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Hommage en France
23 novembre 2024
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L’historien et résistant Marc Bloch entre au Panthéon

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Emmanuel Macron a annoncé samedi à Strasbourg que l’historien et résistant Marc Bloch, «l’homme des Lumières dans l’armée des ombres», assassiné par la Gestapo en 1944, allait entrer au Panthéon, monument qui sert de nécropole aux personnalités exceptionnelles qui contribuent à la grandeur de la France.

«Pour son œuvre, son enseignement et son courage, nous décidons que Marc Bloch entrera au Panthéon», a déclaré le chef de l’État à l’occasion du 80e anniversaire de la Libération de Strasbourg le 23 novembre 1944.

Le résistant et historien, «l’homme des Lumières dans l’armée des ombres» tel que l’a qualifié le chef de l’État, a été assassiné par la Gestapo en 1944 près de Lyon. Marc Bloch avait fait une partie de sa carrière à l’Université de Strasbourg.

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French President Emmanuel Macron reviews the troops at the Place Broglie, during a ceremony to mark the 80th anniversary of the Liberation of Strasbourg, in Strasbourg, eastern France, on November 23, 2024. (Photo by Sarah Meyssonnier / POOL / AFP)

Le président français Emmanuel Macron passe en revue les troupes sur la place Broglie à Strasbourg en France, lors d’une cérémonie marquant le 80e anniversaire de la libération de Strasbourg, le 23 novembre 2024

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Marc Bloch, l’historien et résistant qui va entrer au Panthéon ?

Professeur d’histoire à l’université de Strasbourg, puis à la Sorbonne, il a d’abord fondé l’une des plus prestigieuses publications scientifiques sur sa matière, avant d’entrer dans la Résistance sous l’Occupation.

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« Pour son œuvre, son enseignement et son courage, nous décidons que Marc Bloch entrera au Panthéon ». C’est par ces mots que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé ce samedi 23 novembre la panthéonisation à venir de l’historien et résistant, fusillé par la Gestapo en 1944.

Si Marc Bloch a payé de sa vie son engagement dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale, c’est loin d’être la seule raison qui a motivé son entrée au Panthéon. Retour sur l’engagement d’un homme pour l’enseignement et la République.

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Professeur d’histoire, il est mobilisé en 14-18

Né dans une famille juive non pratiquante en 1886 à Lyon (Rhône), Marc Bloch est le fils de Gustave Bloch, un professeur d’histoire antique réputé qui a enseigné à l’université de Lyon mais aussi à l’École normale supérieure. Fort de cet héritage familial, l’adolescent réalise une scolarité exemplaire, en intégrant le lycée Louis-le-Grand à Paris. Il entre ensuite à l’École normale supérieure en 1904 et obtient l’agrégation d’histoire quatre ans plus tard.

L’homme petit et mince, à l’allure distinguée et aux fines lunettes cerclées d’intellectuel, commence sa carrière d’enseignant dans des lycées entre 1912 et 1914, à Montpellier (Hérault) puis à Amiens (Somme). Mais la Première Guerre mondiale le conduit à être appelé sous les drapeaux. Mobilisé en tant que sergent d’infanterie, il accède au grade de capitaine à l’issue du conflit. Il est décoré de la Légion d’honneur et de la Croix de Guerre avec quatre citations.

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Fondateur des « Annales d’histoire économique et sociale »

C’est au sortir de la Grande Guerre qu’il épouse Simone Vidal, en 1919, l’année où il reprend l’enseignement. Il est nommé « chargé de cours d’histoire du Moyen-Âge à la Faculté des Lettres de l’université de Strasbourg, puis obtient la chaire d’histoire du Moyen-Âge en 1927 », détaille l’établissement supérieur.

Il va alors rencontrer un homme qui va bouleverser son existence : Lucien Febvre. Les deux hommes fondent ensemble en 1929 les « Annales d’histoire économique et sociale », fer de lance de l’école historiographique française. Longtemps considérée comme la revue d’histoire la plus prestigieuse, elle a influencé nombre d’historiens à travers le monde. Ce succès lui permet de rejoindre la Sorbonne en 1936 en tant que professeur d’histoire.

« C’est le fondateur de l’histoire des mentalités, des croyances, des façons de penser », résume l’historien Julien Théry. Avec notamment son maître livre « Les Rois thaumaturges » (1924), il donne « à l’Histoire un autre objet que les grands noms, les grands événements, les batailles ». Ses méthodes pionnières permettent une nouvelle approche, avec « une Histoire qui s’intéresse aux profondeurs de la société » et saisit l’homme dans tous ses aspects. « Il préfigure Fernand Braudel » et son « Identité de la France », ajoute Julien Théry.

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« L’étrange défaite », son plus grand succès

« Passionné de la République » et grand patriote qui a signé dans les années 1930 le manifeste des intellectuels antifascistes, ce juif athée est à nouveau mobilisé en 1939 à sa demande, alors qu’il a 53 ans, six enfants et souffre d’une polyarthrite invalidante. « Je suis le plus vieux capitaine de l’armée française », disait-il.

Après un passage en Alsace, il est muté pour servir dans le Nord. À l’issue de l’Armistice du 22 juin 1940, via lequel le gouvernement du maréchal Pétain a concédé sa défaite face au Troisième Reich allemand, Marc Bloch retrouve sa famille dans la Creuse. Il y écrit alors « L’étrange défaite », un ouvrage sans concession. Et le plus connu, publié à titre posthume après-guerre, racontant de l’intérieur, de façon implacable, « le plus atroce effondrement de notre histoire ».

À l’époque, impossible pour lui de continuer son métier de professeur : le régime de Vichy a mis en place une loi qui interdit aux Juifs d’exercer dans la fonction publique et par ricochet, dans l’enseignement. Il est finalement « relevé de déchéance » pour « services scientifiques exceptionnels rendus à l’État français » et reprend son enseignement en janvier 1941 au sein de la faculté de Strasbourg, à l’époque établie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).

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Un résistant qui a continué l’enseignement jusqu’au bout

Mais lorsque les Allemands envahissent la zone libre en novembre 1942, il doit à nouveau renoncer. Avec les siens, il se réfugie dans la maison familiale de la Creuse, avant de faire une nouvelle fois le choix de cette France qu’il aime tant. « Marc Bloch n’avait foi qu’en une seule idée, la République », souligne sa petite-fille, Suzette Bloch. Lui, disait qu’il ne revendiquait sa judéité que « dans un cas : en face d’un antisémite ».

« La France, dont certains conspireraient à m’expulser (…) demeurera, quoi qu’il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur », écrit-il. Le professeur d’histoire rejoint la Résistance, plonge dans la vie clandestine à Lyon, intègre le mouvement Franc-Tireur. Sous le pseudonyme de « Chevreuse », puis d’« Arpajon » et « Narbonne », il constitue les Comités de la Libération de la région.

Il est arrêté le 8 mars 1944, interné à la prison de Montluc et torturé pendant des jours. En captivité, il redevient enseignant et instruit ses camarades d’infortune. « Si j’en réchappe, je reprendrai mes cours », leur confie-t-il. Il est finalement fusillé par la Gestapo le soir du 16 juin 1944 dans un champ broussailleux près de Lyon. Exécuté à la mitrailleuse, dans le dos. Avec 29 autres camarades, suppliciés par groupes de quatre.

Ses cendres sont transférées en 1977 dans le caveau familial du cimetière du Bourg-d’Hem (Creuse). Avec deux mots simples gravés en guise d’épitaphe, « Dilexit veritatem » (« J’ai chéri la vérité »), la devise couchée en 1941 dans son « Testament spirituel ».

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APPIS avec MCD

*La Gestapo, de son nom complet Geheime Staatspolizei ou police secrète d’État, était chargée de mettre hors d’état de nuire les ennemis du régime, quels qu’ils soient. Elle disposait de larges moyens d’action, de la mise en place de dispositifs d’écoute et de surveillance à la torture. L’une de ses tâches majeures consistait à coordonner la déportation des Juifs vers les divers ghettos et camps de concentration. Il s’agissait donc d’un organe majeur du IIIe Reich, officiellement créé en avril 1933. Toutefois, il lui faudra plusieurs années pour atteindre son apogée et la puissance qui reste gravée dans les mémoires actuelles. La mise en place de la Gestapo se fait cependant par étapes. Hitler doit en effet lever deux obstacles majeurs : les protections prévues par la Constitution contre l’arbitraire policier, et le fonctionnement décentralisé de la police politique, qui dépend encore des différents États confédérés et non directement du chancelier. Hitler parvient à ses fins en recourant à des décrets d’urgence, notamment le décret du 28 février 1933. Après l’incendie du Reichstag, la police est autorisée à enquêter sans plus tenir compte de la notion de vie privée.

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