La fortune des milliardaires a augmenté de 2 000 milliards de dollars en 2024
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Selon Oxfam, un milliardaire a amassé, l’an dernier, 2 millions de dollars de plus en moyenne par jour. S’il fait partie des 10 plus riches du monde, c’est 100 millions supplémentaires au quotidien. L’ONG alerte sur les dangers démocratiques de cette accumulation extrême de richesses.

Ce lundi 20 janvier, les milliardaires ont l’embarras du choix sur le lieu où passer leur journée. Les trois hommes les plus riches du monde ont opté pour rester aux Etats-Unis. Elon Musk, le PDG de Tesla (430 milliards de dollars de fortune – soit environ 418 milliards d’euros –, selon le magazine Forbes), Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon (235 milliards de fortune) et Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook (213 milliards) seront aux premières loges de l’investiture de Donald Trump à Washington DC. Ils ne seront pas les seuls milliardaires aux alentours. Une bonne dizaine d’autres sont recensés parmi les invités dont, selon le Canard enchaîné, le Français Bernard Arnault (181 milliards de dollars de fortune). Ceux sans carton d’invitation pourront toujours rejoindre la Suisse, dans la station de ski de Davos, pour participer à l’ouverture programmée le même jour du forum économique mondial.
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«Trillionnaire»
Ces milliardaires, à l’échelle mondiale, sont de plus en plus nombreux et de plus en plus riches. C’est l’un des constats dressés par Oxfam, qui publie à l’occasion de Davos, son rapport annuel, intitulé cette année «L’art de prendre sans entreprendre». L’ONG de lutte contre la pauvreté calcule, en s’appuyant sur les données de Forbes, que 204 personnes supplémentaires sont devenues milliardaires en 2024, ce qui porte leur nombre à 2 769. Leur fortune totale a augmenté la même année de 2 000 milliards de dollars, à une cadence trois fois plus rapide que l’année précédente.
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Chaque jour de 2024, un milliardaire a amassé 2 millions de dollars de plus en moyenne. S’il fait partie des dix plus riches du monde, ce ne sont pas 2 millions, mais 100 millions supplémentaires au quotidien. La croissance de leur fortune est telle que bientôt, le terme de milliardaires ne correspondra plus à certains d’entre eux, ceux qui détiendront plus de 1 000 milliards de dollars. Le mot pour les nommer ne figure pas dans le Petit Robert, ce sont des «trillionnaires». Alors qu’Oxfam estimait l’an dernier que le premier trillionnaire existerait dans dix ans, l’ONG considère désormais que l’emballement est tel ces derniers temps que «si les tendances actuelles se maintiennent, ce sont cinq personnes qui atteindront ce niveau de richesse sur la même période». En France aussi, la fortune des milliardaires s’accumule avec 24 milliards d’euros de plus par rapport à 2019 et un record de 1228 milliards battu l’an dernier. La grande majorité des milliardaires (68 %) se situent dans les pays du Nord, où ne vit que 21 % de la population mondiale.
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«Situation de monopole»
Des montants tellement stratosphériques qu’il est difficile de se les représenter. «Tout cela devient illogique, réellement illogique. La gravité de ce que l’on dénonce depuis des années augmente», s’inquiète Cécile Duflot, la directrice d’Oxfam France. Qualifiant 2024 de nouvelle «année d’accumulation», elle souligne le «vrai problème de proportions, qui fait qu’on ne mesure plus ce fossé énorme qui s’est creusé» et s’appuie sur l’histoire. «Souvenez-vous de 1989, les années fric, quand la fiche de paie du patron de Peugeot [Jacques Calvet, ndlr] avait été publiée, cela avait provoqué un scandale, il gagnait 30 fois plus que ses ouvriers. Aujourd’hui, c’est 340 fois plus.» Alors que le débat sur les textes budgétaires a repris au Parlement avec un projet de loi de finances qui vise désormais à faire passer le déficit public de 6,1 % du produit intérieur brut à 5,4 %, elle s’y réfère pour ajouter une comparaison : «Les 50 milliards d’euros qui focalisent le débat budgétaire, c’est moins de 10 % de la fortune cumulée des 47 milliardaires français. Ça n’est pas du tout banal à l’échelle de l’histoire.» Et encore une autre : «Bernard Arnault, on lui prend 99 % de sa fortune, il est toujours milliardaire.» C’est le cas des dix hommes les plus riches du monde.
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La victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, après une campagne largement financée par Elon Musk, qui prend la tête d’un organe consultatif, le département de l’Efficacité gouvernementale, font peser un risque majeur sur la démocratie, s’alarme par ailleurs Oxfam. L’ONG n’est pas la seule, Joe Biden vient de quitter la Maison Blanche en déclarant, depuis le bureau ovale, que la «concentration du pouvoir aux mains de très peu de personnes ultrariches» était «dangereuse». Pour Cécile Duflot, il est désormais clair que «les milliardaires achètent le pouvoir» : «Elon Musk a acheté Donald Trump, le danger que représente l’économie des milliardaires est un risque démocratique majeur. La démocratie est fracturée avec un fantasme entretenu sur l’idée que les plus riches méritaient cette fortune, alors que dans la majorité des cas, elle provient de situations de copinage, d’héritage ou de situation de monopole.» Un quart des milliardaires français est issu des trois mêmes familles, relève Oxfam.
Pour sortir de cette ornière et réduire les inégalités entre les pays du Nord et ceux du Sud et à l’intérieur de chaque pays, l’organisation réitère ses multiples revendications. Elle propose, entre autres, l’instauration de plans nationaux «visant à ce que le revenu total des 10 % les plus riches ne soit pas supérieur au revenu total des 40 % les plus pauvres», la mise en place d’une taxe mondiale sur les ultrariches, à propos de laquelle les discussions progressent à petits pas à l’échelle internationale, ou encore le démantèlement des monopoles et la limitation du pouvoir des grandes entreprises.
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Le poids de l’héritage colonial
En France, «une personne parmi les 1% les plus riches gagne en six jours ce qu’une personne parmi les 50% les plus pauvres gagne en un an», calcule Oxfam. Pour éclairer les inégalités économiques actuelles, son rapport annuel se penche sur le poids de l’héritage du passé colonial, qui se manifeste en particulier dans «les disparités persistantes entre la France continentale et les territoires ultramarins». Le taux de pauvreté, par exemple, est quatre fois plus élevé en Guyane et cinq fois plus élevé à Mayotte – selon les statistiques publiées avant que l’archipel ne soit dévasté par le cyclone Chido. Si tant de difficultés systémiques subsistent, c’est, selon le rapport qui s’aligne sur plusieurs analyses économiques précédentes, qu’après «leur départementalisation, les territoires ultramarins historiques ont conservé des structures économiques marquées par l’époque coloniale et plus de deux siècles d’esclavage et d’exploitation des ressources. Cet héritage a notamment orienté leurs spécialisations économiques et favorisé une dépendance économique vis-à-vis de la France hexagonale». Peu ouverts vers les économies voisines, ces territoires se trouvent dans la «nécessité d’importer tout ce qui n’est pas ou plus produit sur place, soit la majeure partie des produits essentiels aux besoins humains et au développement économique, et donc une dépendance vis-à-vis de l’Hexagone». Ils sont confronté à des «prix exorbitants», en moyenne «de 9 à 16% plus élevés que dans l’Hexagone au minimum», comme l’a récemment illustré une enquête de «Libération». Une situation toujours pas résolue, qui affecte en particulier les plus pauvres et alimente les mobilisations sociales de la population contre la vie chère.
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