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Luzia Poulain, femme catholique en grève, militante du comité de la jupe, à la chapelle des jésuites Saint-Ignace, à Lyon, le 20 mars 2025
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«On propose aux hommes de jeûner de leur sexisme» : pendant Carême, des femmes cathos en lutte pour leur juste place dans l’Eglise

L’association féministe milite pour un culte plus inclusif.
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Un signe de croix, parfois une génuflexion rapide sur la moquette rose moucheté. Sous les voûtes de pierre, les arrivées sont perlées. Chaque jeudi, les pères jésuites de la rue Sala, dans le IIe arrondissement de Lyon, donnent une messe rapide à l’heure du déjeuner. Dans la chapelle rénovée aux murs crème et aux vitraux abstraits, une cinquantaine de personnes s’installent en silence sur les bancs. Face à elles, le prêtre débute la célébration par quelques mots puis un chant à la gloire d’un «Dieu d’amour et de tendresse». Aube et cheveux blancs, il porte une étole violette – la couleur du Carême, qui prendra fin le 17 avril à l’issue de quarante jours de prière, de jeûne et d’aumône pour les catholiques. Une phrase est reprise plusieurs fois en chœur par l’assistance : «Heureux l’homme qui met sa foi dans le Seigneur.» Et la femme, alors ?

A Lyon, une minorité d’entre elles sont en grève à l’initiative du Comité de la jupe, une association féministe catholique française. Ce mouvement inédit a été lancé par une organisation américaine, Women’s Ordination Conference, pour «dénoncer les inégalités femmes hommes persistantes au sein de l’Église». «Nous sommes complètement invisibilisées et discriminées, nous n’avons pas d’existence si ce n’est pour servir de petites mains, constate la théologienne Sylvaine Landrivon, coprésidente du Comité de la jupe. Donc on propose aux hommes de jeûner de leur sexisme et de leur système patriarcal pendant ce temps, extrêmement symbolique dans la Bible, de remise en question et de maturation.»

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A Lyon, les femmes «n’ont même pas le droit d’être servantes d’autel»

L’«urgence à se manifester» est là, dit-elle, afin d’initier un «grand mouvement à la fois à l’intérieur de l’Eglise et à la fois dans l’ensemble de la société pour signifier que le système de l’institution catholique, et non pas le message de l’Evangile, est rétrograde et machiste, dans un monde où le masculinisme montre déjà ses effets les plus délétères». Jérémie, Luc, Lazare, Abraham, Jésus, Moïse, le roi Josias et Dieu : durant l’office, les enseignements égrènent le boy’s club biblique habituel. Mais le prêtre invite autant ses «frères» que ses «sœurs» à se plonger dans l’explication d’un psaume. Et avant cela, deux fillettes sont venues lire à ses côtés un passage de l’Ancien Testament. Des attentions rares dans le diocèse de Lyon, où les femmes «n’ont même pas le droit d’être servantes d’autel», dénonce Sylvaine Landrivon.

Cette «décision au bon vouloir de l’évêque» ou du prêtre dans nombre de paroisses françaises, continue de les placer en marge de la liturgie. Alors que ce sont en majorité les femmes qui «s’occupent de l’éducation religieuse, font la préparation et l’animation des célébrations, notamment les funérailles, qui entretiennent les églises», liste la théologienne. Ce jeudi-là, elles représentent près de deux tiers des fidèles venus prier – surtout des personnes âgées. La messe touche à sa fin, après le partage de l’hostie. Avant de quitter la nef, le prêtre se fend d’un grand sourire en invitant ses ouailles à «profiter du soleil et du printemps». En sortant de la chapelle, Luzia Poulain prend un instant pour rédiger une intention de prière, qu’elle glisse dans une boîte en bois. La trentenaire, qui milite au Comité de la jupe et exerce dans le domaine éducatif, «prie pour une Eglise plus inclusive qui soit fidèle à l’Evangile». Son message sera peut-être lu lors d’un prochain office.

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Cette gréviste porte un badge violet qui proclame qu’elle «jeûne du sexisme». Il n’a pas suscité «trop de réactions» à ce jour, constate-t-elle. La communauté jésuite de la rue Sala est pour elle un «safe space» où elle est sûre de «vivre une belle messe» et d’échapper aux homélies émaillées «de propos heurtant [sa] sensibilité». «J’ai toujours l’appréhension de tomber sur une paroisse trop conservatrice, je n’arrive plus à tolérer les endroits où l’institution prétend savoir mieux que Dieu à quelles missions les hommes ou les femmes seraient appelés», explique cette grande brune, cheveux noués et blouson en peau. Et à qui il tient à cœur de «montrer un autre visage, celui d’une Eglise vivante, qui sache se renouveler et vivre avec son temps». «Oui, l’Eglise catho est sexiste et misogyne, et non, elle n’a pas un temps à elle : l’Eglise est dans le monde, si elle est dans un autre temps, elle n’a plus aucun sens», abonde Clémence, 39 ans, qui travaille dans la culture à Lyon.

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«Où sont les hommes qui élèvent cette même voix antisexiste ?»

Egalement membre du Comité de la jupe, elle ne va plus que «très rarement à la messe en paroisse», «souvent déçue ou en colère» par des prêches «malvenus, à côté de la plaque, qui rabâchent les mêmes histoires» entachées du rejet d’une portion considérable de l’humanité. Clémence a entamé une formation en théologie pour devenir «capable de discerner ce que nous racontent les prêtes», car «il y a souvent des gros raccourcis et des choses pas du tout acceptables théologiquement». Son badge de gréviste lui a déjà «permis d’ouvrir la discussion» avec d’autres croyants. Même si elle a récolté «les mêmes réactions que quand on parle de sexisme dans la société» : «Il y a d’abord des hommes qui remettent en question le sujet avant même d’essayer de le comprendre, et des femmes à côté qui ne disent rien puis qui viennent me voir en privé pour en parler.» Certaines de ses amies participent à la grève en zappant la quête : «Au lieu de donner de l’argent, elles mettent un petit papier dans le panier» pour expliquer leur combat. Et peuvent également reverser le montant de leur obole à des associations en faveur des femmes.

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Une «lutte joyeuse» à laquelle Grégoire Soual-Dubois, 28 ans, se réjouit de participer en tant qu’«allié» des militantes féministes. Celui qui se «définit toujours comme chrétien, parfois comme catholique» compte parmi les quelques hommes du Comité de la jupe à Lyon pour «porter cette voix de ras-le-bol» de l’institution. «J’apprends beaucoup à écouter, ça m’aide aussi à rester sur le seuil de l’Eglise, car si on est là, c’est qu’on essaie de l’aimer», explique cet employé dans une radio. Et d’interpeller ses coreligionnaires : «Où sont les hommes qui élèvent cette même voix antisexiste ou tout simplement de justice ? Je nous appelle à nous demander si ça nous va.» «De là où je suis, je vois que les choses bougent, que des schémas de pensée changent, tempère le père Guillaume, prêtre à Lyon durant plusieurs années. Ce n’est peut-être pas assez rapide mais dans la société en dehors de l’Eglise, la question de l’équité hommes femmes n’est pas non plus acquise.» Contacté au sujet de cette grève, le diocèse de Lyon a refusé de nous faire la grâce d’un commentaire.

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Maïté Darnault, correspondante à Lyon à suivre sur Libé

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