et ami.es,..  En Autriche, Italie, Chypre, Macédoine, Sicile, République Tchèque, Albanie, et j’ai retrouvé cette aisance européenne, cette convivialité du continent et cette chaleur solaire… Des pays, et dans ces pays, des territoires qui veulent changer des voies tracées, d’une économie totalitaire, d’aménagements destructeurs, et veulent innover dans moult secteurs : des énergies, des mobilités, de la démocratie, des équités, des droits, des solidarités, de la protection de la nature, des forêts et des rivières… Des semences et de la faune sauvage… Une vraie vision du futur… Pas si partagée par le monde que l’on sache ?

Alors cette Europe, si décriée par tous les « istes », les colèristes et poutinistes et hystéristes et extrémistes de tout poil, n’est-elle pas le seul ferment dans le monde de demain ? Ne sera-t-elle pas la seule porteuse d’une vision d’avenir viable, vitale et vivante à l’aube de guerres, totalitarismes et dictatures, destructions environnementales et dislocations des valeurs morales…  Oui demain nos sœurs et frères des Suds, de Géorgie ou de Somalie seront les cofondateurs de cette Europe des richesses immatérielles du monde, de l’apaisement et sérénité du monde.

Enfin, si besoin il en était ; sur cinq, trois étant restés en France,  deux de mes filles (Colline et Angèle de mes années Giono) sont mariées en Hollande, et vivent à Delft et Den Haag (la Haye), ainsi que quatre de mes petits-enfants. L’Europe est réelle au quotidien. Elle nous façonne et nous la façonnons. C’est peut-être la pépite que nous laisserons aux générations qui viennent. Une jeunesse européenne qui ne connaîtra plus les postes frontières et fouilles à la douane… De notre époque. Une jeunesse qui se rencontre, qui voyage, se connecte, s’apprivoise, et construit le futur de l’Europe. Ou l’Europe du futur ?

Les démocraties occidentales sont fragiles. Montée de l’intolérance, wokisme, confusionnisme et conspirationnisme, négationnisme climatique, antisémitisme,  hystérisation des débats, violence contre les élus,  contestations des corps intermédiaires, réseaux asociaux prédominants, inculture généralisée,  désinformation et fake news, faiblesse des syndicats, égoïsme et  individualisme exacerbés,  violence contre les femmes et les enfants,  culture du déni ou de l’indifférence,  fatalisme et ressentiment, rancœur et  hostilité face aux étrangers,  etc… « Nous sommes en 1930 », à la veille d’une période les plus rude, violente, irrespectueuse et malhonnête de notre histoire. N’en déplaise, les ingrédients sont là ! Sommes-nous capables de ne ni faiblir ni trahir nos idéaux. Ni décevoir les « jours heureux » du programme du Conseil National de la Résistance. De trahir ceux qui sont tombés pour la paix et la démocratie. La liberté. Ou ont transmis le flambeau : Edgar Morin, Stéphane Hessel, Claude Alphandéry, Berty Albrecht, Laure Diebold, Marie Hackin, Simone Michel-Levy, Émilienne Moreau-Évrard et Marcelle Henry, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, et toutes et tous les autres.

J’ai dû garder cet internationalisme de la liberté de Malatesta à Bakounine, de Kropotkine à Elisée Reclus, de Makhno à Emma Goldmann, de Louise Michel à Voline ou Durruti… Qui fait aimer les autres.  Quel continent porte à ce jour la liberté des Femmes et les combats écologiques et sociaux. Quelle jeunesse européenne de Greta Thunberg à Camille Etienne, de Luisa Neubauer à Iris Duquesne ou Adélaïde Charlier… mènent le plus les combats pour le devenir du monde et de notre humanité ? Nous y sommes ! Demain nous nous engagerons encore plus pour cette Europe…

Les froideurs des petits matins glaciaux où nous nous retrouvons, illégitimes pour contester des votes, car ayant désertés les conquêtes de nos dignes anciens, seront des matins blêmes « de gueule de bois » qui souvent durent six ans voire plus. Les systèmes autoritaires arrivent plus souvent de nos lâchetés plus que de leur capacité à convaincre ! « Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles  » disait Max Frisch, ami de Bertolt Brecht, dès 1930 avant l’arrivée d’un moustachu au pouvoir le 5 mars 1933 avec 43,91 % des voix…

Alors toujours et encore miser sur la Société Civile, résistante par nature quels que soit les faillites des partis politiques et les outrances des Droites extrêmes ou extrêmes Droites. Les collectifs, les mouvements sociaux, les associations et réseaux mutants sont à l’œuvre, toujours et partout, quelles que soient les politiques. Entre résilience et résistances, elles garantiront cette sociabilité et amabilité qui font société, transformant réellement les choses. Qui fait bien et bon vivre ensemble. Et devenir ensemble. Là, en ce moment, est la preuve que la liberté, de penser, d’écrire, de publier et d’expression est une des forces de nos démocraties occidentales. Dans plus de cent pays, cette évidence relève de la prouesse ou de la prison !

Alors nous allons voter ce 9 juin … Il n’y a pas si longtemps, des millions d’Européens ne pouvaient pas exercer leur droit de vote ni exprimer leurs opinions librement. Le simple fait d’être différent, d’avoir des convictions divergentes ou de vouloir changer de vie pouvait mettre leurs jours en danger. La démocratie est un héritage précieux des générations précédentes. Les Européens avaient soif de démocratie et se sont battus pour elle. Il nous appartient aujourd’hui de la défendre, de la rendre plus forte et de la transmettre aux générations futures. C’est en nous rendant aux urnes que nous pouvons au mieux y parvenir, car plus nous sommes nombreux à voter, plus la démocratie devient forte. Bien sûr nous ne vous dirons pas pour qui voter ; de Valérie Hayer (Renaissance – MoDem – Horizons – UDI – Parti radical) ou de Raphaël Glucksmann (Parti socialiste – Place publique) ou encore Marie Toussaint (Europe Ecologie – Les Verts) et Léon Deffontaines (Parti communiste français) ou Manon Aubry (La France insoumise). Cette chère liberté est de mise ! Seul avis : votez !

L’Europe est une invite à la différence, à la connaissance des uns et des autres, à la reconnaissance et à la rencontre, la richesse de nos différences, de nos cultures, de nos vies désordonnées. J’aime cette Europe un peu bordélique.  Et j’ai confiance. Dans cette Russie qui va jeter son dictateur par-dessus bord et retrouver sa vitalité européenne, cette Turquie qui va revenir à ses fondamentaux laïcs et sera phare du monde obscurci par des religiosités obsolètes. En cette Europe qui va oser, comme bases du nouveau monde, la relation empathique à notre environnement, comme en la justice comme nouveau contrat social. Et la beauté comme levier de plénitude et d’épanouissement. D’émancipation. C’est ce 9 juin et on le décide ensemble !

Claude Veyret

26150 Die

Die, 1er mai 2024

2 Commentaires

  1. Medias Citoyens Diois

    S’abstenir aux élections européennes c’est voter CONTRE l’Europe.
    Le 9 juin, l’Europe à besoin de nous.
    Ecolo, mobilisons-nous pour la démocratie, pour la paix, pour la planète.
    Il nous reste 1 mois pour convaincre.
    Karima Delli

    Réponse
  2. merci Claude ,c ‘est juste et beau ce que vous écrivez . Sauf que ..élection … c’ est tous les jours …. que nous, européens , sentions nos morts sous pieds et leur rage de voir, une Europe achetée et hipnotisée …
    oui ,c’est beau de ramener au premier plan les « must » , mais il ne faut que se rappeler de nos grandes mères /péres ..
    simplicité , courage , effort , partage et sympatie …c’est ça aussi la mémoire européenne … c ‘est mon capital journalier , la carotte pour mon âne ..
    Merci Claude ,moi aussi je sens le privilège d’ètre européenne , basque de biskaye

    Réponse

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