Maïtena Biraben, la cinquantaine rugissante
La journaliste et animatrice figure parmi les invités d’honneur du Salon du livre de Genève. L’occasion de reparler de son livre «La femme invisible».
16.03.25

- Maïtena Biraben est l’invitée d’honneur du Salon du livre, avec Eric-Emmanuel Schmitt et Jérôme Ferrari.
- Dans son livre paru en 2024, elle dénonce l’invisibilisation des femmes après 50 ans.
- Elle encourage au contraire les femmes à être fières et conscientes de leur valeur.
- Elle souligne l’importance de la libération après la cinquantaine.
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Femme invisible, Maïtena Biraben est loin de l’être. Comme pour donner raison à ce qu’elle évoque dans son livre sorti l’an dernier, cri de colère contre l’invisibilisation des femmes de plus de 50 ans, elle défendra son droit à vieillir sans rentrer dans le rang, en invitée d’honneur du Salon du livre de Genève qui démarre mercredi 19 mars.
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Installée à Paris, la journaliste et animatrice de 57 ans revient à Genève «comme à la maison». Figure de la Télévision romande des années 90, la Franco-Suisse a notamment mis sa vivacité et son sens de la répartie au service de «Ça colle et c’est piquant», avant une carrière dans l’audiovisuel en France, des «Maternelles» sur France 5 à Canal+. Après avoir gagné son procès pour licenciement abusif contre la chaîne en 2018, elle est passée aujourd’hui sur la Toile, avec le média digital «Mesdames».
Dans «La femme invisible», elle s’indigne d’une plume alerte et avec humour de l’image qui colle à la peau des femmes, la cinquantaine passée. Observant son propre passage de cap et son parcours professionnel pour mieux déconstruire les idées reçues, elle raconte aussi bien les déconvenues que les bonheurs nouveaux, sans «être en guerre ou prendre sa revanche». Car au lieu de «se battre contre», elle préfère «se battre pour». Interview.
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Votre livre prend le contrepied du discours sur les femmes de plus de 50 ans. Vous n’êtes pas la seule à vous insurger…
Oui, ça bouge. La ménopause est un peu moins un gros mot. Mais il reste beaucoup à faire. Ce n’est pas parce qu’on en parle que c’est réglé. Entre un message porté et un message acquis, il reste de la marge. Mais avoir plus de 50 ans, ce n’est pas un défaut au travail, ni une perte de quoi que ce soit à la maison, ni dans le regard des autres.
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Le titre joue sur un double sens. «La femme invisible» dont vous parlez, ce n’est pas celle à laquelle on pense de prime abord…
D’abord, c’est une référence à «L’homme invisible», une série que j’adorais. Et c’est une pirouette, car les femmes savent bien qu’elles ne sont pas invisibles. C’est un récit inepte et dépassé. Il y a bien une femme invisible, mais c’est celle qui est à l’intérieur de nous, qui a toujours été là, en sourdine, et qui se révèle à cet âge-là. Et c’est magnifique.
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Vous comparez la cinquantaine à une «crise d’adolescence équipée d’un cerveau»…
C’est comme ça que je l’ai vécu, et je vois cela chez les femmes qui m’entourent. Elles vont bien, elles sont rassurées parce qu’elles se connaissent, tout simplement, et on est toujours augmenté quand on se connaît.
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Mais vous ne passez pas sous silence les effets du temps sur le corps…
Non. Je vieillis et je le revendique. Cela a ses très mauvais côtés, mais avoir 20 ans aussi. Vieillir a aussi de très bons côtés, et je ne veux pas qu’on me promette le pire alors que ce n’est pas vrai.
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Un peu comme vous avez remis en question, en 2004, la maternité heureuse à tout prix dans «Les enfants c’est bien, la pilule aussi…»
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Oui. C’est fou l’énergie que la société passe à nous raconter qui nous sommes. Et quand je dis la société, ce n’est pas une histoire d’hommes contre les femmes. C’est nous tous. Je n’y échappe pas, je ne suis pas la papesse de la déconstruction. Mais je m’y applique.
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Rappeler votre parcours, est-ce aussi encourager les femmes à être fières d’elles, de leur travail, conscientes de leur valeur?
Elles n’ont aucune raison de ne pas l’être. On est élevées à être dociles et discrètes, et donc, on a le droit d’être fières de nous, mais en silence. Quel dommage! Les femmes sont suffisamment victimes dans certains domaines pour prendre la main là où elles peuvent. C’est le message que j’aimerais faire passer lorsque j’écris: «Si vous voulez une augmentation, commencez par la demander.»
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À la fin du livre, vous sollicitez le regard de votre mari et de votre fils aîné. Était-ce important de vous sentir soutenue dans votre démarche?
Pas du tout. Je suis une grande fille. Simplement, je trouvais très intéressant d’entendre mon mari, avec qui je suis depuis vingt-deux ans, et mon fils aîné, avec qui je suis depuis… vingt-huit ans, parler de l’évolution qu’ils ont perçue en vivant avec moi. Ils ont écrit ce qu’ils voulaient. Je n’ai rien touché. Je les ai sollicités de la même manière que, dans ce livre, je parle de moi. Ce qui n’est pas courant.
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Qu’est-ce qui vous a décidée à dévoiler la femme invisible?
Je n’ai jamais eu d’occasion qui me semblait suffisamment intéressante pour le faire, mais là, j’allais ouvrir un média (ndlr: le livre et le site mesdames.media ont été lancés conjointement), et il me fallait amener ma participation. Je ne peux pas demander aux femmes de parler d’elles et me taire. Mais ce n’est pas un ego trip. Le livre s’interroge davantage sur la place qu’on a, celle qu’on prend, comment on nous regarde, qu’est-ce qu’on imagine de nous-mêmes.
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Les femmes, vous leur donnez la parole dans «Mesdames Media». De quelle manière?
On y raconte le monde vu par des femmes de plus de 45 ans, qui elles sont vraiment, de celle qui est devenue bûcheronne à 60 ans à celle qui a quitté son conjoint après trente ans de vie commune. Parce que c’est une période de libération. C’est ce qu’il faut que les femmes entendent. La vie a une date de péremption et à un moment, elle s’arrête, donc si on veut changer, il faut le faire quand c’est encore possible.
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La cinquantaine, c’est souvent la période où les enfants s’en vont, et vous remettez aussi en question le syndrome du nid vide…
C’est l’obligation de ressentir cela que je questionne. Je comprends très bien que certaines femmes vivent mal le départ des enfants, mais ce n’est pas le cas de toutes, et je ne trouve pas normal qu’on nous le promette avec certitude, alors que ça n’est jamais promis au père. Pourquoi? Ils n’ont pas aimé leurs enfants? On continue de s’adresser aux femmes comme si elles étaient avant tout des mères. J’ai élevé quatre enfants. Trois ont quitté la maison mais je ne me sens pas du tout désespérée, car on les élève pour qu’ils s’en aillent. J’ai récupéré du temps, de la liberté et de la joie. Et mon mari aussi, mais lui n’est pas tenu d’avoir l’air triste.
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«La femme invisible», Maïtena Biraben, Éd. Grasset, 128 p.
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Le Salon du livre en bref
Du 19 au 23 mars, le Salon du livre de Genève accueillera plus de 600 auteurs de tous styles, de Suisse, France, Québec, Belgique ou d’Afrique. À côté des invités d’honneur Maïtena Biraben, Eric-Emmanuel Schmitt et Jérôme Ferrari, figurent Kamel Daoud, David Foenkinos, Camille Laurens, Vanessa Springora ou Gabriella Zalapi, mais aussi Nicolas Feuz et Marc Voltenauer pour le polar, ou Zep pour la BD.
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Maïtena Biraben y parlera de son livre le 21 et le 22 mars (16 h-17 h). Elle dialoguera aussi avec son invitée Chantal Birman le 23 mars (12 h-13 h). La sage-femme, féministe et militante a publié «Au monde. Ce qu’accoucher veut dire». «Une femme extraordinaire que je suis depuis l’époque des «Maternelles», détaille l’invitée d’honneur. Pour moi, c’est plus qu’une sage-femme, c’est une philosophe des femmes, qui a mis le féminisme à l’épreuve du réel.»
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