Les stars francophones engagées ont-elles quelque chose à envier aux américaines?
Les codes qui les entourent sont diamétralement différents. Alors, qu’est-ce qui fait la spécificité des artistes françaises?
Définir le mot «popstar» est aussi compliqué que casse-gueule. Désigne-t-il un ou une artiste aux millions de disques vendus? Une star en une des tabloïds? Quelqu’un qui fait avant tout une musique accessible? La définition officielle donnée à la popstar est plutôt généraliste: «une vedette célèbre de la musique pop». Alors, qui a dit que les popstars francophones n’existaient pas? Dans ces cas-là, Lorie joue dans la même cour que Britney Spears, Françoise Hardy serait notre Taylor Swift… Et pourquoi pas dire qu’Édith Piaf était autant une popstar que Lady Gaga?
Cependant, ces stars françaises n’ont pas la même aura que leurs consœurs américaines ou britanniques –notamment parce qu’elles n’évoluent pas dans les mêmes codes, totalement adaptés aux attentes et aux contraintes des pays francophones.
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Plumes engagées
«Pour moi, les popstars francophones existent. Cependant, on a repris le modèle qui entoure celles qui sont américaines pour les adapter à notre marché», admet Khal Ali, créateur de contenu et spécialiste de la pop culture. En premier lieu, cela s’est fait en considérant les popstars francophones plutôt comme des artistes à textes: «En France, nous avons cette idée que les auditeurs et auditrices seraient plus séduits par les paroles et la puissance de la voix que par le reste, comme la danse, par exemple», souligne-t-il.
Ailleurs, la popstar pourrait être celle qui atteint un statut extrêmement populaire, mais dont l’image pourrait presque effacer la création. Face aux shows totalement démentiels d’une Katy Perry, ceux de Juliette Armanet paraissent effectivement plus conventionnels. Sauf que cette dernière, dont le dernier album est certifié double disque de platine, coche totalement la case de la vedette de la musique pop… en étant, en prime, une plume. Pareil pour Mylène Farmer, Lio ou France Gall, «totalement des popstars» pour Khal Ali.
Autre différence: l’engagement. «Ici on attend des popstars qu’elles soient engagées, qu’elles prennent partie pour certains sujets de société», admet le spécialiste. Ce que constate aussi Patricia Teglia, attachée de presse notamment d’Angèle ou de Zaho de Sagazan: «Être une popstar, c’est aussi mettre sa popularité au service d’une cause.»
Les plus grandes l’ont fait (Beyoncé, Taylor Swift), mais en francophonie, c’est presque un passage obligé: Angèle, avec son tube «Balance ton quoi», en est le parfait exemple, tout comme Clara Luciani avec «Cœur» et Zaho de Sagazan avec «Les Dormantes» contre les violences conjugales. Toutes les deux ont aussi pris parti récemment contre le Rassemblement national. Ce fut également le cas d’Aya Nakamura sur son compte X. Lio, quant à elle, est connue pour son engagement féministe sans faille.
Pas de culte de la célébrité
Les stars américaines le sont aussi parce que leurs auditeurs et auditrices semblent raffoler des gossips portant sur la vie de leurs stars préférées – inutile de rappeler le nombre de unes qu’a pu faire Britney Spears. Outre-Atlantique, la popstar, en ce sens, est plutôt celle au sujet de laquelle «le culte de la célébrité est poussé à son paroxysme», admet Khal Ali. Un culte au gré duquel on va s’intéresser à ses déboires, sa vie amoureuse ou ses frasques, parfois plus qu’à sa musique.
En ce sens, la popstar francophone est plus discrète, tant nous sommes peu habitués à cette culture du tabloïd, qui peut pourtant asseoir (ou détruire) une carrière aux États-Unis. Surtout, contrairement à ici, elles sont des pures produits du genre: «On a toujours l’idée en tête des popstars américaines qui ont une longévité incroyable car elles ont commencé lorsqu’elles étaient enfants. Nous, on n’a pas ce phénomène, analyse Patricia Teglia. Et puis, ici, nous n’avons pas d’événements à l’image du Super Bowl qui établissent définitivement un statut.» Reste que dans sa définition, selon laquelle une popstar serait une icône grand public, toutes les chanteuses francophones précédemment citées le seraient malgré tout –à la française (ou à la belge).
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Les popstars francophones de variété ont aujourd’hui aussi la contrainte de s’adapter aux modèles d’écoutes et au succès du rap, genre le plus écouté. En 2019, selon le SNEP, les jeunes Françaises et Français âgés de 14 à 24 ans étaient 78% à écouter du rap –un record jamais atteint dans l’histoire des musiques en France, rappelait Mouv. Angèle en duo avec Damso, PLK avec Yseult, Enchantée Julia et Prince Waly… Coup monté ou véritable intérêt? Pour accroître leur notoriété et leur aura de popstar, beaucoup sont en tout cas passées par là.
Le rap, le hip-hop comme le R’n’B ont eux-mêmes enfanté des dizaines de popstars. Il suffit par exemple de voir les récents shows de Shay pour se souvenir de l’existence de vedettes populaires et talentueuses, véritables bêtes de scène: «Aya Nakamura, ça reste une popstar, mais les Français ne veulent pas l’accepter car elle ne coche pas les cases de la popstar qu’ils aimeraient s’imaginer», plussoie Khal Ali.
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Des femmes fortes et engagées
Partout dans le monde, le statut de popstar évolue. Billie Eilish n’a rien à voir avec Britney Spears et pourtant, son succès est comparable. Aujourd’hui moins dans le culte du secret et de l’inaccessibilité, les stars façonnent également leur image elles-mêmes grâce aux réseaux sociaux, s’adressant directement à leurs communautés. Parfois, elles font de la scène leur terrain de jeu, ce dont elles font profiter les internautes. Rosalia ou Angèle en sont la preuve: en utilisant des smartphones sur scène, elles proposent des shows à 360 degrés.
La figure de la popstar, qui n’est d’ailleurs pas que féminine (Pierre de Maere serait alors le nouveau Harry Styles?) continue à fasciner… et à allécher. La chanteuse en développement PAM affiche même fièrement sur ses réseaux sociaux la mention «Pop star», encadrée par deux fusées en emojis. Son storytelling est d’ailleurs déjà tout tracé, sa direction artistique déjà professionnelle.
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«L’image de la popstar est une vision, peut-être un peu naïve mais sacrément impactante que j’ai encore aujourd’hui et qui me pousse à croire en mes capacités et en mon projet, soutient PAM. Les popstars que l’on suit en tant qu’adulte véhiculent des valeurs de femmes fortes, confiantes, assumées, indépendantes et engagées.» Et qui, pour certaines, nous ramènent à notre enfance.
L’artiste a en mémoire cette époque des posters dans les chambres, des paillettes et autres histoires à succès, «qui nous donnaient l’impression que l’on pouvait tous y arriver». PAM n’est pas la seule à y croire: depuis la rentrée est diffusée sur Prime Vidéo une nouvelle saison de l’émission phare «Popstars», initialement diffusée sur M6 en 2001. Eddy de Pretto, Alonzo et Louane –eux-mêmes des popstars à la française–, sont les jurés de ce programme qui a fait son grand retour le 12 septembre dernier.
Angèle Chatelier
