Fatima Hassouna, photojournaliste et chroniqueuse du quotidien à Gaza, tuée dans une frappe avec dix de ses proches
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La jeune femme était au cœur d’un film documentaire de la réalisatrice Sepideh Farsi sélectionné pour le Festival de Cannes.
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Fatima Hassouna, photojournaliste gazaouie.
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Les dernières « stories » éphémères d’Instagram de la photojournaliste gazaouie Fatima Hassouna ont disparu quelques heures après sa mort, à l’âge de 25 ans. Elle avait publié, peu de temps auparavant des clichés impressionnants du coucher de soleil, pris de chez elle, accompagnés de ces mots : « C’est le premier coucher de soleil depuis longtemps. » Elle a été tuée mercredi 16 avril, ainsi que dix membres de sa famille proche, dans le bombardement de leur maison familiale, située dans le quartier d’Al-Touffah, dans le nord de Gaza.
Diplômée en multimédia du collège universitaire des sciences appliquées de Gaza, cette Palestinienne documentait, depuis le 7 octobre 2023, le quotidien des habitants de l’enclave, à laquelle Israël interdit l’accès aux journalistes étrangers : les déplacements forcés après les ordres d’évacuation de l’armée israélienne, les ravages causés par les frappes, la mort de ses compatriotes sous les bombes, leur retour après le cessez-le-feu, du 19 janvier au 18 mars, mais aussi les sourires des enfants au milieu des ruines.
Depuis le début de l’offensive israélienne, environ 200 journalistes ont été tués. Contactée au sujet de la mort de Fatima Hassouna, l’armée israélienne a déclaré avoir ciblé « un membre du Hamas » impliqué « dans des attaques contre des soldats et des civils israéliens », précisant « avoir pris des précautions pour éviter des victimes civiles ».
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« Brillante et talentueuse »
« “Fatem” [diminutif de Fatima] était un soleil », confie la réalisatrice Sepideh Farsi, qui a réalisé un documentaire, Put Your Soul on Your Hand and Walk, à partir de près d’un an d’échanges vidéo avec la photojournaliste. La veille de la mort de la jeune Palestinienne, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, l’ACID, venait d’annoncer la sélection du film au Festival de Cannes.
En avril 2024, Sepideh Farsi, exilée en France après avoir été prisonnière politique en Iran, ne supportant plus le sentiment d’impuissance face aux frappes meurtrières et à la terrible situation humanitaire à Gaza, est partie pour Le Caire afin de rejoindre l’enclave. Cela s’étant révélé impossible, la cinéaste franco-iranienne a commencé à filmer les réfugiés palestiniens dans la capitale égyptienne. C’est alors qu’un homme tout juste sorti de Gaza lui parle de Fatima Hassouna, « jeune photographe brillante et talentueuse ». La réalisatrice la contacte et lui fait part de son intention de faire un film à travers son regard, sur sa vie et celle des Gazaouis, cloîtrés dans la bande côtière, sous les bombes.
« “Fatem” couvrait déjà la guerre à Gaza. Elle collaborait de temps en temps avec des médias en leur envoyant des photos et vidéos. Tous les jours, elle m’envoyait des photos, des messages écrits, des notes vocales, explique Sepideh Farsi. Quand la connexion le permettait, on faisait des appels vidéo. Tous les matins, je me réveillais en me demandant si elle était toujours en vie. »
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« J’entendais son cri »
Fatima Hassouna voyageait à travers Sepideh Farsi, alors en tournée pour son film d’animation La Sirène. « On avait un pacte : je ne lui cachais rien et je lui disais où j’étais – à Cannes, à Montréal, à Nancy – et je lui envoyais des photos. Et elle partageait avec moi ses peurs, les ravages, les restrictions. J’ai vu en direct des frappes autour de “Fatem”, j’entendais son cri. Je me demandais si elle allait reprendre le téléphone portable qui venait de tomber de sa main après les bombardements. »
Photo extraite du film « Put Your Soul on Your Hand and Walk » que Fatima réalisait avec Sepideh Farsi
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En dehors de son travail de documentation, Fatima Hassouna s’impliquait aussi auprès des enfants, pour les aider à surmonter les traumatismes de la guerre. « Dans une école dans le nord de Gaza, devenue refuge pour les déplacés, elle organisait des ateliers d’écriture pour les enfants. C’est dans ce cadre-là qu’elle a rencontré son fiancé, Moutaz, un jeune informaticien avec un “grand cœur”, m’a-t-elle dit », raconte Sepideh Farsi.
Fin décembre 2024, la jeune femme attend une bonne connexion pour annoncer ses fiançailles à la réalisatrice. « On a beaucoup ri quand elle m’a raconté ses déboires pour trouver la robe. Elle a fini par en trouver une simple, blanc cassé, avec un peu de dentelle », se souvient la réalisatrice. « On va être très beaux », lui a dit Fatima Hassouna. Le couple et leurs familles se sont retrouvés pour boire du thé et manger quelques sucreries. « Au milieu de tous les ravages, ce jour-là a été une petite part de rêve », dit Sepideh Farsi.
Quand la réalisatrice l’interrogeait sur sa peur de se rendre sur les lieux des frappes, malgré le danger de nouvelles attaques, Fatima répondait simplement : « Je n’y pense pas. » Et lorsqu’il était question d’avenir, sa position ne variait jamais : « J’aimerais bien voyager, découvrir le monde, mais je voudrais retourner à Gaza. »
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Ghazal Golshiri