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« La Nature de l’historien », de Guillaume Blanc : l’apaisante beauté de la nature a une histoire

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L’historien de l’environnement revient sur son parcours intellectuel autour de la création de parcs naturels.

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  Jean-Louis Jeannelle Spécialiste des études littéraires

27 mars 2025

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« La Nature de l’historien. Par le haut, par le bas », de Guillaume Blanc, CNRS Editions, 208 p., 18 €, numérique 13 €.

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Faire profession d’historien, de Patrick Boucheron, Les Présents de l’historien, de Patrick Garcia, Le Travail de l’histoire, d’Etienne Anheim (Editions de la Sorbonne, 2010, 2014 et 2018), et aujourd’hui La Nature de l’historien, de Guillaume Blanc : tous ces essais ont en commun leur prétexte institutionnel, puisqu’il s’agit initialement de récits de parcours personnel, professionnel et intellectuel joints à l’essai inédit exigé d’un maître de conférences pour qu’il devienne professeur. Certes, toutes les disciplines dans le champ des humanités pratiquent cet exercice, mais seuls les historiens ont su en tirer un genre à part, fait d’autoanalyse (parfois intime) et de rigueur méthodologique.

C’est dans un accident de voiture où il a perdu son père à 6 ans que Guillaume Blanc trouve l’origine traumatique de sa vocation pour l’étude de la « nature », celle dont traite l’histoire environnementale – ou histoire des interactions entre une société et son milieu dit « naturel ». Etre resté, enfant, encastré quelques heures dans un véhicule : cette expérience éclaire la passion de l’étudiant pour la randonnée, puis son séjour pour son master en Erythrée, où il découvre la nationalisation forcée de la nature dans ce pays nouvellement indépendant (1990).

Que peut bien signifier l’idée qu’un espace désigné comme « naturel » résulte en réalité d’un patient façonnage, destiné à nous le faire éprouver comme vierge, autrement dit comme une seconde nature ? Guillaume Blanc donne pour exemple le cas de la France, où l’on a payé des bergers pour partir en transhumance à pied et non en camion, et où l’on a financé la rénovation de bergeries pourtant désertées depuis longtemps, créant ainsi une identité que l’on affirmait vouloir protéger.

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Le contrôle d’un sentiment national

Rien ne nous est caché des coulisses de la recherche, notamment les difficultés à mener (autrement dit financer) une thèse. Celle de Guillaume Blanc a mis plus particulièrement l’accent sur le contrôle, à travers l’aménagement de la nature, d’un sentiment national grâce auquel un Etat s’étaie lui-même en offrant à ses concitoyens un espace jugé « authentique » et hors du temps.

Consacrée aux parcs nationaux, cette thèse d’histoire environnementale portait sur le parc Forillon, au Québec, les Cévennes, en France, et le Simien, dans le nord de l’Ethiopie. A Forillon, dans les années 1970, 225 familles furent expropriées ; Parcs Canada érigea les quelques dernières maisons restées intactes en symbole du « mode de vie passé des habitants ». Le but ? Consolider l’unité nationale des Canadiens par la contemplation d’un paysage supposé intact.

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En 2016, Guillaume Blanc a assisté lui-même à l’arrivée de gardes du parc national du Simien dans un village à 3 800 mètres d’altitude « mêlant agriculture et élevage de troupeaux sur des pâturages ». Les paysans, « accusés de détruire la nature », furent donc violemment expulsés. Succès pour l’Etat éthiopien : l’Unesco retira le Simien de la liste du patrimoine mondial en péril. « Quant aux paysans expulsés, de pauvres, ils étaient devenus miséreux. »

La démystification est frappante : « Le pouvoir est partout », même dans ce qui s’offre comme le plus idyllique. Que reste-t-il alors ? Déceler les rapports de force derrière l’apaisante beauté de la nature ne nous prive-t-il pas de son charme, comme cela fut le cas pour Guillaume Blanc ? En partie seulement. Reste l’histoire, capable d’offrir une vision du monde « par le bas », où tous se trouvent inclus, les paysages comme les personnes ordinaires ou les dominants.

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Jean-Louis Jeannelle Spécialiste des études littéraires

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