« Planter, c’est bien. Mais il faut aussi cesser d’artificialiser » : quel est l’impact réel des forêts urbaines ?
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Margaux Otter
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La troisième forêt urbaine de Paris devrait voir le jour en juin, sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Faisant office d’îlots de fraîcheur, ces bosquets sont censés répondre aux enjeux du réchauffement climatique dans les villes.
Dans le froid mordant de cette mi-janvier, quelques ouvriers s’activent sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. En quelques mois, la physionomie de l’emblématique place a bien changé : elle est désormais défigurée sur sa gauche par un trou béant de deux mètres de profondeur, consolidé par un échafaudage en bois. De l’autre côté, dans une parfaite symétrie, le fossé a déjà été comblé de terre et des arbres aux racines encore emballées ont fait leur apparition.
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Huit mois de travaux seront encore nécessaires pour livrer la troisième forêt urbaine de la capitale – après la place de la Catalogne dans le 14e arrondissement, et le bois de Charonne dans le 20e. Dans l’optique de rafraîchir cet îlot de chaleur minéral au cœur du 4e arrondissement de Paris, une centaine d’arbres devraient être plantés d’ici au printemps. Des rangées de chênes chevelus de Bourgogne et de charmes communs, essences répandues dans les forêts franciliennes, mais aussi de féviers d’Amérique et de micocouliers de Julian, censés mieux résister au dérèglement climatique, bourgeonneront bientôt.
Au total, c’est presque 1 000 m2, soit entre 25 et 30 % de la place, qui seront végétalisés en pleine terre. Pour augmenter « la surface de vert », la mairie a fait le choix de recouvrir de végétation les deux fontaines, qui seront asséchées. « Ce nouveau paysage garantira les vues historiques, notamment sur Notre-Dame de Paris » de l’autre côté de la Seine, s’est enthousiasmée la maire socialiste Anne Hidalgo lors de la visite du chantier. Le tout pour un coût total du chantier de 6 millions d’euros.
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« Mettre des arbres, ça a toujours un effet »
C’est un fait, la mini-forêt urbaine est tendance. « La nature reprend ses droits sur la cité », affirmait en grande pompe la mairie de Paris en 2019, lors de l’annonce de la création des premiers bosquets de verdure de la ville, place de la Catalogne. « Ça va être beau mais aussi beaucoup plus agréable et rafraîchissant », se félicitait vendredi 17 janvier Anne Hidalgo, vêtue d’un gilet orange de chantier. L’édile peut s’appuyer sur les résultats obtenus par les deux autres îlots de verdure parisiens. D’après Amélie Astruc, cheffe de division au sein de la direction des espaces verts de la Ville de Paris, les 470 arbres qui composent la forêt urbaine de la place de la Catalogne auraient ainsi permis de faire baisser la température à ses abords directs « jusqu’à 4 °C ».
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Si les détracteurs de la maire socialiste dénoncent du greenwashing, Marc Saudreau, bioclimatologiste à l’Institut national de la Recherche agronomique (Inrae) et membre du projet Cooltrees sur le rafraîchissement des villes grâce aux arbres, balaye les critiques : « Mettre des arbres, ça a toujours un effet. » Sous le couvert arboré, « la température ressentie peut être entre 6 et 10 °C inférieure à celle qu’on pourrait ressentir en plein soleil », détaille le chercheur. Pour autant, annoncer que l’on va planter 150 arbres « ne veut pas dire grand-chose », explique-t-il :
« Si les arbres sont rachitiques, ils peuvent être très nombreux sans que cela n’ait d’impact. L’important, c’est qu’ils soient bien feuillus, pour fournir de l’ombre et transpirer beaucoup. »
En favorisant l’implantation d’insectes et d’oiseaux, la mini-forêt urbaine a vocation à devenir un abri pour la biodiversité. La plantation participe aussi à la restauration de sols dégradés, à une meilleure captation du CO2 – « plusieurs dizaines de kilos par an » – et à la filtration des eaux de pluie. « Sans compter les bénéfices psychologiques : la verdure, ça fait du bien », conclut Marc Saudreau.
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Espace, eau et minerais
Le pouvoir climatiseur des végétaux comporte par ailleurs une limite de taille. Sans un apport important en eau et minéraux, les arbres ont peu de chance d’agrandir leur système racinaire. Pour se développer, ils ont aussi besoin d’une couche d’humus de 30 à 40 centimètres et de former leur ancrage vertical dans les dix premières années. « Deux mètres de profondeur, ça me paraît peu pour la plantation », concède Marc Saudreau. Leur âge est enfin un facteur de risque. « Planter autant de grands arbres sur un espace aussi resserré, c’est une première », reconnaît Amélie Astruc. « Les chances de reprise sont meilleures lorsque les arbres sont plantés plus jeunes », admet la spécialiste, qui justifie le choix d’avoir sélectionné des arbres plus âgés par la nécessité d’un « rendu immédiat et majestueux ».
Pour autant, la forêt urbaine seule ne résout rien : Marc Saudreau pointe l’impératif de déminéraliser les villes. « Entre le bitume, les surfaces imperméables en béton, le métal des constructions… Les villes accumulent le rayonnement solaire toute la journée et restituent la chaleur la nuit, pointe-t-il. Planter, c’est bien. Mais il faut aussi cesser d’artificialiser. » Derrière la polémique sur la place des arbres, c’est la densification de Paris qui est en jeu, alors que, dépourvue de grands parcs intra-muros, la ville affiche un ratio de nature par habitant inférieur de moitié aux 10 m2 prescrits par l’Organisation mondiale de la Santé. En attendant, la mairie promet de continuer à verdir les rues de la capitale.
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Les travaux de la quatrième forêt urbaine, place du Colonel-Fabien (10e et 19e arrondissements) vont commencer cette semaine – ils dureront « un an », indique Thomas Chevandier, adjoint en charge de la construction publique et des chantiers. Alors que 50 arbres sont en train d’être plantés sur le quai aux Fleurs, une votation citoyenne permettra, en mars, aux Parisiens de se prononcer sur les « rues-jardins ». Avant la fin du mandat d’Anne Hidalgo en 2026, l’équipe municipale aura « débitumé 60 hectares », promet l’édile, qui souhaite faire passer ce chiffre à « 300 hectares » en 2040.