Allemagne : AfD, la bête ( la peste brune ) qui monte…
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L’AfD mise aussi sur l’exaspération des Allemands, traumatisés par la série d’attaques meurtrières perpétrées par des migrants : un Saoudien à Magdebourg en décembre, un Afghan à Aschaffenbourg en janvier et un autre, Afghan, à Munich le 13 février, soit quelques jours seulement avant les élections. Dans une République fédérale habituellement très policée, particulièrement attentive au respect de l’État de droit, la violente campagne qui s’achève n’incite guère à l’optimisme. Faute de majorité claire, beaucoup craignent de voir le Bundestag s’enliser dans une instabilité chronique, semblable au désolant spectacle que donne depuis des mois l’Assemblée française. D’autres, plus pessimistes encore, estiment que l’Allemagne n’est pas à l’abri d’un scénario à l’autrichienne, où la droite déboussolée avait fini par engager des négociations pour une coalition avec le FPÖ, un parti fondé par un ancien général SS qui n’a pas, loin s’en faut, tout renié de ses origines… En l’occurrence, les deux partis n’ont pas réussi à trouver d’accord.
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La fachotte, la bête immonde de l’Extrême droite
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Certes, le patron de la CDU a fait le serment de ne « jamais » gouverner avec l’extrême droite : « L’AfD se dresse contre tout ce que notre parti et notre pays ont construit dans les dernières décennies », déclarait-il encore le 3 février devant ses supporters. Longtemps impensable, l’alliance de la démocratie chrétienne et de l’extrême droite est pourtant devenue une hypothèse crédible depuis que les députés de ces deux partis ont additionné leurs voix pour donner une majorité à une résolution approuvant le principe de contrôle aux frontières afin de refouler tous les étrangers sans papiers, y compris les demandeurs d’asile. À l’initiative de cette motion sans effets contraignants, Merz entendait montrer aux électeurs qu’il ne laissait pas sans réponse les récentes tueries. Pour les socialistes et les écologistes (SPD et Grünen), il était hors de question de voter une telle résolution « en contradiction flagrante avec le droit européen ».
Le parti d’extrême droite mise sur l’exaspération des Allemands, traumatisés par la série d’attaques meurtrières perpétrées par des migrants.
Une aubaine pour Alice Weidel, à la tête de l’AfD, à qui l’occasion était enfin offerte de concrétiser l’alliance dont elle rêve. Vu de France où il est presque devenu banal de voter avec le RN (qu’il s’agisse de censurer le gouvernement Barnier ou de faire passer une loi immigration), on peine à imaginer le séisme politique provoqué par ce vote outre-Rhin. À Berlin et dans plusieurs autres villes, des centaines de milliers de manifestants ont exigé le maintien du « cordon sanitaire » autour du « parti de la haine ». Une mobilisation d’une ampleur comparable à celle qu’avait déclenchée en janvier 2024 la révélation d’une réunion secrète de cadres de l’AfD et de néonazis notoires sur le programme de « remigration » que l’extrême droite pourrait mettre en œuvre une fois au pouvoir.
Exceptionnellement, l’ex-chancelière Angela Merkel est sortie de sa réserve : « Je considère comme une faute d’avoir permis, le 29 janvier, pour la première fois, une majorité au Bundestag grâce aux voix de l’AfD », écrit-elle dans un communiqué très critique sur Merz, son successeur à la tête de la CDU. En signe de protestation, l’un des derniers rescapés allemands d’Auschwitz, Albrecht Weinberg (99 ans), a renvoyé sa médaille de l’Ordre du Mérite. Quant à Michel Friedman, ex-président du Conseil central des juifs d’Allemagne, il a rendu sa carte d’adhérent de la CDU.
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“Hitler ? Un communiste…”
Loin d’être banalisée comme peut l’être celle du Rassemblement national, l’existence même de l’AfD reste contestée. À l’initiative de 124 députés, le Bundestag était saisi fin janvier d’une résolution visant à engager une procédure d’interdiction sur le fondement de l’article 21 de la Loi fondamentale, qui stipule qu’un parti peut être interdit « s’il cherche à abolir l’ordre démocratique ». Dès lors que l’AfD et plusieurs de ses cadres sont considérés comme des « cas suspects », officiellement surveillés par les services de renseignement, les parlementaires estiment que la question de l’interdiction de ce parti est légitimement posée. La démocratie doit, selon eux, se défendre avant qu’il ne soit trop tard. C’est-à-dire avant que ne s’installe au sommet de l’État une instabilité chronique, celle-là même qui avait précipité la fin de la République de Weimar au début des années 1930.
« L’AfD attaque notre Constitution et attise ouvertement la haine contre les personnes qui ne correspondent pas à sa vision du monde », estime Katrin Göring-Eckardt, vice-présidente écologiste du Parlement. Mais pour la grande majorité des 736 députés du Bundestag, ce débat sur l’interdiction de l’AfD n’a pas lieu d’être. Pour Scholz comme pour Merz, la République de 2025 est infiniment plus solide que celle de Weimar. Ils ne veulent surtout pas donner à l’AfD une raison de se poser en victime.
Le parti populiste, lui, savoure de se trouver ainsi au centre du jeu. Si la CDU arrive en tête le 23 février, comme le prévoient les sondages, la vice-présidente de l’AfD, Beatrix von Storch, note avec gourmandise que Friedrich Merz n’aura le choix qu’entre deux options : gouverner avec les Verts ou le SPD, et donc renoncer à son programme démigratoire ou bien le mettre en œuvre… Ce qui ne sera possible que dans le cadre d’une coalition avec l’AfD.
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Make Germany Great Again
Tel est le plus cher désir d’Elon Musk. À grand renfort de messages sur X, son réseau de propagande, il proclame que « seule l’AfD peut sauver l’Allemagne » de « l’effondrement économique et culturel ». Il serait donc urgent de congédier le chancelier Olaf Scholz, cet « idiot incompétent », ainsi que le vice-chancelier Robert Habeck, « un bouffon ». Sous les acclamations des quelque 4 500 sympathisants de l’AfD rassemblés autour d’Alice Weidel, Musk est intervenu depuis Washington en vidéo le 24 janvier, quatre jours après l’investiture de Trump. Pour le milliardaire, il serait temps de tourner pour de bon la page du national-socialisme : « Les enfants ne doivent pas être responsables des péchés de leurs parents, et encore moins de leurs arrière-grands-parents […] Il faut être fier d’être Allemand et de ne pas se perdre dans le multiculturalisme. » Weidel, euphorique, reprend à son compte le slogan trumpiste : « Make Germany Great Again ».
Quelques jours auparavant, dans un échange hallucinant en direct sur X, elle expliquait à Musk pourquoi il était absurde de la traiter de nazie, elle qui se définit comme « conservatrice », « libérale », voire « libertaire ». Tout le contraire de Hitler, qui était, comme chacun sait, « un homme de gauche, un socialiste ». Pis encore : « Un communiste » ! Le lendemain, la presse allemande en était réduite à fact-checker cette affirmation délirante, rappelant les milliers de communistes enfermés et assassinés. Prétendre que Hitler était de « gauche » fait partie des manœuvres révisionnistes très prisées par l’extrême droite.
C’est dire l’ambiance. Les candidats à la chancellerie se sont durement affrontés lors d’une séance réçente au Bundestag. Après avoir répété qu’une coalition avec l’extrême droite restait pour lui « hors de question », Merz a de nouveau accusé le gouvernement Scholz de laisser derrière lui « un désastre », notamment sur le marché du travail, avec près de 3 millions de chômeurs (soit un taux de 6,2 %). Malgré ses attaques, le probable futur chancelier a proposé au SPD et aux Grünen, « partis du centre démocratique », de le rejoindre après les élections, afin de « repousser les forces extrêmes de gauche et de droite ». Mais il prévient : ce prochain gouvernement de coalition centriste pourrait être celui de « la dernière chance » : répondre aux problèmes migratoire et économique sans devoir s’associer avec l’extrême droite populiste.
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Le paradoxe d’Alice Weidel
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L’ex-businesswoman, qui codirige l’AfD, s’est imposée comme l’égérie et la tête pensante du parti, réussissant à imposer son homosexualité à son électorat homophobe.
Rien ne semblait la prédisposer à devenir la grande prêtresse de l’extrême droite allemande. Après un doctorat en économie, Alice Weidel avait entamé à Pékin une carrière de businesswoman polyglotte. Après six ans d’exil, la trentenaire sinophone est recrutée par Goldman Sachs, à Francfort, en 2013. Elle rejoint alors l’AfD, Alternative für Deutschland, petite chapelle libérale et europhobe qui n’a pas encore accompli sa mue extrémiste. C’est à cette époque que Weidel fonde une famille avec sa compagne, la productrice de cinéma Sarah Bossard, citoyenne suisse née au Sri Lanka. Les deux femmes vivent au sud de Zürich, où elles élèvent leurs deux fils. Telle est donc la cheffe paradoxale d’un parti peuplé de militants racistes, homophobes, identitaires et, parfois même, ouvertement néonazis. Elle surmonte, imperturbable, toutes les contradictions. C’est sa force. C’est aussi ce qui la rend si inquiétante. À mesure que l’AfD se radicalisait en faisant du refus de l’immigration le cœur de sa doctrine, la plupart de ses fondateurs libéraux ont été écartés. Weidel, elle, est restée. Enfant de la bourgeoisie ouest-allemande dans un parti dominé par des hommes souvent issus de l’ex-RDA. Élue députée en 2017, elle copréside le groupe parlementaire AfD avec son aîné Alexander Gauland, sorte de Le Pen allemand. Ce dernier est célèbre pour sa saillie sur la glorieuse histoire de l’Allemagne, au regard de laquelle les douze années de national-socialisme ne pèseraient guère plus qu’une « fiente d’oiseau ».
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La cheffe de l’AfD se garde bien de parler de son grand-père, membre du parti nazi dès 1932.
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À ses côtés, Weidel donne de l’extrême droite un visage moderne et rassurant. Tirée à quatre épingles, chemisier et collier de perles, à 46 ans, elle fait le show à la télé, et ne répond jamais quand on la met face à ses contradictions. Elle joue de ses talents d’oratrice, de sa voix forte et métallique, de son regard bleu et glacial. Quand ses supporters l’acclament, elle sait aussi prendre la pose d’une madone bienveillante. Devant des sympathisants que l’on devine peu enclins à accepter les familles homoparentales, elle a su faire de sa vie privée un argument électoral. « Je suis homosexuelle, nous élevons deux enfants avec ma compagne », confie-t-elle en plein meeting avant de feindre la surprise, ravie que cet aveu ne provoque aucune protestation : « Je croyais que l’AfD était un parti intolérant. » Les militants applaudissent cette commode démonstration, censée faire de leur parti un modèle de tolérance. Mais cela ne les empêche pas de réclamer l’abolition du mariage homo.
À bas le “culte de la culpabilité”
Plus le scrutin approche, moins elle hésite à se compromettre avec la radicalité. Elle dit le plus grand bien de Björn Höcke, animateur de l’aile la plus extrémiste du parti, condamné pour avoir fait reprendre par ses militants le slogan de la milice hitlérienne SA : « Alles für Deutschland » (« Tout pour l’Allemagne »). En 2017, la même Weidel réclamait pourtant l’exclusion de Höcke, qui avait qualifié de « monument de la honte » le Mémorial de l’Holocauste érigé à Berlin. L’hiver dernier, elle dénonçait encore la réunion secrète de cadres de l’AfD qui avaient planché avec quelques néonazis sur le plan de « remigration » cher aux identitaires. Mais un an plus tard, la candidate faisait allégeance dans son discours prononcé devant le congrès du parti : « Et si cela doit s’appeler remigration, eh bien, nous ferons la remigration ! » sous un tonnerre d’applaudissements.
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Elle promet par ailleurs à ses amis de libérer les Allemands du « culte de la culpabilité » dans lequel on les tiendrait enfermés. Alors que l’animatrice de la chaîne publique ARD s’apprête à l’interroger sur l’Holocauste, commémoré le 29 janvier par le Bundestag, elle s’interrompt soudain : « Pourquoi levez-vous les yeux au ciel, madame Weidel ? » L’intéressée a eu beau démentir, la scène, fugace mais terriblement éloquente, fait fureur sur les réseaux sociaux.
La quadra s’épanche volontiers sur les origines haute-silésiennes de sa famille, sur son père né à Leobschütz, ville allemande devenue polonaise en 1945 sous le nom de Głubczyce, après avoir été vidée de sa population. Elle précise qu’elle s’est toujours refusée à prononcer le nom slave du berceau familial. Clin d’œil appuyé à ceux qui, aujourd’hui encore, refusent d’accepter la brutale expulsion des Allemands des provinces de l’Est après l’effondrement du IIIe Reich. Si elle évoque volontiers l’enfance douloureuse de son père, Weidel se garde bien de parler de son grand-père, membre du parti nazi dès 1932, puis, pendant la guerre, magistrat d’une justice militaire particulièrement sanglante. Lors de leur congrès, le 11 janvier, c’est à l’unanimité que les délégués de l’AfD ont confirmé que Weidel était bien leur candidate à la chancellerie. Ils ont célébré ce triomphe en scandant « Alice für Deutschland ». Il se trouve, à une voyelle près, que cela sonne comme « Alles für Deutschland », le slogan interdit de la SA.
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Les Verts, champions de la ‘‘cancellation’’
Comme en France, une certaine gauche facilite le jeu de l’extrême droite. Ainsi, à quelques jours du scrutin, le député écologiste sortant Stefan Gelbhaar a-t-il été brutalement cancellé. Il ne pourra pas se représenter.
La « cellule de médiation » créée par le parti des Verts (Grünen) pour traiter les violences sexuelles et sexistes ne lui a pas laissé d’autres choix : il était visé par les accusations de plusieurs femmes, particulièrement celle d’une certaine Anne K. La présomption d’innocence ? C’est l’affaire de la justice, pas celle d’un parti féministe, a-t-on expliqué chez les Verts. Tout en protégeant son anonymat, la plaignante a rédigé une déclaration sous serment. Mais vérification faite, les journalistes lancés sur ses traces ont découvert qu’Anne K. n’existait pas ! Ce témoignage bidon est l’œuvre d’une élue municipale berlinoise.
Militante de l’aile la plus à gauche des Grünen, elle se définit comme féministe radicale non binaire. Gelbhaar, lui, appartient au courant modéré, favorable aux coalitions avec les partis de gouvernement. Un député écolo flingué par une concurrente « intersectionnelle » ? On pense à l’édifiante mésaventure de l’ex-chef des Verts, Julien Bayou, éliminé par Sandrine Rousseau, qui l’a publiquement accusé de violences psychologiques, sans attendre les résultats de l’enquête interne. Laquelle a conclu qu’aucune faute ne pouvait être caractérisée.
À Berlin, « l’affaire Gelbhaar » a plombé la campagne du candidat écolo à la chancellerie, Robert Habeck, sommé de s’expliquer sur la dérive de ce parti au lieu de faire pleinement campagne contre l’AfD.
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