« Notre critique du wokisme n’a rien à voir ni avec le poutinisme ni avec le trumpisme »
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Un collectif d’universitaires, parmi lesquels Nathalie Heinich et Pierre-André Taguieff, s’apprête à publier aux PUF, le 30 avril, « Face à l’obscurantisme woke », qui nourrit déjà de nombreuses critiques. Dans une tribune au « Monde », certains de ses auteurs et d’autres signataires dénoncent les attaques dont ils font l’objet.
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La dictature poutinienne et le pouvoir trumpien, qui ont entamé un rapprochement très inquiétant, instrumentalisent l’un et l’autre la lutte contre le wokisme. Les promoteurs ou défenseurs de cette idéologie en profitent pour diffuser ce mensonge, assis sur un sophisme : Poutine et Trump sont anti-woke, donc tous ceux qui critiquent le wokisme sont trumpistes ou poutiniens.
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Or, le combat que nous menons depuis plusieurs années pour alerter contre les dangers de l’idéologie woke est bien différent, car les valeurs qui nous animent sont à l’opposé des leurs. En effet notre engagement est fondé, premièrement, sur la raison ; deuxièmement, sur la recherche de la vérité ; et troisièmement, sur la liberté intellectuelle.
Combat pour la raison, d’abord : nous défendons la rigueur scientifique, l’exactitude des raisonnements, le discernement entre le doute raisonnable et le délire. Or, l’idéologie woke vise, quant à elle, à substituer au raisonnement l’assertion militante, et prétend défaire de façon systématique, par le biais de la « déconstruction », jusqu’au fondement du sens commun, assumant par là un relativisme qui vaut pour tout (sauf, bien sûr, pour l’idéologie woke, qui s’épargne elle-même cette déconstruction érigée en dogme).
Quant à l’idéologie poutiniste, elle déteste la raison universelle, lui préférant le folklore de « la mystérieuse âme russe » que l’Occident aurait dévoyée, et qui lui permet de légitimer, par exemple, sa haine des homosexuels. Pour ce qui est de l’idéologie trumpiste, elle démontre jour après jour sa détestation du discours articulé au profit du slogan.
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Réécriture de l’histoire
Combat pour la vérité, ensuite : nous affirmons qu’il existe une différence entre le vrai et le faux, et que le but de la recherche est la quête de la vérité, même au prix des inévitables doutes et désaccords au sein de la communauté scientifique par lesquels il faut passer pour parvenir à un consensus durable. Or, l’idéologie woke considère que tout ce qu’on présente comme la vérité n’est qu’une « construction sociale » reflétant les « rapports de domination », comme l’illustre notamment sa façon de réécrire l’histoire en fonction des attentes supposées des « dominés », au mépris de tout élément de démonstration positive.
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L’idéologie poutiniste est, elle, fondée sur le mensonge d’Etat et la réécriture de l’histoire : Staline, aux yeux du Kremlin, est un grand homme ; l’association Mémorial a été interdite ; le Musée du goulag a été fermé ; et après avoir annoncé à la veille de l’agression que le projet d’envahir l’Ukraine était une affabulation de la CIA, Poutine et ses sectateurs prétendent désormais que le Kremlin n’est pas l’agresseur, ou que les massacres de Boutcha n’ont pas eu lieu. L’idéologie trumpiste, quant à elle, se moque de la notion de vérité : elle est dans l’ère de la « post-vérité » ou de la « vérité alternative ».
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Combat pour la liberté intellectuelle, enfin : nous estimons que la liberté de penser est le premier principe qui fonde la dignité de toute vie humaine et la validité de toute recherche scientifique.
Or, l’idéologie woke se donne volontiers des allures victimaires tout en prétendant faire taire tous ceux qui ne souscrivent pas à son identitarisme délirant, aussitôt taxés de sexisme lorsqu’ils défendent la présomption d’innocence, de racisme lorsqu’ils refusent l’éradication du critère du mérite au nom de la « discrimination positive », d’islamophobie lorsqu’ils invoquent la laïcité, de transphobie lorsqu’ils s’opposent à la mutilation des mineurs ou de grossophobie lorsqu’ils estiment que l’obésité doit être soignée comme une maladie ; et, toujours, taxés de « fascistes » ou, maintenant, de « trumpistes » voire de « poutiniens », rendant tout débat impossible.
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On sait que Poutine a détruit à peu près toutes les libertés individuelles en Russie, en allant jusqu’à supprimer physiquement ses adversaires, et a fait exploser les principes du droit international garantissant la souveraineté des nations. Il a ainsi fait de son règne un nouveau totalitarisme, porté par un ancien agent du KGB. Si le trumpisme n’établit pas une dictature, il affiche assez clairement sa conception de la liberté intellectuelle et de la liberté académique pour qu’il ne soit pas nécessaire de s’étendre.
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Repoussoir commode
Notre critique du wokisme n’a donc rien à voir ni avec le poutinisme ni avec le trumpisme. Elle est même par essence opposée à ces deux idéologies. Allons plus loin : c’est le wokisme lui-même qui, avec son relativisme, sa destruction des principes universels qui fondent l’univers démocratique et sa haine du débat intellectuel, se rapproche du poutinisme et du trumpisme, comme le revers de la même médaille.
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En réalité, le wokisme aide doublement le trumpisme et le poutinisme : d’une part, en constituant un repoussoir commode pour des pouvoirs qui ont des buts autres que la défense des libertés démocratiques ; et, d’autre part, en sapant les fondements de l’universalisme et de l’Occident démocratique, servant ainsi les intérêts de puissances comme la Russie de Poutine ou la Chine de Xi. En témoigne notamment l’usage que font ces deux régimes de la critique du colonialisme pour attaquer l’Occident et ses libertés démocratiques – l’idéologie décoloniale n’étant sans doute pas pour rien dans l’indifférence d’une partie de la jeunesse envers la cause ukrainienne.
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C’est pourquoi notre combat contre les idéologies identitaires propres au wokisme est aussi, nécessairement, un combat contre l’idéologie poutiniste et contre l’idéologie trumpiste. Toutes les trois sont des alliées objectives, en même temps que les adversaires des principes et des valeurs pour lesquelles nous nous battons.
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Nathalie Heinich, sociologue, directrice de recherche au CNRS ; Emmanuelle Hénin, professeure de littérature comparée à Sorbonne Université ; Philippe de Lara, maître de conférences en philosophie à l’université Paris-II Panthéon-Assas ; Claire Laux, professeure d’histoire à l’Institut d’études politiques de Bordeaux ; Céline Masson, professeure de psychologie à l’université de Picardie-Jules-Verne ; François Rastier, linguiste, directeur de recherche au CNRS ; Pierre-André Taguieff, philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS ; Françoise Thom, maître de conférences en histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne ; Nicolas Weill-Parot, historien, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études.
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Premiers signataires :
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Nathalie Heinich, sociologue
Emmanuelle Hénin, professeur en littérature comparée à Sorbonne Université
Philippe de Lara, philosophe, maître de conférences
Claire Laux, professeur des universités en histoire à l’IEP de Bordeaux
Céline Masson, Professeure des Universités en psychologie, Université de Picardie Jules Verne
François Rastier, linguiste, directeur de recherche au CNRS, Paris
Pierre-André Taguief, philosophe, politiste et historien des idées; directeur de recherche au CNRS
Françoise Thom, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris-Sorbonne
Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Nicolas Weill-Parot, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études
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Autres signataires :
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Sami Biasoni, docteur en philosophie, essayiste.
Andreas Bikfalvi, Professeur d’Université, Recherche biomédicale
Joseph Ciccolini, Professeur des Universités – Praticien Hospitalier
Marc Fryd, maître de conférences HDR en linguistique anglaise, Université de Poitiers
Patrick Henriet, directeur d’études à l’École pratique des Hautes Études
Xavier Labat Saint Vincent, Ingénieur d’études, IRCOM Sorbonne Université
Catherine Louveau, sociologue, professeure des universités
Bruno Ollivier, professeur des universités
André Perrin, agrégé de philosophie, ancien professeur de classes préparatoires
Florent Poupart, psychologue, professeur des universités
Carlos Pereira, linguiste, éthologue maître de conférences HDR à Paris III Sorbonne Nouvelle
Jacques Robert, professeur des universités – médecine, cancérologie
Bruno Sire, ancien Président de l’Université Toulouse Capitole
André Tiran, Professeur, Université Lyon2
Vincent Tournier, maître de conférences de sciences politiques, IEP de Grenoble.
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Pourriez vous définir ce que vous appelez le wokisme et le contexte dans lequel il apparaît et s’étend selon vous. Tout le monde parle de ça mais je ne comprends pas de quoi on parle. J’ai vaguement cru reconnaître le socio constructivisme quand vous parlez de la vérité comme une construction mais je ne suis pas sur que ce soit de ça dont vous parlez.
J’ai l’impression mais je me trompe peut être, que on met derrière le terme de wokisme des choses très disparâtres.