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« La cérémonie d’investiture de Trump risque de ressembler à un sommet informel de l’“internationale réactionnaire” »

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Sylvie Kauffmann

Analysée par des chercheurs argentins à propos du président Javier Milei et dénoncée par Emmanuel Macron, l’« internationale réactionnaire » existe-t-elle ? Elle semble prendre forme à l’ombre du trumpisme et dépasse le simple groupe des « hommes forts », explique, dans sa chronique, Sylvie Kauffmann.

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  15 janvier 2025

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Qu’y a-t-il de commun entre Keir Starmer, Olaf Scholz, Mette Frederiksen et Justin Trudeau, les chefs de gouvernement britannique, allemand, danois et canadien ? Ils sont tous sociaux-démocrates ou de centre gauche. Et ils ont tous été, ces deux dernières semaines, la cible d’attaques de Donald Trump ou d’Elon Musk.

Autre caractéristique qu’ils partagent : ils ne sont pas invités à la cérémonie d’investiture du président Trump, lundi 20 janvier, à Washington. Rien d’étonnant, diront les experts du protocole : traditionnellement, les chefs d’Etat ou de gouvernement étrangers ne sont pas invités. Il y en aura pourtant quelques-uns lundi, mais ceux-là ne sont pas de la même obédience que ces centristes relégués à un autre monde. Car la liste des personnalités étrangères conviées par l’équipe Trump, que l’on découvre au fil des jours, ressemble de plus en plus à un sommet informel de cette nouvelle « internationale réactionnaire » inventée en Amérique latine et dénoncée, le 6 janvier, par Emmanuel Macron.

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L’expression, que le président français a utilisée à propos du patron du réseau social X, le milliardaire Elon Musk, a été analysée, en novembre 2023, dans la revue Le Grand Continent, par deux chercheurs argentins, pour décrire le courant incarné par le président iconoclaste Javier Milei, aussi surnommé el loco (« le fou ») dans son pays. Les deux universitaires Bernabé Malacalza et Juan Gabriel Tokatlian décryptent la « diplomatie complotiste » de Milei et voient émerger, avec lui, une nouveauté, celle d’une « internationale réactionnaire de facto, aux multiples facettes, géographiquement dispersée et idéologiquement hétérogène ».

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Dix-huit mois plus tard, nous y sommes. En 2025, sans être institutionnalisée comme a pu l’être l’Internationale socialiste, l’« internationale réactionnaire » prend forme – une forme chaotique, à l’image du monde. Javier Milei, libertarien qui se vante d’avoir un « mépris infini pour l’Etat » et dont Trump dit qu’il est son « président préféré », a été le premier à annoncer sa présence à la cérémonie d’investiture. Il y sera en bonne compagnie : aucune liste officielle des invités étrangers n’a encore été publiée, mais chaque nouveau nom qui circule enrichit un palmarès, de plus en plus fourni, des têtes de mouvements populistes de la planète.

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Le cas Meloni

Il y a le président du Salvador, Nayib Bukele, icône de l’extrême droite mondiale, l’homme qui a plus de followers sur X (7,1 millions) que de concitoyens (6,3 millions), le « roi philosophe » autoproclamé, qui a débarrassé son pays d’une criminalité hors de contrôle en jetant en prison plus de 80 000 hommes. L’ex-président brésilien Jair Bolsonaro aimerait beaucoup honorer son invitation au Capitole, mais il n’est pas sûr de pouvoir récupérer son passeport, dont la justice l’a privé pour cause de tentative de coup d’Etat.

Dans un style très différent qui confirme l’hétérogénéité de ce groupe, Giorgia Meloni, la première ministre d’Italie, est aussi conviée, probablement la seule dirigeante européenne avec le Hongrois Viktor Orban. Le cas Meloni est le plus problématique pour l’Union européenne, bien plus que celui du marginal Orban : sa proximité affichée avec Musk et le futur président expose un risque réel de division face à la seconde présidence Trump. C’est peut-être la raison pour laquelle, à cinq jours de l’événement, ni Giorgia Meloni, ni Viktor Orban n’aient encore confirmé qu’ils feraient le voyage.

Les autres Européens ayant fait savoir qu’ils étaient invités sont du même courant politique, mais aspirants au pouvoir : Santiago Abascal, leader du mouvement d’extrême droite espagnol Vox, Tom Van Grieken du parti belge Vlaams Belang, le Français Eric Zemmour de Reconquête !. Certaines de ces invitations ont circulé par l’intermédiaire des Patriotes, le groupe nationaliste fondé par Orban au Parlement européen et présidé par Jordan Bardella, le chef du Rassemblement national, ce qui rend le silence de Marine Le Pen d’autant plus mystérieux.

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Retournement de dirigeants de la tech

Certains experts de cette internationale naissante incluent dans une « nouvelle droite » mondiale sur laquelle régnerait Trump les leaders chinois, Xi Jinping, et indien, Narendra Modi. Est-ce pousser un peu loin la « dispersion géographique » ? Pas pour Donald Trump, semble-t-il : rompant avec la tradition, il a invité Xi Jinping, qui a décliné, mais enverra un « représentant de haut niveau » – du niveau sans doute du chef de la diplomatie indienne Subrahmanyam Jaishankar, qui représentera le premier ministre Modi.

L’« internationale réactionnaire », si elle existe, ne sera pas à court de candidats. Au Canada, Pierre Poilievre, le chef du parti conservateur qui prône un « Canada first » a les faveurs d’Elon Musk et du podcasteur Joe Rogan, même s’il s’oppose à ce que son pays devienne le 51e Etat américain. En Autriche, Herbert Kickl, leader du parti d’extrême droite FPÖ aux portes du pouvoir, serait bien placé. Sans parler de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), dont Elon Musk fait activement la promotion sur son réseau.

La dynamique de ce mouvement mondial, regroupé à l’ombre du trumpisme et qui dépasse le simple groupe des « hommes forts », est un autre défi que les dirigeants centristes des démocraties occidentales, de droite ou de gauche, n’ont pas vu venir. Il est à la mesure du retournement de dirigeants de la tech américaine comme Mark Zuckerberg, autrefois prétendu défenseur de garde-fous sur Internet, aujourd’hui héraut de la liberté d’expression absolue et fan du masculinisme.

« Ils sont très forts, ils ont de l’argent », dit le président Macron. Avec la puissance de feu des Musk et Zuckerberg, portant très haut la bannière MAGA (Make America Great Again), l’Europe désarçonnée prend conscience que Trump II risque fort, en effet, d’être bien pire que Trump I.

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auteur

Sylvie Kauffmann à suivre sur Le Monde

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