Agriculture et alimentation
Délation et mépris : L’incroyable lettre antipolice environnementale de Laurent Wauquiez aux agriculteurs
Un courrier, adressé le 7 février aux agriculteurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes et signé par Laurent Wauquiez et le président de région. Ces derniers y fustigent l’Office français de la biodiversité, qualifié de « coalition d’idéologues », avant d’appeler à sa dissolution.
février 2025
C’est un courrier à en-tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, signé par Fabrice Pannekoucke, président de région, et par Laurent Wauquiez, en tant que « conseiller spécial » de cette même région.
Mentionnée par nos confrères de Libération et adressée le 7 février dernier aux « agriculteurs et agricultrices d’Auvergne-Rhône-Alpes », la missive d’une page et demie est une incroyable diatribe contre l’Office français de la biodiversité (OFB), la police de l’environnement. Créée en 2020 et forte de 2 800 agent·es, l’agence publique exerce des missions de police administrative et de police judiciaire relatives à l’eau, aux espaces naturels, aux espèces, à la chasse et à la pêche.
Cible de nombreuses attaques de la part du syndicat majoritaire, la FNSEA, et de la Coordination rurale depuis l’émergence de la colère agricole il y a un an, l’OFB y est qualifiée de « coalition d’idéologues » qui entend « empêcher » les agriculteurs de « travailler et de vivre dignement ». Rien de moins.
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Laurent Wauquiez, député de la Haute-Loire et président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, et son acolyte Fabrice Pannekoucke assurent dans cette lettre que « les agriculteurs sont, en réalité, plus durement traités que les trafiquants de drogue » – une référence au témoignage sur France Inter d’un responsable syndical de l’OFB qui avait comparé à des « dealers » les exploitants agricoles hors la loi.
A chaque Salon de l’agriculture, son carton d’invitation lancé par les politiques en quête de surface médiatique. L’occasion pour les élus de convier les agriculteurs de leur territoire à des soirées organisées sur le stand de leur collectivité pour partager des produits du terroir et leur vision des dossiers. Cette année, une missive incendiaire fait office de bristol pour Auvergne-Rhône-Alpes. Daté du 7 février, le courrier commence par adresser le soutien de la région à ses «chers agriculteurs» et «chères agricultrices», et finit en leur proposant de «bénéficier d’une aide juridique en cas de litige avec l’Office français de la biodiversité [OFB]». Non sans avoir dit entre-temps, à coups de propos diffamatoires, tout le mal que la collectivité semble penser de ces fonctionnaires d’Etat.
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«Nous avons constaté comment l’OFB vous empêche de travailler sereinement, en vous accablant de contrôles absurdes», attaque la lettre, signée des chefs Les Républicains (LR) de l’exécutif régional, son président Fabrice Pannekoucke et son inamovible «conseiller spécial», Laurent Wauquiez, député de Haute-Loire, chef des LR à l’Assemblée et (re) candidat à la présidence de son parti. Selon eux, la «nature réelle» de l’agence environnementale, sous double tutelle du ministère de la Transition écologique et du ministère de l’Agriculture, se composerait d’une «coalition d’idéologues, qui entend vous empêcher de travailler et de vivre dignement». Alors, «en pleines négociations autour du budget 2025», les deux dirigeants espèrent «que se posera sérieusement la question de sa dissolution». Une menace remise au goût du jour par le Premier ministre, François Bayrou, qui a qualifié dans son discours de politique générale de «faute» les contrôles des inspecteurs de l’environnement, très contestés par la FNSEA.
Laurent Wauquiez et Fabrice Pannekoucke estiment par ailleurs que l’OFB est coûteux pour le contribuable – avec un budget de 659 millions d’euros en 2024 –, avant d’appeler purement et simplement à la suppression de cet organisme public. « Nous espérons que se posera sérieusement la question de sa dissolution », écrivent-ils.
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Pour terminer, la lettre antipolice de l’environnement appelle les agriculteurs et agricultrices à se tourner vers la région « pour bénéficier d’une aide juridique en cas de litige avec l’Office français de la biodiversité ». Puis de leur demander de « faire remonter les situations ubuesques » rencontrées.
Contacté par Mediapart, Laurent Wauquiez n’a pas pour l’instant répondu à nos sollicitations. La région Auvergne-Rhône-Alpes a pour sa part défendu le fait que les agriculteurs « n’ont pas besoin d’un organisme qui fasse régner la terreur, mais d’un soutien concret et efficace », ces derniers étant soumis « à des normes environnementales parmi les plus strictes au monde ».
« Laurent Wauquiez instrumentalise le monde agricole à ses fins populistes, a réagi auprès de Mediapart Maud Grard, conseillère régionale écologiste en Auvergne-Rhône-Alpes. C’est irresponsable de remettre en cause l’État de droit et dangereux de pointer ainsi des agents publics. »
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Alors que le Salon international de l’agriculture débute ce week-end, ce courrier rappelle à quel point les agent·es de l’OFB sont régulièrement visé·es par le monde politique. En janvier 2024, en pleine crise agricole, le premier ministre d’alors, Gabriel Attal, avait remis en cause le port d’arme de la police de l’environnement lors des contrôles d’exploitations agricoles.
Durant son discours de politique générale, François Bayrou a évoqué l’« humiliation » infligée aux agriculteurs et agricultrices par la présence d’inspecteurs et inspectrices de l’OFB qui arborent une arme. Enfin, le 23 janvier dernier, Laurent Wauquiez a publié sur les réseaux sociaux une vidéo annonçant : « Notre objectif, c’est de supprimer l’OFB, un organisme qui vient contrôler les agriculteurs avec un pistolet à la ceinture alors qu’ils nous nourrissent. »
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«Dangereuse radicalisation de la droite républicaine»
«Le budget de l’OFB était de 659 millions d’euros en 2024. Cet argent ne serait-il pas mieux employé à soutenir le renouvellement des générations, la reconstitution des cheptels, l’investissement productif ?» interrogent également Pannekoucke et Wauquiez, qui estiment à l’unisson du discours populiste des syndicats agricoles majoritaires que «le respect des normes ne doit pas passer par un contrôle humiliant pour les agriculteurs et coûteux pour le contribuable». Il y a un mois, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, avait regretté que des responsables politiques et syndicaux «mettent de l’huile sur le feu», après les attaques visant l’OFB.
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«Si M. Wauquiez est insatisfait du droit environnemental protégé par la Constitution, il peut y proposer des modifications à l’Assemblée nationale, où il est peu présent. Il encourage donc ici à la délinquance, à l’irrespect de l’autorité de l’Etat : nous assistons à la dangereuse radicalisation de la droite républicaine par leur démagogisme», a réagi dans un communiqué Marie Pochon, députée de la Drôme. Contacté, le cabinet du président de région a indiqué à Libération que «comme l’a exprimé Laurent Wauquiez à plusieurs reprises, une telle organisation n’a plus sa place dans notre modèle agricole. Il est temps de revenir à une approche basée sur le conseil et l’accompagnement […], un soutien concret et efficace. En aidant [les agriculteurs], nous renforcerons notre souveraineté alimentaire et limiterons les importations en provenance de pays ne respectant pas nos normes et ayant un impact environnemental bien plus lourd».
Selon un rapport sénatorial publié en septembre 2024, l’OFB inspecte chaque année à peine 0,75 % des fermes, « soit moins d’un contrôle par exploitation en moyenne par siècle ».
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Mickaël Correia et Maïté Darnault et MCD
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Communiqué de Presse de Marie Pochon, députée de la Drôme
Jeudi 20 février 2025
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Attaque contre l’OFB : la droite en pleine dérive “trumpiste”
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« Alors que le Salon International de l’Agriculture débute ce week-end, la majorité régionale d’Auvergne-Rhône-Alpes choisit une nouvelle fois de s’attaquer à celles et ceux qui appliquent la loi. Dans un courrier adressé aux agricultrices et aux agriculteurs, la Région remet en cause l’autorité de l’Office français de la biodiversité (OFB) et appelle ouvertement à sa suppression. Face à ce clientélisme honteux, les écologistes dénoncent une instrumentalisation et une remise en cause des principes de l’État de droit.
L’ex-président du conseil régional, Laurent Wauquiez, député de la Haute-Loire, utilise les moyens de la collectivité pour relayer sa propagande anti-environnementale et critiquer le fait que l’OFB soit financé par de l’argent public… tout comme l’impression et l’envoi de ces milliers de courriers financés par le budget régional !
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La majorité régionale s’enfonce chaque jour un peu plus dans une dérive “trumpiste” : après avoir attaqué le droit environnemental, elle s’attaque désormais aux institutions qui le font appliquer. Supprimer des agences publiques, jeter le discrédit sur des agents de l’État et notamment ceux qui font appliquer la loi, flatter les thèses les plus radicales, inciter au contournement du droit et à de potentiels actes délictuels : c’est une stratégie de destruction des outils publics au profit d’un discours populiste et électoraliste, en plus d’être profondément dangereux.
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« L’égalité devant la loi n’est pas “ni intangible, ni sacré” : l’autorité de l’OFB qui la fait appliquer doit être respectée. Si Monsieur Wauquiez est insatisfait du droit environnemental protégé par la constitution, il peut y proposer des modifications à l’Assemblée Nationale, où il est peu présent. Il encourage donc ici à la délinquance, à l’irrespect de l’autorité de l’État : nous assistons à la dangereuse radicalisation de la droite républicaine par leur démagogisme primaire. C’est regrettable : les agriculteurs méritent l’honnêteté et l’action concrète, plutôt que ces jeux dangereux avec l’État de droit.” réagit Marie Pochon, députée de la Drôme.
Non contente de saper les institutions, la Région s’imagine aussi disposer des prérogatives de l’État en invitant les agriculteurs à lui faire remonter “les situations ubuesques” qu’ils rencontreraient avec “d’autres organismes et de trop nombreuses normes”… sans préciser de quels organismes ni de quelles normes il s’agit. Cet appel à la dénonciation est une dérive dangereuse et totalement irresponsable pour une collectivité.
“Plutôt que de proposer de réelles solutions aux difficultés du monde agricole, la Région alimente un discours anti-institutions et se lance dans une dérive populiste inquiétante. Plus aucun doute : les digues entre la droite et l’extrême-droite ont cédé. » s’insurge Maxime Meyer, conseiller régional de l’Ain, co-président du groupe des écologistes à la Région.
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Nous réaffirmons notre soutien aux agricultrices et aux agriculteurs qui respectent la loi et s’engagent pour une agriculture respectueuse de notre environnement.
Pour Thomas Dossus, sénateur du Rhône : « L’OFB joue un rôle précieux et indispensable pour l’avenir de nos territoires et de notre agriculture. Ses agents doivent être protégés plutôt que jetés à la vindicte dans ce contexte de tensions. La Région se place ici du côté de la violence alors qu’elle devrait appeler à l’apaisement et au respect des agents publics qui nous protègent.»
Contrairement à la droite, nous croyons que l’avenir de notre agriculture passe par l’accompagnement et l’innovation, et non par la destruction des garde-fous environnementaux ».
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Marie Pochon
Ce communiqué est signé par les écologistes dont la Députée Marie Pochon.
Bien cordialement
Laura Grivet, Collaboratrice parlementaire de Marie POCHON, Députée de la 3ème circonscription de la Drôme
Contact presse : Alban Perret – Secrétaire général du groupe écologiste à la Région
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