Les débats sur l’éducation
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« Il est urgent de redonner à l’école les moyens de retisser les liens humains qui sous-tendent la société »
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Collectif
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Un collectif de chercheurs, de responsables associatifs et syndicaux de l’éducation baptisé Riposte éducation – dont font partie Bernard Lahire, Philippe Meirieu et Sylvie Plane – appelle à « refonder » le système éducatif pour aller vers davantage de coopération, d’épanouissement et d’émancipation des jeunes.
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10 décembre 2024
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Il y a bientôt un an, près d’une cinquantaine de mouvements pédagogiques, associations complémentaires de l’école, associations d’usagers et organisations syndicales, plusieurs centaines de chercheurs et personnalités de l’éducation lançaient le collectif Riposte éducation, à travers un premier appel rassemblant toutes celles et ceux qui ne peuvent se résigner à une école du tri social. Faisant le constat d’un service public d’éducation « qui va mal », où les inégalités scolaires se creusent, où la réussite scolaire est de plus en plus marquée par l’origine sociale et où les personnels sont à bout, où les enfants et les jeunes sont en souffrance, elles et ils appelaient à rompre avec les politiques éducatives menées depuis 2017 pour « refonder une institution éducative démocratique, humaniste, moderne ».
Un an après, nous lançons un nouvel appel dans un contexte politique instable et inquiétant, hostile à l’école publique et face à une nouvelle dégradation du système éducatif en France. Ce contexte appelle à repenser la finalité de notre système éducatif et à définir collectivement son rôle sociétal. Il est urgent de redonner à l’école et à ses personnels, aux parents, aux associations d’éducation populaire et d’éducation nouvelle, les moyens de travailler conjointement à l’épanouissement et à l’émancipation des jeunes, et de retisser les liens humains qui sous-tendent la société.
Aujourd’hui, le caractère ségrégatif du système scolaire risque d’être aggravé tant par les mesures du soi-disant « choc des savoirs » que par le fonctionnement d’établissements privés sous contrat revendiquant, sans contrainte de la part des pouvoirs publics, de ne pas appliquer les réformes afin de renforcer leur attractivité. Le poids du conseil scientifique de l’éducation nationale, qui s’illustre par la généralisation des évaluations nationales, ouvre la voie à une mise au pas idéologique de l’éducation nationale.
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Les métiers de l’éducation n’attirent plus
Le risque est grand que la finalité de notre système éducatif revienne à trier les élèves en ne permettant qu’à une petite proportion d’élus de pouvoir choisir leur voie et poursuivre des études. La hiérarchisation des savoirs et des filières, l’orientation par l’échec dès le collège, la diminution des enseignements généraux dans les filières professionnelles ne permettront pas aux nouvelles générations une autonomie et une possibilité d’évolution ou de mobilité professionnelle.
La crise de recrutement d’enseignants démontre à quel point les métiers de l’éducation n’attirent plus. Comparés à ceux des autres pays européens, les enseignants en France travaillent plus pour un salaire inférieur, avec des classes plus chargées. Le projet de réforme de la formation initiale doit se traduire par un haut niveau de qualification universitaire et professionnel nécessaire à la réduction des inégalités d’apprentissage.
Les métiers de l’éducation sont de plus en plus sous contrôle avec notamment la généralisation des évaluations nationales et l’imposition des « bonnes pratiques » pédagogiques. Loin du respect nécessaire aux personnels, on assiste à un management de plus en plus vertical et autoritaire renforçant la souffrance au travail. La contribution des mouvements d’éducation populaire et d’éducation nouvelle à la formation des jeunes est entravée par une diminution dramatique de leurs financements.
Avec le projet de loi de finances initialement prévu avant la motion de censure contre le gouvernement Barnier, une nouvelle ligne rouge est franchie : au moment où l’école va mal, la seule réponse du gouvernement est de fermer des postes dans le public et donc de maintenir l’illusion qu’on peut faire mieux avec moins. Avec les 4 000 suppressions d’emplois d’enseignants qui étaient jusqu’alors envisagées, nous faisons face à des choix dévastateurs pour l’avenir des enfants.
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Rendre enfin le système inclusif
Les baisses de financement des associations d’éducation populaires pénalisent les familles les plus modestes, restreignant en particulier l’accès de leurs enfants aux activités culturelles et sportives. La baisse de la démographie scolaire aurait pourtant pu être l’occasion d’améliorer notre système éducatif en poursuivant un investissement soutenable pour notre pays, en le rendant enfin véritablement inclusif dans de bonnes conditions pour les personnels, les élèves et les familles.
Sacrifier l’éducation ne peut pas être une option, tant elle est essentielle à la formation de citoyens éclairés à même de répondre aux enjeux écologiques, démocratiques et sociaux d’aujourd’hui et demain. Pour que l’école et l’éducation populaire contribuent de nouveau à une société plus égalitaire, une rupture avec les politiques menées actuellement est plus que jamais indispensable.
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En voici quelques premières pistes :
- la garantie de l’accès aux savoirs nécessaires pour l’ensemble des élèves afin de comprendre le monde et le transformer pour une société plus juste, à l’opposé de la réduction des enseignements aux seuls « fondamentaux » ;
- un apprentissage du vivre ensemble s’appuyant sur la mixité sociale et scolaire dans les classes et les établissements ;
- un service public d’éducation qui laisse la place au collectif, contre l’individualisation des parcours et des apprentissages ;
- un budget de l’éducation à hauteur des besoins, à rebours des logiques austéritaires, préservant et améliorant les dispositifs consacrés à l’éducation prioritaire ;
- un refinancement des mouvements d’éducation populaire et un meilleur soutien des mouvements de recherche et de formation ;
- un respect de la professionnalité des personnels de l’éducation, fondée sur les collectifs de travail, contre les contrôles toujours plus forts sur les pratiques professionnelles ;
- l’abandon des évaluations nationales standardisées obligatoires, des groupes de niveau au collège et de l’ensemble des mesures du « choc des savoirs » ;
- une formation repensée des personnels de l’éducation, en partant des besoins des élèves comme des agents, permettant de lutter contre tous les déterminismes ;
- une gouvernance éducative démocratique, respectant l’ensemble des acteurs et actrices (personnels et usagers) ;
- la reconstruction du métier d’enseignant et de la formation à ce métier, dans la coopération entre les professeurs et les chercheurs en éducation.
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Ces mesures d’urgence sont un premier pas pour rompre avec un service public d’éducation ségrégué, exacerbant le tri social. Nous poursuivons collectivement le grand mouvement d’élaboration d’alternatives pour l’école, lancé en décembre 2023 et visant à une grande réforme pour refonder une institution éducative démocratique, humaniste, moderne. Nous appelons à un grand débat en septembre 2025 autour des finalités et du rôle sociétal de notre système éducatif, pour traiter de front et dans leurs relations les multiples enjeux du monde de plus en plus complexe dans lequel nous sommes entrés.
Dominique Bucheton, professeure honoraire en sciences de l’éducation et de la formation, didacticienne du français ; Edwige Chirouter, professeure des universités en philosophie et sciences de l’éducation ; Bernard Lahire, sociologue, directeur de recherche au CNRS ; Claude Lelièvre, historien ; Brigitte Louichon, professeure émérite de langue et littérature françaises ; Philippe Meirieu, chercheur en sciences de l’éducation ; Denis Paget, membre du Conseil supérieur des programmes de 2013 à 2018 ; Sylvie Plane, professeure émérite de sciences du langage, vice-présidente du Conseil supérieur des programmes de 2013 à 2017 ; Yves Reuter, chercheur en sciences de l’éducation ; Jean-Yves Rochex, professeur émérite de sciences de l’éducation.
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Retrouvez la liste complète des signataires ici.
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Chercheur·es et personnalités du monde de l’éducation
10 premiers noms
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● Bucheton Dominique (Professeure honoraire en sciences de l’éducation et de la formation – didacticienne du français)
● Chirouter Edwige (Professeure des Universités en Philosophie et sciences de l’éducation)
● Lahire Bernard (sociologue, Directeur de recherche CNRS)
● Lelièvre Claude (historien)
● Louichon Brigitte (Professeure émérite de langue et littérature françaises)
● Meirieu Philippe (Chercheur en sciences de l’éducation)
● Paget Denis (membre du Conseil Supérieur des Programmes (CSP) de 2013 à 2018)
● Plane Sylvie (Professeure émérite de Sciences du langage, vice-présidente du Conseil Supérieur des Programmes (CSP) de 2013 à 2017)
● Reuter Yves (Chercheur en sciences de l’éducation)
● Rochex Jean-Yves (professeur émérite de sciences de l’éducation)
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Liste complète (chercheurs, militants, associations)
● Acker Dominique (Conseil National de la Nouvelle Résistance)
● Allain-Moreno Elisabeth (SE-UNSA)
● Ahr Sylviane (Professeur des universités émérite en langue et littérature françaises)
● Bablet Marc, Coulon Michèle, Fédérini Fabienne (Collectif Langevin Wallon)
● Barrault Alain (OCCE)
● Bauné Benjamin (SUD éducation)
● Bernardin Jacques (GFEN – Groupe français d’éducation nouvelle)
● Boiron Véronique (Enseignante-chercheure en sciences du langage)
● Bucheton Dominique (Professeure honoraire en sciences de l’éducation et de la formation – didacticienne du français)
● Butlen Denis (Professeur des universités – didacticien des mathématiques)
● Caupenne Julie, Gori Roland, Del Volgo Marie-José (Appel des appels)
● Careil Hélène (ICEM pédagogie Freinet)
● Castagnet-Caignec Sonia (Maitresse de conférences en langue et littérature françaises)
● Chabanne Jean-Charles (professeur des universités en sciences de l’éducation)
● Chirouter Edwige (Professeure des Universités en Philosophie et sciences de l’éducation)
● Chrétien Maryse (AGEEM)
● Claude Marie-Sylvie (Professeure des universités en sciences de l’éducation)
● Clerico Jean-Baptiste (CEMEA)
● Connac Sylvain (Enseignant-Chercheur en sciences de l’éducation)
● Coulange Lalina (Professeure des universités en didactique des mathématiques)
● Cuilhé Hélène (ANCP&AF Association nationale des conseillers pédagogiques et autres formateurs)
● David Guislaine (FSU-SNUIPP)
● David Jacques (Maitre de conférences en Sciences du Langage)
● De Cock Laurence (historienne)
● De Peretti Isabelle (Professeure émérite en langue et littérature françaises)
● Delannet Fabienne (Polychrome -Edu Association des professeurs d’arts plastiques)
● Demante Monique (Une Ecole Un avenir)
● Étienne Richard (Chercheur en Sciences de l’Éducation)
● Favre Daniel (Professeur honoraire en Sciences de l’éducation à l’Université de Montpellier)
● Fombelle Laetitia, Gostain Daniel et Buisine Florence (FNAREN –Fédération nationale des associations de rééducateurs de l’EN)
● Gauthier Roger-François (Spécialiste de l’éducation comparée)
● Hubert Benoit (SNEP-FSU)
● Lacassagne Hélène (Ligue de l’enseignement)
● Lahire Bernard (sociologue, Directeur de recherche CNRS)
● Lanneau Nadine (Collectif Éducation bien commun)
● Le Guevel Gwenael (CRAP-Cahiers Pédagogiques)
● Lelièvre Claude (historien)
● Louichon Brigitte (Professeure émerite de langue et littérature françaises)
● Mariotte Christine (AGSAS – Association des Groupes de Soutien au Soutien)
● Meirieu Philippe (Chercheur en sciences de l’éducation)
● Mesbahi Abdelkrim (FCPE)
● Moinard Pierre (Maitre de Conférence en Langue et Littérature françaises)
● Nave-Bekhti Catherine (CFDT Éducation Formation Recherche Publiques)
● Nicollet Eric (SUI-FSU)
● Paget Denis (membre du Conseil Supérieur des Programmes (CSP) de 2013 à 2018)
● Passerieux Christine (militante pédagogique)
● Pécot Franck (Snep-UNSA)
● Piolti-Lamorthe Claire (APMEP- Association des professeurs de mathématiques de l’EP)
* Plane Sylvie (Professeure émérite de Sciences du langage)
● Rayou Patrick (Professeur émérite en sciences de l’éducation et de la formation, membre du CICUR)
● Rebière Maryse (Enseignante-chercheure en sciences du langage)
● Reuter Yves (Chercheur en sciences de l’éducation)
● Rochex Jean-Yves (professeur émérite de sciences de l’éducation)
● Roger Anne et Mauriat Caroline (FSU-SNESUP)
● Sauvaire Marion (Maitre de conférence HDR en didactique de la littérature)
● Sensévy Gérard (Collectif Didactique pour enseigner)
● Thiébaux Jérôme (APEMu – association des professeurs d’éducation musicale)
● Vénétitay Sophie (SNES-FSU)
● Watrelot Philippe (militant pédagogique)
● Waszak Cendrine (Maitresse de conférences en sciences de l’éducation
● Youx Viviane (AFEF – Association française pour l’enseignement du français)
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