Antonina Favorskaïa, la journaliste qui couvrait les procès de Navalny, est condamnée à cinq ans et demi de prison.
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Reporter pour SotaVision, un site spécialisé dans les procès politiques, elle avait suivi jusqu’au bout les audiences contre le plus célèbre des opposants anti-Kremlin. A son tour, elle a été condamnée pour « extrémisme » (? ).
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Plus d’un an après la mort d’Alexeï Navalny, la justice russe accélère son travail de sape contre ceux qui, de près ou de loin, l’ont défendu. Poursuivie pour « extrémisme » avec trois autres journalistes, Antonina Favorskaïa, 35 ans, a été condamnée par un tribunal de Moscou mardi 15 avril, à cinq ans et demi dans une colonie pénitentiaire à régime général. Pour SotaVision, un site spécialisé dans les procès politiques, cette journaliste avait couvert les multiples audiences judiciaires du plus célèbre des opposants anti-Kremlin, mystérieusement mort en prison le 16 février 2024.
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Une dernière fois, lors d’un procès à la veille de son décès, Antonina Favorskaïa avait filmé Alexeï Navalny comparaissant par lien vidéo à partir de sa prison de l’Arctique. Puis elle y avait suivi sa mère qui avait résisté aux fortes pressions des autorités pour accepter un enterrement discret, hors de la vue du public. Arrêtée le 17 mars, quelques heures après avoir déposé des fleurs sur la tombe de l’opposant finalement enterré dans un grand cimetière de Moscou, la journaliste a ensuite écrit depuis sa prison qu’elle était accusée d’avoir « aidé à organiser les funérailles d’Alexeï Navalny : seuls ceux qui ont très peur et ne pensent qu’à se venger peuvent atteindre un tel surréalisme ».
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Aucun détail de ces poursuites judiciaires n’a pu être publié car tout le procès s’est déroulé à huis clos. Officiellement, selon les enquêteurs, Antonina Kravtsova (Favorskaïa de son nom de plume) était impliquée dans la « collecte de documents, la production et le montage de vidéos et de publications pour FBK [l’organisation qualifiée d’« extrémiste » d’Alexeï Navalny] ». Trois autres journalistes – Artiom Krieger, également de SotaVision, ainsi que Konstantin Gabov et Sergueï Kareline, pigistes ayant travaillé respectivement pour Reuters et Associated Press – ont été pareillement poursuivis. Jugés en même temps qu’Antonina Favorskaïa, ils ont été eux aussi condamnés à cinq ans et demi dans une colonie pénitentiaire à régime général.
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Une vengeance et un signal
Leurs collègues considèrent ces condamnations comme une vengeance et un signal lancé à tous les autres journalistes. « Ce procès constitue un précédent glaçant : des journalistes russes subissent un procès collectif et ils sont tous condamnés simplement pour avoir fait leur travail, dénonce Antoine Bernard, directeur du plaidoyer et de l’assistance de Reporters sans frontières. En Russie, informer librement est un crime. Le Kremlin ne juge pas des faits, il bâillonne celles et ceux qui dévoilent sa répression, informent sur son invasion de l’Ukraine ou osent défier sa propagande. RSF dénonce ce verdict inique aux ordres du Kremlin et demande leur libération immédiate. »
Alors que la vaste majorité des proches d’Alexeï Navalny et des représentants de FBK sont soit en exil, soit déjà en prison, l’étau ne se resserre pas seulement sur les journalistes ayant couvert l’opposant. Trois de ses avocats, le 17 janvier, lors d’un autre procès à huis clos, ont été reconnus coupables d’« extrémisme » : Igor Sergounine, Alexeï Liptser et Vadim Kobzev, ont été condamnés à des peines de prison de trois ans et demi, cinq ans et cinq ans et demi. C’est la première fois que des avocats en Russie sont condamnés pour extrémisme dans le cadre de leur travail.
Après chacun de ces procès, les quelques avocats et journalistes venus dans les couloirs des tribunaux pour apporter leur soutien moral aux accusés ont répété : « Bien sûr, nous continuerons notre travail… » Plusieurs journalistes russes ont été condamnés à de lourdes peines ces dernières années sous diverses accusations. Reporters sans frontières classe la Russie au 162e rang, sur 180, de son baromètre sur la liberté de la presse, avec au moins 38 journalistes détenus (dont 18 Ukrainiens).
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Les arrestations se multiplient
Dans le pays, les arrestations se multiplient. Le 28 janvier, Vladimir Efimov, 70 ans, fondateur en 1991 de la première société de télévision indépendante en URSS, a été condamné à deux ans de prison : responsable local du parti libéral Iabloko au Kamtchatka, dans l’Extrême-Orient russe, il était poursuivi pour « discrédit » de l’armée. Le 25 février, la critique de cinéma Ekaterina Barabash a été arrêtée pour « fausses informations » militaires : placée en résidence surveillée dans l’attente d’un procès, elle risque dix ans de prison. Le 1er avril, un tribunal de Moscou a condamné par contumace les journalistes indépendants Roman Anine et Ekaterina Fomina à huit ans et demie de prison pour « faux » sur l’armée. Ces deux journalistes avaient déjà fui le pays.
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Après l’offensive russe en Ukraine, en février 2022, Antonina Favorskaïa, Artiom Krieger, Konstantin Gabov et Sergueï Kareline ont eu la possibilité de s’exiler. Mais tous les quatre ont fait le choix de continuer à travailler en Russie. « Etre un journaliste honnête et professionnel, et non un propagandiste honteux, est un délit et un extrémisme dans la Russie de Poutine ! », a fustigé Artiom Krieger qui, lors de la dernière audience, a cité George Orwell : « Dire la vérité à une époque de mensonges universels est de l’extrémisme. »
Igor Sergounine, lui, s’est indirectement adressé à Mira, sa petite fille à qui il avait l’habitude de raconter ses reportages sous forme de contes : « Je n’aurais jamais pensé qu’elle deviendrait elle aussi victime de répression politique, comme l’ont été les enfants de ceux qui ont été réprimés dans les années 1930… »
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A côté de ses collègues, Antonina Favorskaïa a également pu s’exprimer au tribunal. Mais ses « derniers mots » ont été censurés par l’administration pénitentiaire et son avocate n’a pas le droit de les publier. Aux premiers jours de son procès, lorsque les audiences étaient encore publiques et que Le Monde avait pu y assister, la journaliste avait lancé : « Souvenez-vous, les ténèbres qui nous entourent ne dureront pas toujours. Il y a toujours de l’espoir. »
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